I Cor., vu
2, Mansi, op. cit , t. vin, col. 724 sq. ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 1139 sq.
Les collections des conciles donnent, en appendice à ce concile, deux lettres de l'archevêque Montan. La première, adressée aux fidèles du territoire de Palencia, blâme les prêtres de cette ville, qui se sont permis de consacrer eux-mêmes le chrême. De pareils empiétements sont prohibés par l'Ancien Testament, et les canons [723 des conciles ont prescrit que, chaque année, les parochienses presbyteri (c' est la première fois que l'on rencontre cette expression) doivent, ou bien en personne, ou bien par les redores sacrariorum\ et non par des clercs de moindre rang, recevoir de l'évèque le chrême. L'archevêque Montan se plaint, en outre, de ce que plusieurs de ses prêtres ont invité des évêques étrangers à consacrer leurs églises, et de ce qu'ils ont, par leurs paroles et leurs actions, soutenu l'hérésie des priscillianistes 2.
La seconde lettre de l'archevêque Montan présente plusieurs difficultés. Que Turibius, à qui elle est adressée, fût un personnage distingué, c'est ce qui ressort des titres que lui donne Montan : Domino eximio prœcipuoque christicolse Domino et filio. Le contexte de cette lettre prouve qu'étant laïque, Turibius avait occupé une charge élevée équivalente à celle de gouverneur, et qu'il avait complètement détruit le paganisme, et grandement affaibli la secte des priscillianistes, ce qui lui valut les éloges de Montan. Plus tard Turibius ayant quitté le monde (comme il résulte clairement des mots : cum adhuc floreres in sœculo), fut un des principaux propagateurs de la vie monastique et le fondateur du monastère de San-Toribio, au nord de l'Espagne, dans la province de Burgos. La vénération dont il jouissait lui valu une grande influence, ce qui explique comment l'archevêque Montan a pu réclamer de lui d'employer l'autorité qu'il avait, comme sevei*issimus sacerdos, pour mettre fin à l'abus des prêtres de Palencia, au sujet du chrême. Montan renouvelle son second grief contre les prêtres de Palencia, qui faisaient venir des évêques étrangers, mais il y a là un passage qu'il nous est bien difficile de comprendre. Le texte porte que Turibius avait lui-même protégé cet abus ; aussi l'archevêque menace-t-il de le dénoncer au roi et à Erganès (le gouverneur). Ces menaces ne concordent guère avec le ton si poli du reste de la lettre.
1. Le rector sacrarii est le clerc chargé du soin de l'église. Cf. du Cange, Glossar., au mot Sacrarium.
2. Mansi, op. cit., t. vin, col. 788 sq. ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 1142.