CONCILES D'ORANGE ET DE VALENCE
De furtitudine christiana. Furtitudinem gentilium mundana cupiditas, furtitudinem autem Christianorum Dei caritas facit, quse diffusa est in cordibus nostris, non per voluntatis arbitrio, quod est a [732] nobis, sed per Spiritum Sanctum, qui datus est nobis.
Extrait de S. Augustin, Opus imperfectum contra Julianum, lib. I, c. lxxxiii, P. L., t. xlv, col. 1104. C'est la ccLxxxxve (al. cclxxxxvii) sentence dans Prosper.
18. La grâce que l'on n'a pas méritée précède les œuvres les plus méritoires.
Nullis meritis gratiam prœvenire. Debetur mercis bonis operibus si fiant ; sed quse non debetur, prœcedit ut fiant.
Extrait de S. Augustin, Opus imperf. contra Julianum, lib. I, c cxxxm ; P. Z,., t. xlv, col. 1133. C'est la cclxxxxvii6 (al. cclxxxxix) sentence dans Prosper.
19. Même si la nature humaine possédait encore l'intégrité dans laquelle elle a été créée, elle ne pourrait la conserver sans le secours du Créateur. Si elle ne peut sans la grâce conserver le salut qu'elle a reçu, elle peut encore bien moins le recouvrer si elle l'a perdu.
Neminem nisi Dei miser ante salvari. Natura humana, etiam si in illa integritate, in qua est condita, permanerit nullo modo se ipsa creatore suo non adjuvante servarit : unde cum sine Dei gratia salutem non possit custodire, quam accepit, quomodo sint Dei gratia poterit reparare quod perddiit.
Extrait de S. Augustin, Epist. clxxxvi, c. xi, n. 37 (autrefois Ep. cvi, xi ). C'est lacccvm6 (al. cccx) sentence dans Prosper.
20. Dieu fait dans l'homme beaucoup de bien sans la coopération de l'homme, mais l'homme ne peut pas faire de bien sans que Dieu ne lui accorde de le faire.
Nihil boni homine posse sine Deo. Multa Deus facit in homine bona, quœ non facit homo ; nulla vero facit homo bona, quœ non Deus prœstat, ut faciat homo.
Extrait de l'ouvrage de saint Augustin, Contra duas Epistolas pelagianorum, lib. II, c. ix (et non vin comme le disent à tort les Bénéd. de Saint-Maur), n. 21. C'est la ccccxn* (al. cccxiv) sentence dans Prosper.
21. La loi ne justifie pas ; et la grâce ne consiste pas, ainsi que quelques-uns le prétendent, dans la force naturelle de l'homme. La loi existait et elle ne justifiait pas, la nature existait et elle ne justifiait pas. Mais le Christ est mort pour accomplir la loi, et pour rétablir la nature corrompue par le péché d'Adam.
De natura et gratia. Sicut qui volentes in lege justificariet a gratia excederunt, verissime dicit Apostolus : Si ex lege 1 Justitia est, [733] ergo Christus gratis mort mis est (Gai., H, 21) ; sic eis, qui gratiam, quam commendat et percipit fidis Christi, putant esse naturam, verissime dicitur : Si per naturam justitia est, ergo Christus gratis mortuus est. Jam hic enim erat lex et non justificabat; jam hic erat et natura, et non justificabat. Ideo Christus non gratis mortuus est, ut et lex per illum impleretur, qui dixit : Non veni legem solvere, sed adimplere (Matth., v, 17) ; et natura per Adam perdita, per illum repararelur, qui dixit venisse se quœrere et salvare, quod perierat.
Extrait de S. Augustin, De gratia et libero arbitrio, c. xm, P. L., t. xliv, col. 896. C'est la cccxv0 (al. cccxvn6) sentence dans Prosper.
22. L'homme a reçu de Dieu ce qu'il possède de justice et de vérité, car il n'a par lui-même que mensonge et péché.
De his quse hominum propria sunt. Nemo habit de suo nisimendacium etpeccatum; siquidautem habit homo veritatis adque justitise abillo fonte est, quem debemus sitire in hac herimo, ut ex eo quasi guttis quibusdam inrorati non dificiamus in via.
Extrait de S. Augustin, Tract. V in Joann., n. 19, P. L., t. xxxv, col. 1414. C'est la cccxxm6 (al. cccxxine) sentence dans Prosper.
Ce capitulum paraît, à première vue, identique aux propositions de Baius condamnées par saint Pie V et Grégoire XIII (n. 25 : omnia opéra infidelium sunt peccata et philosophorum vir lûtes sunt vitia ; et n. 27 : Liberum arbitrium sine gratia Dei adjutorio nonnisi ad peccandum valet). Il en résulte que ce 22e capitulum aussi bien que les explications identiques de saint Augustin et de Prosper sont devenues une véritable croix pour les théologiens, et depuis des siècles beaucoup de ces derniers ont employé toute leur sagacité pour mettre d'accord avec le dogme la proposition de saint Augustin et de notre concile, à savoir que même dans l'homme déchu la