‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 35 sur 544 · TROISIÈME SESSION · texte numérisé non relu

TROISIÈME SESSION

s'en était servi pour faire des présents aux gens de théâtre. Son immoralité était connue de tous ; des femmes mal famées allaient et venaient dans sa maison et dans ses appartements de bains ; on pouvait citer en particulier la fameuse Pansophia, surnommée 'OpswYj {la Montagnarde) ; il y avait même une chanson populaire sur elle et sur son amant, Dioscore, ainsi qu'il était prêt à le prouver. Dioscore avait enfin plusieurs meurtres sur la conscience. Ischyrion parla ensuite de lui-même : il avait été honoré de la confiance d<j Cyrille ; il avait entrepris pour lui des voyages [448] pénibles et des affaires épineuses, au point d'y compromettre sa santé. Dioscore l'avait chassé de ses saintes fonctions, avait fait brûler son bien par des moines, avait fait couper ses arbres, et lavait réduit à la mendicité. Il avait chargé le prêtre Mennas, les diacres Pierre et Harpocration avec d'autres séides, de le tuer ; Ischyrion n'avait sauvé sa vie que par une prompte fuite. Plus tard il avait été appréhendé au corps par ce diacre Harpocration, le plus brutal des satellites de Dioscore, et enfermé dans une maison de santé, sans qu'on ait produit une seule plainte contre lui 1. Pendant son séjour dans cette prison, Dioscore avait voulu attenter à sa vie, et ne lui avait rendu la liberté qu'à la condition de quitter Alexandrie, sa ville natale. Ischyrion sollicitait de la pitié du concile la permission de donner ses preuves et sa réintégration ensuite. Il demandait, en terminant, qu'on fît garder Agoraste, Dorothée, Eusèbe, Didion, Harpocration, Pierre, et Gajanus, maître des bains de l'évêque, et qu'on entendît leurs témoignages. Il promit également de produire, en temps opportun, des témoins véridiques 2.

Le troisième mémoire contre Dioscore avait pour auteur Athanase, prêtre d'Alexandrie. Il débutait ainsi: «Mon frère Paul et moi étions neveux du bienheureux Cyrille, fils de sa sœur Isidora. Par son testament, il laissait à son successeur, quel qu'il fût, plusieurs legs considérables, le conjurant par les saints mystères de protéger sa famille, loin de lui faire aucun tort. Dioscore toute-

1. Le mémoire ajoute : « On avait pu apprécier la brutalité d'Harpocralion lors du Brigandage d'Ephèse, lorsqu'il maltraita Flavien et Proterius, alors prêtre et maintenant évêque. » Comme Proterius ne fut nommé évêque d'Alexandrie qu'après la déposition de Dioscore, les mots « maintenant évêque » ont dû être ajoutés plus tard.

2. Mansi, op. cit., t. vi, col. 1011-1019 ; Hardouin, op. cit., t. u, col. 326 sq.

fois, au début de son épiscopat, nous menaça de la mort tous deux, si nous réclamions la moindre parcelle de l'héritage, et, par une persécution incessante, nous força tous de quitter Alexandrie, pour aller chercher à Constantinople la protection qui nous manquait chez nous. Le patriarche, en effet, effrayait les magistrats et tous se taisaient devant lui ; mais sa haine nous suivit à Constantinople. On nous calomnia près du ministre Nomus et de l'eunuque Chrysaphrius, qui gouvernait tout alors et partageait avec lui le fruit de ses rapines. A notre arrivée, nous fûmes appréhendés au corps, jetés en prison, mis a la torture jusqu'à ce que nous eussions donné tout ce que nous apportions avec nous ; nous fûmes même obligés d'emprunter plusieurs sommes à gros intérêts. Mon frère est mort de privations et de souffrances, et je suis demeuré avec sa femme, ses enfants et nos tantes, chargés des dettes de la famille et n'osant nous montrer, tant nous étions tous misérables. Cependant, de peur qu'il ne nous restât une retraite, Dioscore a jeté son [449] dévolu sur nos maisons pour en faire des églises ; il a même compris dans le terrain ecclésiastique la mienne, qui est à quatre stades des autres et dont la situation ne convient point à un tel usage. Non content de cela, il m'a déposé de la prêtrise sans aucun sujet, et depuis sept ans nous sommes errants, poursuivis, tant par nos créanciers que par Dioscore, n'ayant pas même la liberté de demeurer dans les églises ou dans les monastères. Je m'étais réfugié dans celui de la Métanie, à Canope, qui a de tout temps été un asile : Dioscore, ne pouvant m'en arracher, a défendu que je pusse user du bain public, m'acheter du pain ou aucune autre nourriture, de sorte que, pour ne pas mourir de faim, j'en suis sorti volontairement, et maintenant je suis réduit à mendier avec deux ou trois esclaves qui me restent. Les sommes qui ont été exigées de nous, tant de notre bien que des emprunts que nous avons faits, montent à environ 1400 livres d'or, et ont passé dans les mains de nos persécuteurs. Tel est le destin des sœurs du bienheureux Cyrille, nos tantes, de la veuve de mon frère et de ses enfants orphelins. » Athanase était prêt à donner les preuves de ses accusations i.

Le quatrième accusateur égyptien était un laïque, nommé Sophrone. « Dioscore l'avait aussi réduit à la misère, et cela dans des circonstances très particulières. Un officier de la préfecture d'Alexan-

1. Mansi, op. cit., t. vi, col. 1022 sq. ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 331.

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