CONCILES A ROME, A LARISSB ET A CONSTANTINOPLE
Siège, les Pères cassèrent ce qui s'était fait {cassaverunt et non pas censuerunt). En présence des sacer dotes (c'est-à-dire des évêques suburbicaires du clergé et du sénat), le pape brûla son Constitutum et se reconnut majestatis reum, probablement pour avoir été à l'encontre des prétentions du roi des Wisigoths, touchant les élections papales *. Ces deux conciles appartiennent sans doute à l'année 531.
Vers la même époque se tinrent deux conciles grecs, à Larisse et à Constantinople. Après la mort de Procle, métropolitain de Larisse en Thessalie, Etienne, laïque et homme de guerre, fut élu par le clergé, le peuple, et tous les ayants-droit pour lui succéder. Un concile provincial se réunit, selon la coutume, à Larisse auquel assistèrent les principaux citoyens et tous les clercs ; mais le prêtre Antoine et les évêques Démétrius de l'île de Sciathus et Probien de Démétrias, qui avaient cependant souscrit à l'ordination d'Etienne — • Probien lui avait même adressé un panégyrique — se rendirent aussitôt à Constantinople, et déclarèrent au patriarche Epiphane que l'ordination d'Etienne étant anti-canonique il fallait nommer un autre évêque 2. Le patriarche expédia aussitôt à Etienne l'ordre de résigner ses fonctions, vu l'irrégularité de son élection. Le patriarche ne donnait aucune preuve, et n'invitait pas Etienne à exposer sa défense. Il allait même jusqu'à défendre aux évêques de la Thessalie et au clergé de Larisse de communiquer avec Etienne, auquel il défendit également de fournir sur les biens de l'Eglise les moyens de subsistance. C'était le traiter en coupable, avant même d'avoir enquêté à son sujet. Épiphane chargea un certain André (clerc de Constantinople) d'aller signifier cette sentence à Etienne que le messager ne trouva pas à Larisse, mais à Thessalonique, où il était en voyage. Il lui lut la sentence [745] du patriarche de Constantinople. Etienne interjeta aussitôt appel au pape, à qui seul revenait le droit d'enquête, puisque la validité de son élection était mise en doute : mais il fut conduit de force à
1. Notre source pour ces deux synodes est le Liber pontificalis dans Mansi, op. cit., t. vin, col. 729 et 737 ; Baronius, Annales, ad ann. 531, n. 1 et 2 ; [Coll. regia, t. xi, col. 90 ; Labbe, Concilia, t. iv, col. 1689-1690 ; Hardouin, Coll. concil., t. h, col. 1111 ; Coleti, Concilia, t. v, col. 833 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. vin, col. 737; Jafle, Iiegest. pontif. rom., p. 72; 2« édit., p. 112. (H.L.)]
2. Coleti, Concilia, t. v, col. 833 ; Hardouin, Coll. concil., l, n, col, 1111 sq. ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. vin, col. 740 sq. (H. L.)
Constantinople, où il eût été amené garrotté, si quelques personnes ne s'étaient portées caution pour lui et pour son arrivée, sans aucun délai, dans la ville impériale. Dans cette extrémité, il adressa au pape une lettre assez prolixe, dans laquelle il reconnaît d'une manière très explicite la primauté de Rome, dont il réclame le secours.
Dans une deuxième lettre au pape, Etienne rapporte que, dès son arrivée à Constantinople, le patriarche tint une jjvocoç èvîtjvotfsa à laquelle lui, Etienne, fit connaître son appel à Rome, ajoutant que la tradition constante de la province de Thessalie devait être maintenue, et que l'on ne devait pas porter atteinte à l'autorité du Siège apostolique, issue du Christ et des saints canons, et conservée intacte per antiquam consuetudinem. Le patriarche n'avait pas voulu prendre en considération cet appel, et n'avait visé qu'à se poser en maître et juge des Eglises de la Thessalie. Le concile de Constantinople avait donc prononcé sa déposition, sans lui permettre d'exposer complètement sa défense, et l'appel à Rome n'avait fait qu'augmenter la haine conçue contre lui. On lui avait reproché d'attenter aux droits de la sainte Église de la capitale. Après la lecture de la sentence synodale il avait renouvelé son appel ; mais on l'avait immédiatement reconduit en prison, et il demandait avec instance que l'on vînt à son secours 4.
Le patriarche ne négligea rien pour empêcher les plaintes d'Etienne d'arriver à Rome ; mais Théodose, évêque d'Echiné et suffragant de Larisse gagna l'Italie et remit au pape les mémoires d'Etienne et des autres évêques avec plusieurs autres documents relatifs à cette affaire. Après en avoir pris connaissance, Boniface réunit, le 7 décembre 531, un troisième concile romain in consistorio B. Andreœ apostoli2. C'était une annexe et une sorte de secretarium de l'église de Saint-Pierre 3. L'assemblée présidée par le pape se composait [746 des évêques Sabin de Canuse, Abundance de Démétrias, Carausus de Centumcellae et Félix de Nomentum avec beaucoup de prêtres
1. Mansi, op. cit., t. vin, col. 745 sq. ; Hardouin, op. cit., t. u, col. 1115 sq
2. Baronius, Annales, ad ann. 531, n. 1-5. Cf. Pagi, Critica, ad ann 531, n. 2-3 ; Coll. regia, t. xi, col. 91 ; Labbe, Concilia, t. iv, col. 1690 1734 ; Coleti, Concilia, t. v, col. 835 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. vin col. 737 ; D. Ceillier, Hist. gêner, aut. ecclés., 2* edit., t. xi, p. 841 sq. ; Jaffé loc. cit. (H. L.)
3. Cf. du Cange, au mot : consistorium, et les notes de Luc Holsten, sur notre concile, dans Mansi, op, cit., t. vm, col. 774.