COLLOQUE SUR LA RELIGION A CONSTANTINOPLE
paux adversaires du concile de Chalcédoine, avait été élevé en 513 sur le siège patriarcal d'Antioche, grâce à l'empereur Anastase, dévoué au monophysisme. Déposé quelques annés après, sous Justin Ier, il n'en demeura pas moins le représentant le plus qualifié du monophysisme, et le plus fécond écrivain du parti dont une fraction prit, de son nom, celui de sévériens. Pour arriver, s'il était possible, à l'union de cette secte avec l'Eglise, Justinien convoqua, quelques années après son avènement, six évêques orthodoxes des plus distingués ; c'étaient : Hypatius d'Éphèse, Jean de Bésina, Etienne de Séleucie, Anthime de Trapeznnte, Innocent de Maronia dans la Thrace etDémétrius de Philippopolis qui, empêché par la maladie, ne put se rendre à l'assemblée ; du côté des sévériens, il convoqua Serge de Cyr, Thomas de Germanicie, Philoxène de Dulichium, Pierre de Théodosiopolis, Jean de Constantine et Nonnus de Céré- [748] nisa ; à ces représentants des deux partis il demanda de traiter entre eux, sans discussion et avec douceur, des divers points de foi qui les séparaient. Le lieu des délibérations était une salle du palais Heptatonchon Triclinion a Constantinople, où, sans compter les évêques désignés, un assez grand nombre de prêtres et de députés des moines assistèrent a la conférence. Afin de laisser plus de liberté, l'empereur chargea un haut fonctionnaire, Strategius, de le représenter. — Nous devons ces renseignements à la relation détaillée du colloquium adressée à un de ses amis par Innocent de
la date 533). Le mot d'ordre très caractéristique, écrit M. Charles Diehl, Justinien, in-8, Paris, 1901, p. 334, était de témoigner aux monophysites une douceur parfaite, une inaltérable patience. « Ils sont exaspérés, disait l'empereur aux orthodoxes ; appliquez-vous donc, comme il convient à de saintes et orthodoxes personnes, à leur donner satisfaction en toute douceur et tranquillité. » Labbe, Concilia, t. iv, col. 1763. Le ministre impérial chargé de présider la conférence tenait le même langage : c Ce n'est point, disait-il, en vertu de son autorité souveraine, c'est avec la tendresse d'un prêtre et d'un père que l'empereur vous a réunis, afin qu'à tous vos doutes les évêques ici présents donnent satisfaction. » Labbe, Concilia, t. iv, col. 176i. La séance de clôture fut présidée par l'empereur en personne dont le discours manifeste le même désir de conciliation. Justinien, rapporte un témoin auriculaire, « parlant en toute mansuétude et tranquillité, sut unir la douceur de David, la patience de Moïse, la clémence des apôtres. » Labbe, Concilia, l. iv, col. 1777. Malgré ces bonnes dispe ntions, la conférence n'aboutit pas, au grand regret de Théodora qui en faisait son œuvre ; mais l'empereur n'en fut pas découragé, c il continuait à espérer, dit un contemporain, dans la grâce divine pour ramener au bien les dissidents. » Labbe, Concilia, t. iv, col. 1779. (H. L.)
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Maronia, l'un des interlocuteurs orthodoxes. La traduction latine, que nous possédons, est bien altérée il est vrai, et offre de grandes lacunes 4. La conférence s'ouvrit par un discours de Strategius aux Orientaux (on donne souvent ce nom aux monophysites), pour les inviter à faire connaître, sans acrimonie, leurs objections contre la doctrine du concile de Chalcédoine. Les Orientaux répondirent qu'ils avaient remis par écrit à l'empereur leur profession de foi. Les orthodoxes l'ayant lue, ils étaient prêts à s'expliquer avec leurs adversaires, si ceux-ci leur posaient des questions. Hypatius devait les interroger. A cette question : « Que pensez-vous d'Eutychès ?» les Orientaux répondirent sans hésiter : « C'est un hérétique et le prince de l'hérésie. » Par contre, ils tenaient Dioscore et le Brigandage d'Ephèse pour orthodoxes, ce qui permit à Hypatius de les convaincre de contradiction. Un débat s'engagea, dont les documents originaux disent peu de chose, mais qui occupa toute la séance. Par ce qui se passa le lendemain, nous voyons qu'à la fin de la première session, les Orientaux avaient avoué que Dioscore et son concile général (c'est-à-dire le Brigandage d'Ephèse) avaient eu tort d'admettre Eutychès à la communion de l'Église, et que le concile général tenu à Chalcédoine avait bien fait de réparer cette faute. Après avoir fait la veille cet aveu, les Orientaux reprochèrent, le lendemain, au concile de Chalcédoine d'avoir innové, parce que, au lieu des mots : ex duabus naturis, enseignés par Cyrille et les anciens Pères, il avait écrit in duabus naturis, et admis deux natu- [749 j res (après l'union de la divinité et de l'humanité dans le Christ). C'était là tout à la fois et une nouveauté et une erreur ; pour le prouver ils citèrent Cyrille, Athanase et Denys l'Aréopagite 2, qui tous avaient enseigné qu'après l'union il n'y avait plus qu'une seule nature. Les orthodoxes soutinrent que ces récits avaient été altérés par les apollinaristes, de même que la lettre de saint Athanase à Epictète l'avait été par les nestoriens ; quant aux prétendus écrits de Denys l'Aréopagite, ils étaient bien certainement apocryphes :
i. [Baronius, Annales, ad ann. 532, n. 31 sq. ; 533, n. 30-57. Cf. Pagi, Critica, ad ann. 533, n. 6 ; Coll. regia, t. xi, col. 204 ; Labbe, Concilia, t. iv, col. 1763-1779; Coleti, Concilia, t. v, col. 909; D. Ceillier, Hist. génér. aut. ecclés., 2e édit., t. xi, p. 843 ; Mansi, op. cit., t. vin, col. 740. (H. L.) Cf. Mansi, op. cit., t. vin, col. 897 sq. ; Hardouin, op. cit., t. H, col. 1159 sq. ; Walch, Retzerhist., t. vu, p. 134 sq., 146 sq.
2. C'est la plus ancienne citation faite des écrits du faux Denys l'Aréopagite.