COLLOQUE SUR LA RELIGION A CONSTANTINOPLE
car aucun des anciens n'en faisait mention, et Cyrille, Athanase et le concile de Nicée les eussent bien certainement mis à contribution, s'ils avaient réellement existé. Les Orientaux répondirent qu'à supposer tous ces documents apocryphes, on ne pourrait en dire autant des douze anathèmes de Cyrille, qui exprimaient la doctrine de l'unité de nature. Or, le concile de Chalcédoine avait repoussé l'écrit de Cyrille qui contenait ces anathèmes ; il avait donc opéré des changements dans cette doctrine. Hypatius répondit : « Le concile de Chalcédoine a accepté, d'une manière générale, toutes les explications dogmatiques fournies à Ephèse ; il n'est pas croyable qu'il ait fait une exception pour cet écrit et l'ait condamné. S'il ne l'a pas expressément approuvé, c'est que Cyrille y parlait de deux hypostases dans le Christ (dans le sens de nature), tandis que le concile enseignait, contre les nestoriens, une seule hypostase dans le Christ (dans le sens de personne). Aussi, pour éviter tout malentendu, le concile de Chalcédoine n'avait pas voulu approuver explicitement l'écrit de Cyrille. » Les Orientaux firent alors remarquer que, par ces deux hypostases, Cyrille entendait les deux natures (qui existaient avant l'union), et Hypatius développa ce point de vue qui était juste. Afin de mieux accentuer la différence entre ces deux expressions « de deux natures » et « en deux natures », les Orientaux prétendirent que l'expression « de deux natures » était la seule qui conservât intacte la nature du Aoyoç fair chair, tandis que l'expression « en deux natures )) semblait indiquer deux personnes. Les orthodoxes n'admirent pas cette explication, mais soutinrent au contraire que le concile de Chalcédoine avait autorisé ces deux manières de parler, et que Flavien de Constantinople, qui avait condamné Eutychès, avait aussi parlé de « l'unique nature du Verbe divin fait chair. » Afin de prouver leur dire, les orthodoxes lurent la profession de foi de cet évêque et Hypatius ajouta : « Quoique Flavien ait employé l'expression « de deux na- «tures», il n'en a pas moins été brutalisé par Dioscore, et le concile de Chalcédoine put voir par là, que la reconnaissance des deux natures ne pouvait satisfaire les eutychiens, qui voulaient plutôt une confession confuse, embrouillée et imaginaire, pour tout dire maniché- T7501 enne d'une seule nature. Pour éloigner toute ambiguïté, le concile avait enseigné « une seule personne, et une seule substance en deux «natures. » Les Orientaux voulurent produire des lettres de Cyrille condamnant la doctrine de l'existence des deux natures après l'union ; Hypatius repartit que du côté des orthodoxes, on ne recon-
naissait en fait de lettres de Cyrille que celles qui avaient été approuvées par des conciles ; quant aux autres, on ne les louait ni ne les condamnait, et on montra alors par les lettres approuvées de Cyrille qu'il avait enseigné une inconfusam et indivisam duarum naturarum unitatem. Comme les adversaires citaient aussi, en y attachant beaucoup d'importance, d'autres lettres de Cyrille, Hypatius prouva que la doctrine des deux natures avait été enseignée dans ces lettres, ainsi que dans plusieurs autres passages des Pères, et dans la sainte Ecriture. — Les Orientaux, passant h deux autres points, dirent que la reconnaissance du concile de Chalcédoine serait une cause de scandale pour beaucoup de fidèles, et que l'on avait eu tort, à Chalcédoine, de réintégrer dans la communion et dans leurs charges lbas et Théodoret. Ces débats terminèrent la seconde session. — L'empereur tint lui-même la troisième en présence du sénat, après s'être concerté avec Epiphane, patriarche de Constantinople. La session ouverte, le patriarche s'éloigna, et l'empereur prononça un discours dont nos documents font de grandes louanges, mais qui n'est pas parvenu jusqu'à nous. Les Orientaux avaient accusé leurs adversaires de nier que Notre-Seigneur, qui souffrit dans la chair, fait partie de la Trinité, et que les miracles de Jésus-Christ ont été faits par une seule et même personne, qui eut aussi des souffrances à supporter. L'empereur interrogea sur ce point le patriarche (qui était de retour) et Hypatius ; tous deux exposèrent la doctrine orthodoxe de l'Eglise, affirmant que les miracles et les souffrances du Christ appartiennent à une seule et même personne, quoique à des natures différentes, et que le Christ qui a souffert était de la Trinité par sa divinité et l'un de nous par son humanité. Le quatrième jour l'empereur réunit les évêques orthodoxes et, en présence du sénat, déclara que, de tous les évêques orientaux, Philoxène était le seul que ces trois pourparlers eussent converti et ramené à l'Église. L'historien que nous suivons ajoute que l'empereur avait eu une très grande patience avec les autres évêques monophysites, qu'il avait longtemps espéré leur conversion, mais inutilement. Par contre, beaucoup de clercs et de moines, présents aux conférences, embrassèrent alors [751" la vraie foi.
Vers cette époque (15 mars 533), l'empereur Justinien publia une loi faisant connaître à ses sujets la véritable foi selon le sens du concile de Chalcédoine, et insistant surtout sur ce point que le Seigneur qui avait souffert sur la croix, faisait partie de la