TROISIÈME SESSION
drie, ayant nom Macaire, avait enlevé Théodota, femme de Sophrone, sans qu'une séparation fût intervenue entre les époux. Sophrone s'était plaint à l'empereur et le juge supérieur Théodore avait été envoyé de Constantinople pour instruire cette affaire. Dioscore avait alors déclaré que ce procès ne relevait pas de l'empereur, mais de lui, et il avait envoyé à Sophrone le diacre Isidore avec des gens à tout faire pour demander le départ de Théodore. Ne se tenant pas encore pour satisfait, ce diacre avait, sur les instigations de Dioscore, pris à Sophrone, qui s'était enfui, tout ce qu'il possédait. 11 demandait donc que l'on vînt à son secours, se déclarant prêt à prouver Dioscore coupable de blasphème, d'adultère, et de lèse-majesté : car lorsque l'empereur Marcien était à Alexandrie, Dioscore avait fait répandre par Agoraste et Timothée de l'argent dans le peuple pour que l'on chassât l'empereur ; le tribun et notaire Jean pouvait l'attester, et si Théodore n'avait pas été à cette époque gouverneur [450] de la province d'Egypte, toute la ville d'Alexandrie se serait, par la faute de Dioscore, lancée dans une funeste voie. Sophrone assurait, en finissant, que beaucoup d'autres avaient aussi à se plaindre de Dioscore, mais qu'ils étaient trop pauvres pour se présenter en personne, et il conclut en demandant l'arrestation d'Agoraste 1. »
Le concile décida l'insertion de toutes ces accusations au procèsverbal, et fit assigner une troisième fois Dioscore par les évêques Francion de Philippopolis en Thrace, Lucien de Byzia en Thrace, et Jean de Germanicie en Syrie ; le diacre Pallade les accompagnait en qualité de notaire. On leur remit pour Dioscore une lettre, dans laquelle on démontrait la fausseté de ce qu'il avait prétexté antérieurement, et on l'engageait à se défendre contre les attaques d'Eusèbe de Dorylée et celles des clercs et des laïques venus d'Alexandrie. S'il ne se rendait pas à cette troisième invitation, il serait passible des peines portées par les canons contre les contempteurs des conciles 2.
Cette troisième citation demeura sans résultat. Dioscore déclara « s'en tenir à ce qu'il avait dit et n'y pouvoir rien ajouter. » Tous les efforts des députés pour l'amener au concile et toucher sa conscience, furent vains. Les députés ayant rendu compte au concile de leur mission, le légat Paschasinus prit conseil et demanda s'il était opportun de prononcer contre Dioscore des peines canoni-
1. Hardouin, op. cit., t. n, col. 331 sq. ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 1022 sq.
2. Hardouin, op. cit., t. II, col. 335 sq. ; Mausi, op. cit., t. vi, col. 1030 sq.
ques. Plusieurs évêques émirent leur avis sur ce point et demandèrent aux légats de prononcer eux-mêmes le jugement. Ceux-ci résumèrent ainsi les accusations contre Dioscore : « La session d'aujourd'hui et la précédente ont montré ce que Dioscore a osé contre le saint ordre et la discipline ecclésiastique. Pour l'emporter, il avait illégalement admis à sa communion Eutychès, dont il partageait les sentiments et qui avait été justement déposé par son évêque Flavien. Dioscore avait agi ainsi avant d'être réuni aux autres évêques au concile d'Éphèse. Le Siège apostolique avait pardonné à ces autres évêques et aux membres du Brigandage d'Ephèse parce qu'ils n'avaient pas agi de leur plein gré en cette occasion et s'étaient montrés obéissants vis-à-vis du saint archevêque Léon et du très saint concile général. Dioscore n'avait au contraire montré qu'orgueil et opiniâtreté, lorsqu'il aurait dû se confondre en regrets de sa faute. Au concile d'Ephèse, il avait empêché la lecture de la lettre du pape à Flavien, quoiqu'il eût promis par serment de l'accor- [451 der et qu'on l'en eût très instamment prié. Plus tard, au lieu de rentrer en lui-même, comme les autres évêques, il a osé prononcer l'excommunication contre l'archevêque Léon. Plusieurs mémoires accusateurs ont été remis au saint concile ; et comme il n'a pas répondu aux trois assignations à lui faites, il s'est ainsi jugé luimême. » Les légats rendirent ensuite leur sentence dans la forme suivante : « Pour ces motifs, Léon, le très saint archevêque de Rome, déclare par nous et par le très saint concile ici assemblé, et en union avec le bienheureux apôtre Pierre, qui est la pierre et le soutien de l'Eglise catholique et la base de la foi orthodoxe, que Dioscore est déchu de son évêché et de toute dignité ecclésiastique. D'après cela, le très saint et grand concile décidera à l'égard du susdit Dioscore ce qui lui paraîtra conforme aux canons *. » Tous ceux qui étaient présents, les patriarches Anatole de Constantinople et Maxime d'Antioche en tête, adhérèrent à cette sentence 2 et souscrivirent à la déposition de Dioscore 3.
1. Hardouin, op. cit., t. n, col. 339-346 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 1038-
2. Leurs votes se trouvent dans Mansi, op. cit., t. vi, col. 1047-1080 ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 346-365. L'ancienne traduction latine nous a conservé 186 votes, qui sont motivés d'une manière différente ; pour le faire, les Pères s'appuient surtout sur la désobéissance dont Dioscore a fait preuve vis-à-vis du synode.
3. Les signatures sont dans Mansi, op. cit., t. vi, col. 1080-1094 ; Hardouin,