QUATRIÈME SESSION
de ces cris proférés parleurs collègues: « C'est l'œuvre de Dieu; longues années aux empereurs, au sénat et aux commissaires ! L'union est maintenant rétablie et la paix est donnée aux Eglises i ! »
Sur ces entrefaites les commissaires annoncèrent à l'assemblée que, la veille, un certain nombre d'évêques égyptiens avaient remis une profession de foi à l'empereur qui désirait la faire lire dans le concile. On introduisit treize évoques égyptiens, qui prirent séance dans le concile ; le secrétaire Constantin lut une courte adresse, présentée de la part de tous aux deux empereurs, mais signée par ces treize évêques seulement. Ils y exprimaient leur adhésion à la foi orthodoxe, anathématisaient toutes les hérésies, en particulier celles d'Arius, d'Eunomius, des manichéens, des nestoriens et de ceux qui croyaient la chair du Christ descendue du ciel, différente de la nôtre (à l'exception du péché), et n'ayant [4o6J pas été prise du sein de la Vierge Marie2. Comme il n'était pas question d'Eutychès dans cette profession de foi, le concile en manifesta un très vif mécontentement. Quelques-uns allèrent même jusqu'à accuser les Egyptiens de déloyauté, et les légats du pape leur demandèrent de déclarer s'ils adhéraient à la lettre de Léon, et s'ils voulaient prononcer l'anathème contre Eutychès. Ils répondirent par l'entremise de leur orateur Hiérax, évêque des Aphnaïtes : « Si quelqu'un enseigne une doctrine différente que celle que nous avons indiquée, Eutychès ou tout autre, anathème 1 Quant à la lettre du pape Léon, nous ne pouvons nous prononcer ; vous savez tous que, d'après le canon 6e de Nicée, nous devons nous rattacher à l'archevêque d'Alexandrie, et, par conséquent, nous devons attendre son jugement sur cette affaire (c'est-à-dire le jugement du futur successeur de Dioscore). » Tous les membres du concile furent très mécontents de ces réponses et le rirent voir par diverses exclamations, si bien qu'après quelques instants, les treize Égyptiens prononcèrent d'une manière claire et positive l'anathème contre Eutychès. On leur demanda de nouveau de signer la lettre du pape Léon ; mais les Egyptiens ayant encore répondu : « Nous ne le pouvons sans l'agrément de notre archevêque, » Acace, évêque d'Ariarathia, leur dit: « Il n'est pas convenable de donner à celui qui doit occuper l'évêché d'Alexandrie plus d'autorité qu'à
1. Mansi, op. cit., t. vu, col. 47 ; Hardouin, op. cit., t. Il, col. 414.
2. Mansi, op. cit., t. vu, col. 50; Hardouin, op. cit., t. n, col. 415.
tout le concile. Ces Egyptiens veulent mettre ici le désordre, comme à Ephèse. Qu'ils signent la lettre du pape Léon ou qu'ils soient excommuniés. » Photius, évêque de Tyr, tint le même langage, et tous les autres évêques s'y accordèrent. Les Egyptiens répondirent que : « Eu égard au grand nombre des évêques de l'Egypte, ils se trouvaient ici trop peu pour agir au nom de tous. Qu'on ait pitié d'eux et qu'on leur permette de suivre leur archevêque, siuon toutes les provinces de l'Egypte se tourneraient contre eux. » Ils se jetèrent aux genoux des commissaires impériaux, mais Cécropius, de Sébastopol, renouvela contre eux l'accusation d'hérésie, et dit qu'on ne leur demandait qu'une adhésion personnelle à la lettre du pape Léon et rien au nom des autres évêques de l'Egypte. Ils répondirent : « Nous ne pourrons plus résider dans notre pays, si nous le faisons. » Lucentius, le légat du pape, leur repartit : « Dix hommes (les treize Egyptiens) ne sauraient mettre en échec un concile de six cents évêques, et la foi de tous. » Mais les Egyptiens reprirent à leur tour : « On [457] nous tuera si nous le faisons ; mieux vaut périr ici de votre main que d'être tués dans notre patrie ; vous devez établir sans délai un archevêque pour l'Egypte, et, cela fait, nous promettons de souscrire : ayez pitié de nos cheveux blancs. Anatole de Constantinople sait qu'en Egypte tous les évêques doivent obéir à l'archevêque d'Alexandrie. Ayez pitié de nous ; nous aimons mieux mourir par ordre de l'empereur, ou par votre ordre, que d'être massacrés chez nous. Prenez nos sièges si vous voulez ; choisissez un archevêque pour Alexandrie, nous ne nous y opposons pas, mais laissez-nous la vie! » Leurs supplications étaient de temps en temps interrompues par ces cris : « Les Égyptiens sont des hérétiques 1 » et : ce Qu'ils souscrivent à la condamnation de Dioscore ! » Les commissaires impériaux et les sénateurs dirent alors que les Égyptiens pourraient rester à Constantinople jusqu'à la nomination de l'archevêque d'Alexandrie. Le légat Paschasinus approuva cette proposition et ajouta : « qu'ils devaient donner caution de ne pas quitter Constantinople, pendant ce temps ; » les commissaires et les sénateurs appuyèrent cette demande *.
Alors entrèrent, après en avoir obtenu la permission, dix-huit prêtres et archimandrites : Fauste, Martin, Pierre, Manuel, Abraham, Job, Antiochus, Théodore, Paul, Jacob, Eusèbe, Tryphon,
1. Mansi, op. cit., t. vu, col. 51-62 ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 415-422.