QUATRIÈME SESSION 7Ô
Marcel, Timothée, Pergame, Pierre, Astère et Jean. On leur demanda si Carausius, Dorothée et tous ceux qui étaient imbus de sentiments eutychiens, et qui avaient remis une supplique à l'empereur Marcien, avant l'ouverture du concile de Chalcédoine, étaient, oui ou non, archimandrites. Ils l'affirmèrent des uns, le nièrent des autres, et demandèrent la punition de ceux qui s'étaient dits archimandrites et n'avaient pas de couvent, mais habitaient dans des chapelles de martyrs ou dans des tombeaux {in memoriis et mo nu mentis) ; on devait les chasser tous de la ville, car ils n'étaient même pas moines. Les commissaires ordonnèrent aussitôt d'introduire ces pétitionnaires eutychiens; c'étaient les archiman- 458] drites Carausius, Dorothée, Elpide, Photin, Eutychius, Théodore, Moïse, Maxime, Gerontius, Nemesinus, Théophile, Thomas, Leontius, Hypsius, Gallinique, Paul, Gaudence et Eugnomenès, avec le moine Barsauma et l'eunuque Calopodius. Ils se déclarèrent être les auteurs de la lettre a l'empereur, qui leur était attribuée ; aussitôt Anatole de Constantinople déclara que deux d'entre eux, Gerontius et Calopodius, avaient été déjà condamnés pour hérésie, et demanda leur éloignement. Les actes ne mentionnent pas si l'on donna suite à cette proposition ; mais ils rapportent qu'on lut alors la supplique écrite par les moines eutychiens à l'empereur. Ils y disaient qu'à cause de l'égoïsme et du manque de charité pour le prochain, tout était en révolution et la foi apostolique mise en doute, tandis que les affaires des juifs et des païens étaient en pleine prospérité, quelque abominables qu'elles fussent. Ceux-là jouissaient de la paix, tandis que les chrétiens étaient en lutte les uns contre les autres. C'était la mission des empereurs d'améliorer cette situation ; ils devaient s'opposer à l'invasion du schisme ; ayant le droit de faire une loi juste, ils pouvaient donc empêcher la réunion du concile déjà convoqué. Ils devaient arrêter le trouble croissant, interdire toute exaction des signatures et mettre fin aux persécutions que les clercs exerçaient les uns contre les autres, à Pinsu de l'empereur. Celui-ci devait surtout défendre de chasser qui que ce soit de son couvent, ou de son église, ou de sa chapelle des martyrs (dncb y.acTjptou) 1, etc. avant le jugement du concile. »
1. Mansi, op. cit., t. vu, col. 66; Hardouin, op. cit., t. n, col. 423. Nous ignorons la raison pour laquelle llefele a passé sous silence tout un épisode fort caractéristique; du concile de Chalcédoine et qui eut lieu dans la session
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Parmi les moines eutychiens introduits dans le concile, se trouvait aussi ce Barsauma qui s'était si fort intéressé en Syrie à la cause
du 17 octobre. L'incident soulevé par les treize évêques égyptiens ne fut pas le seul auquel donna lieu la Lettre dogmatique du pape Léon devenue pour le concile le sujet des plus ardents débats. Hors du concile ce document provoquait une attention et des controverses non moins vives par suite de l'obligation étendue aux monastères de Constantinople de souscrire cette lettre. On avait déjà assez à faire pour y amener les évêques et il pouvait paraître superflu de s'attacher à forcer sur ce point la soumission des moines eutychiens. Ce zèle exagéré était dû à un personnage peu pondéré et qui avait, dans son passé, certaines périodes à faire oublier. Anatole, devenu évêque de Constantinople au lendemain de l'assassinat de Flavien, avait été auparavant apocrisiaire de Dioscore d'Alexandrie et souhaitait être seul à s'en souvenir. Il imagina donc un moyen dont on ne pouvait pas ignorer les difficultés, étant donné le prestige intact d'Eulychôs dans tous les monastères de Constantinople. L'hérésiarque exilé à peu de distance de la ville, semblait la surveiller encore, et le sentiment de sa présence devait prévenir les défections. Elle ne les prévint pas toutes : plusieurs archimandrites, réfléchissant qu'un exil moins tempéré pouvait leur échoir s'ils s'obstinaient dans la résistance, fléchirent sous les injonctions d'Anatole, plusieurs aussi tinrent contre tous les assauts ; à leur tête se trouvaient trois caractères fortement trempés : Carausius, Dorothée et Maxime. C'était d'eux que s'inspirait la résistance des moines appartenant aux couvents de la ville et des moines venus par bandes d'Egypte, de Palestine et de Syrie à Constantinople. Parmi eux se trouvait Barsauma, le chef des moines assommeurs. Tout ce monde vivait dans une grande fermentation et poussait Carausius, déjà très excité, à ne pas hésiter devant un schisme. Auparavant les moines constantinopolitains firent une tentative auprès de Marcien à qui ils remirent une requête dans laquelle ils arguaient de leur docile soumission aux canons de Nicée, ce qui ne les dispensait pas de souffrir les attaques de ceux qui avaient juré de leur imposer la souscription de documents étrangers, d'une orthodoxie suspecte, et cela sous peine de se voir expulsés des monastères et autres églises. Ces insurgés recouraient donc à l'empereur et réclamaient de lui protection contre la violence, reconnaissance de leur droit d'opposition et conférence contradictoire en sa présence, promettant, en ce cas, de se soumettre à sa décision. Marcien répondit que le concile convoqué avait précisément pour but d'approfondir et de résoudre les controverses religieuses et c'était à l'assemblée qu'il fallait s'adresser. Déboutés de ce côté — car on n'était plus au temps de l'empereur Théodose II, et on s'en apercevait ainsi chaque jour — Carausius et les signataires de la requête (ils étaient au nombre de dix-huit) présentèrent au concile leur pétition et furent assignés à se présenter à la session du 17 octobre. Les magistrats qui présidaient les débats du concile étaient gens de carrière et savaient ce qu'ils étaient en droit d'attendre de cerveaux échauffés comme étaient ceux de la plupart des pétitionnaires ; aussi convoquèrent-ils plusieurs chefs des monastères de Constantinople, gens de sens rassis et d'orthodoxie avérée. Leur but était d'éclairer les Pères du concile sur les antécédents des moines et abbés signataires de la requête. Les archiman-