ÉDIT DE JUST1NIEN CONTRE ORIGÈNE
à défendre les erreurs d'Origène qui se rapprochaient des principes païens, ariens et manichéens. Quiconque se faisait le disciple de cet Origène avait à peine le droit d'être encore appelé chrétien. Celui-ci n'avait-il pas soutenu d'une manière injurieuse contre la sainte Trinité que « le Père était plus grand que le Fils, « et le Fils plus grand que le Saint-Esprit. Le Fils ne pouvait « pas regarder le Père, et le Saint-Esprit ne pouvait pas re- « garderie Fils ; le Fils et l'Esprit étaient des créatures, et il y « avait entre le Fils et le Père le même rapport qu'entre nous et le « Fils. » — L'empereur énumère les autres principales erreurs d'Origène (préexistence des âmes, apocatastase, pluralité des mondes, etc.), et s'attache à les réfuter en détail, citant un grand nombre de passages des Pères, notamment Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse, Jean Chrysostome, Pierre d'Alexandrie, Athanase, Basile, Cyrille d'Alexandrie, etc., qui tous s'étaient, d'une façon très explicite, prononcés contre Origène. « Voulant, continue l'empereur, éloigner de l'Eglise toute cause de scandale, nous avons, pour suivre la sainte Ecriture et les Pères qui avaient condamné Origène, envoyé cet écrit à Sa Sainteté (Menas), l'exhortant à réunir les évêques présents à Constantinople, et les archimandrites en un cruvoco; èvSvjpLooira, qui prononcerait par écrit l'anathème contre Origène et ses erreurs, en particulier contre celles mentionnées dans le décret impérial. » Menas devait, aussitôt [7ooJ après, envoyer ces actes synodaux à tous les évêques et archimandrites qui signeraient l'anathème contre Origène et contre ses erreurs. « A l'avenir, nul ne devait être ordonné évêque ou archimandrite si, aux anathèmes d'usage contre Sabellius, Arius, Apollinaire, Nestorius, Eutychès, Dioscore, Timothée d'Élure, Pierre Monge, Anthime de Trébizonde, Théodose d'Alexandrie, Pierre d'Apamée et Sévère d'Antioche, il ne joignait des anathèmes contre Origène. » — L'empereur avait écrit dans le même sens au pape Vigile, aux autres patriarches, à ceux d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem de veiller à l'exécution de cette ordonnance *, Afin que tous vissent que les écrits d'Origène étaient réellement hérétiques,
1. Tous apposèrent leur signature à la consultation impériale à laquelle, par souci de la forme, on avait donné une rédaction analogue à celle des canons conciliaires. « Ainsi fut portée, sur les doctrines de l'illustre Alexandrin, une condamnation tout à fait officielle, revêtue des sanctions civiles appropriées à un tel acte. Si l'on fait abstraction des circonstances qui lui donnèrent une opportunité, si l'on s'abandonne au courant de nos idées modernes, on est tenté
il avait exposé quelques-uns de ses blasphèmes. C'étaient vingtquatre propositions prises dans les quatre livres Hspiàp^ôv, surtout dans le premier et le quatrième. Puisqu'il en est ainsi, conclut l'empereur, il est juste qu'Origène soit anathématisé selon les dix propositions suivantes 4 :
El iiq Asyst, r{ eyei ^poiJTuap^etv xàç twv àvOpw^wv 'buyaç oTa Tupwvjv via; oocraç v.al àytaç Suvajxetç' y.bpov 8s Xaôo'jcaç Tfjç Getaç Oswpîag, xai irpoç to yeïpov xpaTCSiaaç, */.«£ et» toîjto aTuo^UY^^aç [a=v ty)'ç tcîj 0£o3 à*fa::Y;<;, èvxauÔsv oï ouyaç cvo[xaÔ£iaaç, xaï Ti{j.(opCaç ^apiv £tç aurait, */.aTa7:£©()£i!7a;;, àvaÔ£[Aa laxto.
Si quelqu'un dit ou pense que les âmes humaines existaient antérieurement, c'est-à-dire qu'elles étaient antérieurement des esprits ou des forces sacrées, lesquels, se détournant de la vue de Dieu, s'étaient laissés entraîner au mal, et, pour ce motif, avaient perdu Tamour divin, avaient été appelés des âmes et envoyés par manière de punition dans un corps, qu'il soit anathème.
de trouver bien sévères cet empereur et ces prélats qui n'hésitent pas à flétrir la mémoire d'un grand homme pour quelques écarts de doctrine que son humble docilité eût certainement répudiés s'il se fût trouvé, de son vivant, quelqu'un pour les lui signaler. Mais laissons ces récriminations que l'on ne pourrait soutenir ou écarter qu'en s'aidant de considérations étrangères à l'histoire qui nous occupe, et pour la plupart à la façon de penser des gens du vie siècle. Ce que ceux-ci virent le mieux ressortir de la condamnation d'Origène, c'est qu'on pouvait exhumer les erreurs contenues dans les vieux livres, traduire devant les autorités doctrinales des assertions que leurs auteurs ne pourraient plus ni rétracter, ni expliquer, et, pour quelques lapsus théologiques, faire tomber l'anathème sur des mémoires entourées de vénération. Au milieu de l'incendie que Théodose Askidas alluma pour venger Origène, au fond de la prison où il écrivit pour défendre Théodore, Ibas et Théodoret, à l'heure où sa main dut signer en frémissant la condamnation des Trois Chapitres, Pelage regretta sans doute sa campagne contre le docteur d'Alexandrie ; il dut se dire qu'il eût peut-être été bon de laisser les morts en paix dans leurs tombes, dans ce silence sacré où leur mémoire ne saurait être compromise par l'agitation d'admirateurs imprudents. » L. Duchesne, dans la Revue des Quest. hist., 1884, t.xxxvi, p. 390-391. (H. L.)
1. Nicéphore Calliste (Hist. eccles., 1. XVIII, c. xxvn) déclare, à tort, que ces propositions sont des canons émis par le Ve concile œcuménique ; aussi plusieurs ont-ils pensé que le Ve concile œcuménique avait renouvelé les anathèmes portés par Justinien.