‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 43 sur 544 · QUATRIÈME SESSION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME SESSION

promesse de l'empereur était incompatible avec la condamnation de Dioscore ; aussi devait-on le rappeler au concile, lui et ses évêques, pour faire cesser la division au sein du peuple fidèle. Si le concile ne voulait pas accéder à cette demande, ils ne voulaient plus être en communion avec lui, pas plus qu'avec ceux qui faisaient de l'opposition au symbole des trois cent dix-huit Pères de Nicée. Pour prouver leur orthodoxie, ils avaient ajouté à leur lettre ce symbole, avec le décret porté par le concile d'Ephèse pour l'approuver 4. »

Aétius, archidiacre de Constantinople, dit que, aux termes des canons, tous les clercs et tous les moines devaient se soumettre aux évêques en matière de foi ; à l'appui de son dire, il lut, dans la collection des canons alors en vigueur, la cinquième ordonnance du concile d'Antioche, portant que tout clerc qui se sépare de la communion de son évêque doit être déposé sans espoir de réintégration ultérieure 2. Les commissaires impériaux et les sénateurs demandèrent alors de nouveau si les archimandrites étaient disposés à professer la doctrine du présent concile. Ils répondirent qu'ils s'en tiendraient exclusivement au symbole de Nicée et aux décisions du concile d'Ephèse. Aétius assura que tous ceux qui étaient présents restaient également fidèles aux explications fournies sur la foi par les conciles de Nicée et d'Ephèse, mais que de nouvelles disputes s'étant élevées, Cyrille et Léon avaient expliqué (spjrrçvstktv) [460] ce symbole dans leurs lettres, sans d'ailleurs amplifier le dogme (4xt(ôtj{ai). 11 ajouta que le concile tout entier avait adhéré à ces explications et les présentait à tous ceux qui voulaient s'instruire (c'està-dire les donnait comme règle de foi) ; aussi les archimandrites devaient-ils déclarer s'ils voulaient, oui ou non, adhérer à cette décision du concile. Carausius répondit par un faux-fuyant : « Il n'était certainement pas nécessaire, dit-il, qu'il prononçât l'anathème contre Nestorius, car il l'avait déjà fait à plusieurs reprises. » Aétius lui dit alors d'anathématiser Eutychès, mais Carausius répondit: « N'est-il pas écrit : Tu ne jugeras pas ? et pourquoi parles-tu donc, toi, tandis que les évêques sont assis et ne disent rien ? » Aétius réitéra alors sa question, au nom du concile : « Acceptes-tu la sentence

1. Mansi, op. cit., t. vu, col. 67-71 ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 423 sq.

2. Sur cette collection de canons qui servit au synode de Chalcédoine et que ce synode reçut dans son 1er canon, cf. Drey, Die Constit. u. Canones der Apostel, p. 427 sq.

synodale?» Carausius repartit : «Je m'en tiens au symbole de Nicée ; vous pouvez me condamner et m'exiler, Paul a déjà dit : « Quicon- « que enseigne une doctrine autre que celle que vous avez reçue, <c qu'il soit anathème ! » Pour la satisfaction de quelques-uns, il ajouta encore : « Si Eutychès ne croit pas ce que croit l'Eglise universelle, qu'il soit an athème 1 ! »

Les commissaires et les sénateurs ordonnèrent la lecture du mémoire des archimandrites Fauste, Martin, etc., adversaires de l'eutychianisme. Les archimandrites y louaient l'empereur des mesures prises pour extirper l'hérésie d'Eutychès, et se plaignaient des moines obstinés dans cette erreur ; ils demandaient enfin la permission de les traiter d'après les règles de l'ordre pour essayer, par ce moyen, de les ramener à de meilleurs sentiments. Si on échouait ils seraient châtiés conformément aux règles. On demandait de plus à l'empereur la permission de prendre des dispositions à l'égard de la caverne où habitaient ces hommes semblables aux bêtes, et où ils insultaient tous les jours le Sauveur.

L'archimandrite Dorothée prit alors la parole et soutint l'orthodoxie d'Eutychès. Les commissaires et les sénateurs lui répondirent : « Eutychès enseigne que le corps de notre Sauveur n'est pas de notre substance ; que crois-tu toi-même à cet égard ? » Au lieu de répondre d'une manière précise et directe, Dorothée récita ce passage du symbole de Constantinopie : c-apxwOévTa èx tyjç TcapÔévou xat, £vavôpa)7îYJaavTa, et il ajouta encore dans un sens anti-nestorien : « Celui à la face duquel ils crachèrent est le Seigneur lui-même ; nous reconnaissons donc que celui qui a souflert appartient à la Trinité. » Il refusa de souscrire la lettre du pape Léon; refus très explicable car, à son point de vue, il lui importait fort de laisser dans le vague et de ne pas serrer de trop près le sens de ces mots, ("4(3J1 qui n'ont par eux-mêmes qu'une acception générale : aapy.tùOévca et èvavOptoTt^oravTa (devenu chair et devenu homme). Les archimandrites repoussèrent eux aussi le délai de deux jours proposé par le concile pour venir à résipiscence ; aussi les commissaires et les sénateurs engagèrent-ils le concile à rendre, sans plus tarder, son jugement contre Carausius et ses amis 2.

Pour parer ce coup, les archimandrites dirent que l'empereur leur avait promis une discussion dans le concile entre eux et leurs

1. Hardouin, op. cit., t. u, col. 426-430 ; Mansi, op. cit., t. vu, col. 71-75.

2. Hardouin, op. cit., t. n, col. 430 sq. ; Mansi, op. cit., t. vu, col. 75-79.

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