‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 44 sur 544 · QUATRIÈME SESSION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME SESSION

adversaires. Les commissaires et le concile envoyèrent à l'empereur le prêtre et pèriodente Alexandre pour vérifier cette assertion. A son retour, les évoques se réunirent (20 octobre) en une session supplémentaire que les historiens ne distinguent ordinairement pas de la grande session du 17 octobre 4. Le compte rendu de l'affaire de Photius, évêque de Tyr, qui se traita dans cette même session, prouve que les commissaires impériaux et le sénat y assistèrent. Alexandre rendit compte de sa mission ; il raconta que l'empereur l'avait envoyé, lui et le décurion Jean, vers ces moines pour leur dire: « Si j'avais voulu décider moi-même la question en litige, je n'aurais pas convoqué un concile ; mais comme il est réuni et qu'il m'a parlé de vous, je vous ordonne de vous adresser au concile et d'apprendre de lui ce que vous ne savez pas encore : car ce que le saint concile décide est une règle pour moi. Je m'en tiens à sa décision et j'y crois. »

En entendant cette réponse impériale, le grand concile éclata en acclamations. On lit encore relire, comme corps du délit, la lettre envoyée à l'empereur par Carausius et ses partisans et dont nous avons parlé plus haut, de même que quelques anciens canons, notamment les nos 4 et 5 du concile d'Antioche qui formaient les 83e et 84e canons de la collection dont se servirent les Pères de Chalcédoine. On les faisait lire pour les employer comme considérants dans le jugement qu'on allait porter. En effet, ce 4e canon est, comme on sait, ainsi conçu : « Lorsqu'un évêque a été déposé par le concile, ou bien un prêtre et un diacre par son évêque, s'il ose remplir quelque fonction ecclésiastique, comme il le faisait auparavant, il a perdu toute possibilité d'être réin- [462] tégré ; » et le canon 5e dit : « Lorsqu'un prêtre ou un diacre s'est séparé de son évêque et tient un service divin privé, et érige un autel pour lui seul, il doit être déposé et ne peut plus être réintégré. »

Sur le désir des commissaires impériaux et du sénat, le concile ne prononça pas cependant immédiatement la condamnation, mais il donna aux accusés un délai de trente jours (15 octobre-15 novembre). S'ils n'adhéraient pas alors à la foi du concile, ils seraient déposés de leurs rang, dignité et fonctions d'archimandrites 2.

1. Voir sur ce point le tableau chronologique que nous avons donné en tête de ce volume (§ 186).

2. Mansi, op. cit., t. vu, col. 79-83; Hardouin, op. cit., t. n, col. 431-435. Le récit de ces deux affaires, celle de Carausius et celle de Photius de Tyr,

Le concile ne s'occupa plus de cette affaire; mais nous apprenons du pape saint Léon le Grand que Carausius s'obstina dans

dont nous allons parler, manque dans l'ancienne traduction latine des actes du concile (celle qui a été insérée dans Hardouin et Mansi a été prise dans la collection romaine des actes des conciles, cf. Baluze, dans Mansi, op. cit., t. vu, col. 663, n. 27) ; aussi quelques savants ont-ils mis en doute l'authenticité de ces deux récits. Cf. Tillemont. Mém. hist. ecclcs., t. xv, note 47 sur saint Léon, p. 917 sq. Il n'y a cependant pas de motifs suffisants pour les rejeter, et les Ballerini ont eu parfaitement raison de penser que ces deux affaires traitées le 20 octobre constituaient la ve session (ou pour mieux dire la ve et la vie). Voir plus haut le tableau chronologique déjà indiqué, et de même les Ballerini, op. cit., t. n, col. 510, note 23. P. L., t. lv. [Bien qu'il adopte, avec toute raison, le sentiment des Ballerini au sujet de la session du 20 octobre, Hefele a maintenu dans son texte la division : « quatrième session, 17 octobre; — cinquième session, 22 octobre. » Il faut cependant, croyons-nous, entrer, après Tillemont, dans quelques détails au sujet de la séance du 20 occupée par la conclusion de l'affaire de l'archimandrite Carausius et le règlement contre l'érection de la nouvelle métropole de Béryte. On peut s'expliquer le silence fait sur cette importante session et l'absence pour elle d'un numéro de série par ce fait qu'elle n'est pas recueillie dans les actes du concile, tels que nous les avons, pas plus que dans Evagrius et Liberatus. On n'en trouve rien non plus dans les copies latines du concile revues à un siècle de là par le diacre Rusticus. Tillemont fait remarquer que « cette conclusion de l'affaire des moines eutychiens n'est point dans le style du reste des actes ; car aucun evesque n'y parle en particulier. Le rapport d'Alexandre est assez embarassé et il y a mesme de la difficulté à le concilier avec l'histoire. Aèce suppose que la requeste des moines à l'empereur parloit de Dioscore et demandoit qu'il fust présent au concile, ce qui est faux de celle qui est raportée dans la séance du 17 octobre : et si c'en est une nouvelle, elle devroit donc estre raportée comme les autres le sont. » On peut soulever d'autres difficultés ; celle qui se tire du délai d'un mois donné aux moines pour faire leur soumission n'est pas insurmontable, car il n'était pas nécessaire que le concile prolongeât ses sessions jusqu'au terme de ce délai afin de recevoir la soumission ou de décider de la sanction en cas de résistance. Il suffisait de déléguer à cet effet un évèque qualifié, notamment l'évêque diocésain Anatole, pour recevoir cette soumission ou bien appliquer la sanction déterminée à l'avance. De fait, le concile se sépara le 1er novembre, c'est-àdire bien avant l'expiration du délai. Une difficulté plus grave et qui semble ne pouvoir s'expliquer que par une erreur de chiffres, c'est la fixation du délai initial au 15 octobre. Or, c'est le 20 du même mois que l'on prend cette décision ; il est absolument inexplicable qu'on fasse courir la faculté donnée depuis une date écoulée. En outre, on nous dit que le délai est accordé pour entrer dans le sentiment des officiers de l'empereur. Mais ceux ci, dans la session du 17 octobre, n'avaient parlé que de deux ou trois jours ; le 20, ce délai se trouvait donc expiré et les moines eutychiens n'en avaient pas fait usage. Les Ballerini, op. cit., t. n, col. 510, note 23, reconnaissent que nonnullas difficul-

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