Aujourd'hui Stobrec et Zrnovnica
sa juridiction se serait-elle étendue sur une partie du diocèse de Salone beaucoup plus éloignée de la ville épiscopale ? Le doute subsiste. » En définitive nous ne savons à peu près rien du chorévêque Eugraphus, sinon qu'il y avait en Dalmatie un chorévêque dans le même temps où le concile de Riez conférait ce titre en Gaule. Le chorépiscopat nous est donc attesté par deux témoignages occidentaux dès le ve siècle 1.
Nous rencontrons encore cependant des évêques établis dans des bourgades, vici, entourées d'un minuscule territoire formant diocèse, démembré d'une façon temporaire du territoire épiscopal de la cité. Chacun de ces cas représente pour ainsi dire un cas particulier et ne peut guère évoquer l'idée du chorépiscopat. Voici par exemple sous Glotaire, le duc Austrapius se fait clerc, reçoit l'épiscopat et le roi le fait placer au village de Celles, au diocèse de Poitiers, sous la condition qu'il succédera à l'évêque diocésain. Mais à la mort de celui-ci on ne tint aucun compte de l'engagement pris, malgré les réclamations d'Austrapius qui mourut dans une sédition. Son « diocèse » revint à l'évêque de Poitiers 2. Autre exemple, celui de Mondéric élu par le peuple et par le clergé de Langres pour suppléer l'évêque Tétric, frappé d'apoplexie. Mondéric, grâce à la permission du roi, fut ordonné évêque sous la réserve que, du vivant de Tétric, il administrerait en qualité d' « archiprêtre » le castrum de Tonnerre jusqu'à ce qu'il succédât à Tétric (562) 3. Accusé, emprisonné, il finit par passer dans le royaume de Sigebert, fut établi évêque du vicus Arisitensis (Alais ?), ayant juridiction sur quinze paroisses, soumises à l'évêque de Rodez.
Avec ces deux personnages nous étions trop loin du chorépiscopat ; avec un texte de Sulpice Sévère sur Claudien, frère de Mamert, évêque de Vienne, nous y revenons :
Autistes fait ordine in secundo Fratrem fasce levans episcopali,
4. Peut-on regarder la Dalmatie comme une province occidentale ? Ce point n'est pas douteux, encore qu'il faille reconnaître l'influence orientale très réelle et très directe, ainsi que nous avons eu l'occasion de le montrer en étudiant dans notre Manuel d'archéologie chrétienne le palais de Dioclétien à Salone. M. J. Zeiller nous montre d'une façon très nette et très convaincante, dans l'étude citée, p. 32, la réalité de ce fait, à savoir que la Dalmatie a toujours été comprise dans l'Occident.
2. Grégoire de Tours, Hist. Franco/'., 1. IV, c. xvin, P. L., t. lxxi, col. 283.
3. Grégoire de Tours, Hist. Franco;-., 1. V, c. v, P. L.} t. lxxi, col. 321. Interea beatus Tetricus sanguine sauciatur. Cui cum.nulla medicorum fomenta valerent, conturbati clerici et a pastore utpote destituti, Monder icum expetunt. Qui a rege indutns ac tonsoralus, episcopus ordinatur, sub ea specie ut dum beatus Tetricus viveret, hic Ternodorensem castrum ut archipresbyter regeret atque in eo commorarelur, migrante vero decessore, iste succederet.
LA LÉGISLATION CONCILIAIRE RELATIVE AUX CHOREVEQUES 1225
Nam de pontificis tenore summi Ille insignia sumpsit, hic laborem 1.
« Prélat de second rang, il aida son aîné à porter le fardeau de l'épiscopat, lui laissant les honneurs pour en prendre les charges. » Suivant la remarque juste de J. Parisot, «le nom de chorévêque n'était pas encore entré dans le vocabulaire ecclésiastique ; c'est pourquoi nous ne le voyons pas attribué aux prélats des ve et vie siècles, quelles que fussent leurs fonctions et leur caractère hiérarchique 2. » Sauf exceptions, telles que celles de Pierre, chorévêque du Mans, dont nous parlerons bientôt, l'emploi de ce terme, emprunté aux traductions des conciles grecs, ne reçut sa consécration officielle que sous le pape Zachariequi nomma le premier les chorévêques. Deux lettres de ce pape nous le laissent lire tout en nous montrant que c'est à l'Orient qu'on s'adresse pour en éclairer la notion. En effet, une lettre à Pépin, datée de l'année 747, mentionne les chorévêques et cite le concile d'Antioche 3. La deuxième mention se lit dans une lettre datée de l'année 748, adressée aux évêques des Gaules, de Belgique, et d'Allemagne 4. Les chorévêques y sont mentionnés en suscription avant les prêtres et les diacres, à leur rang hiérarchique. Au vme siècle, le titre s'emploie communément.
Quelques documents de l'époque carolingienne nous montrent la présence des chorévêques en Gaule dans des conditions assez particulières. Dans l'Eglise du Mans, l'évêque Aiglibert (670-705), s'associe un chorévêque nommé Pierre pendant qu'il est personnellement retenu loin de son diocèse par ses fonctions d' « archichapelain » et « chef des évêques du royaume » de Thierry III 5. En quoi consistaient les fonctions de Pierre, nous ne le savons pas, sauf sur un point : les droits appartenant exclusivement à la dignité du ministère épiscopal ne lui étaient pas concédés.
Au siècle suivant quatre chorévêques se succèdent dans les mêmes
1. Sidoine Apollinaire, Epist., iv, vs. 11, P. L., t. lviii, col. 516, 517. Claudien, au dire de Gennade, était prêtre. De scriptorib. écoles., c. lxxxiii, P. L. t. lviii, col. 1106.
2. Les chorévêques, dans la Revue de l'Orient latin, 1901, p. 424.