SOCRATE
Hist. eccles., 1. t. lxvii,co1. 212.
II, c. xv, P. G.,
« Chacun d'eux ( les évêques nommés) exposa sa cause à Jules, et celuici, en vertu des privilèges dont jouit l'Eglise romaine, les munit de lettres pleines de franchise et les renvoya en Orient après leur avoir restitué leurs
Sozomène
Hist. eccles., 1. III, c. vin, P. G., t. lxvii, col. 1052.
« Lorsque l'évêque de Rome eut pris connaissance de leur cause, les ayant trouvés tous d'accord sur la doctrine du concile de Nicée, il les accepta à sa communion comme ayant la même foi que lui. Et comme, à
sièges et envoyé des reproches à ceux cause de la dignité de son siège, la qui les avaient déposés. * sollicitude de tous lui appartenait, il
rendit à chacun son Eglise. »
Les choses ne se passèrent pas aussi facilement que tendraient à le faire croire les textes que nous venons de transcrire. En réalité, la théorie des appels à Rome se trouve beaucoup plus fortifiée par les négociations entamées que par l'intervention et la décision rapportées par les deux historiens. En effet, ce ne furent pas les évêques déposés qui imaginèrent les premiers de recourir à Rome ; leurs adversaires, les Eusébiens, avaient d'eux-mêmes réclamé la tenue d'un concile romain dans lequel le pape serait juge entre eux et Athanase d. Cependant ils changèrent promptement d'avis et préférèrent procéder à Antioche contre Athanase et le condamner sans l'entendre. Le pape Jules leur écrivit pour signaler l'incorrection du procédé, maintenir la convocation du concile romain, les inviter à s'y rendre 2.
Le pape Jules Ier. — Il attendit longtemps, néanmoins il eût attendu encore si l'obligation de laisser les évêques rassemblés à Rome retourner dans leurs diocèses ne l'avait contraint à passer outre. Athanase, Marcel d'Ancyre, Paul de Gonstantinople avaient hâte, de leur côté, de sortir de la position d'expectative dans laquelle ils se trouvaient. La réponse ironique et menaçante faite à la lettre du pape Jules parles évêques assemblés à Antioche montrait clairement qu'on ne devait rien gagner à attendre 3. Le concile romain s'ouvrit donc sans les eusébiens, sur la fin de l'année 340. Les accusations portées contre Athanase ne tenaient pas debout et ne résistèrent pas un instant ; l'évêque d'Alexandrie fut donc déclaré innocent. La cause plus embrouillée de Marcel d'Ancyre nécessita un plus long examen ,dont l'évêque sortît d'ailleurs réhabilité, ainsi que tous ses co-accusés, dont le crime véritable était l'attachement à la foi de Nicée. Justice faite, le pape adressa aux Orientaux une lettre synodale longue et importante que nous allons citer en grande partie parce que cette pièce est une des sources du droit en matière d'appels 4.
1. S. Athanase, Apolog. contra arianos, c. xx, P. G., t. xxv, col. 289.
2. Dans cette lettre ou dans une autre qui aura dû suivre celle-ci de près, le pape se plaint de n'avoir pas été invité au concile d'Antioche rappelant l'existence d' «r un canon ecclésiastique qui défendait aux Églises de rien régler sans l'assentiment de l'évêque de Rome. »
3. Celte lettre, quoique perdue, a pu être reconstruite avec beaucoup de vraisemblance à l'aide de la réponse qu'y fît le pape Jules et à l'aide de ce qu'on lit dans Sozomène, Hist. eccles., 1. III, c. vin, où il s'en trouve une analyse ; cf. P. L., t. vin, col. 862.
4. Cette lettre est conservée par S. Athanase, Apol. contr. arianos, c. xxi ; cf. P. L., t, vm, col. 879. Nous donnons ici la traduction de M. J. Turmel, op. cit., p. 344 sq., sauf quelques variantes qui nous ont semblé préciser le sers ou la pensée.
« Votre lettre m'a été remise par mes prêtres Elpidius et Philoxène. J'avais été déterminé «à vous écrire par la charité et par le respect de la vérité. J'ai constaté, non sans surprise, que vous m'avez fait une réponse inspirée par un esprit de contention et inconvenante. Votre lettre respire l'orgueil et l'arrogance, sentiments que réprouve la foi chrétienne... Vous nous donnez lieu de soupçonner la sincérité de vos protestations de respect. Les prêtres que j'avais députés vers vous auraient dû être satisfaits de leur mission ; mais, au contraire, ils sont revenus attristés du spectacle dont ils avaient été témoins. Quand j'eus pris connaissance de votre lettre, je me décidai, après beaucoup d'hésitations, à la tenir secrète. Je comptais, en effet, que plusieurs d'entre vous viendraient ici et que tout s'arrangerait sans qu'il fût besoin d'exhiber cette pièce affligeante. Quand, devant votre absence persistante, je me vis obligé d'en donner lecture, toute l'assemblée fut stupéfaite. On avait peine à vous croire capables d'écrire de pareilles choses...
« Quel sujet de plainte pouvez-vous avoir ? Qu'y avait-il dans ma lettre qui fût de nature à vous fâcher ? Est-ce l'invitation à vous rendre au synode ? Cette invitation aurait dû, au contraire, vous être agréable. Quand on a confiance dans un acte, ou dans ce qu'on appelle un jugement, on ne trouve pas mauvais que d'autres examinent ce jugement. On sait bien qu'une sentence juste ne peut devenir injuste. C'est pour cela que les évêques assemblés au grand Concile de Nicée autorisèrent, non sans l'inspiration divine, un second synode à examiner les actes d'un synode antérieur 1... Quand une coutume s'est ainsi introduite dans l'Eglise et qu'elle a été confirmée par des synodes, il n'est pas permis à une poignée d'hommes de l'abroger. D'ailleurs, même cette considération écartée, vous n'auriez pas encore le droit de vous plaindre. Ce sont, en effet, vos délégués, à savoir le prêtre Macaire, ainsi que les diacres Martyrius et Hésychius, ce sont eux, dis-je, qui, se voyant incapables de tenir tête aux prêtres d'Athanase, nous ont demandé la convocation d'un concile et des lettres en ce sens à Athanase et aux Eusébiens...
« S'il est vrai, comme vous l'écrivez, que chaque synode a une autorité absolue et qu'un juge a lieu de se considérer comme méprisé quand sa sentence est revisée par un autre, voyez, bien-aimés, quels sont ceux
1. P. L., t. vin, col. 881. Quocirca episcopi in magna synodo nicasna congregati, non citra Dei consilium, prioris synodi acta in alia synodo disquiri permiserunt. On s'est souvent demandé quel est le texte de Nicée que le pape a en vue. Personne ne croit plus aujourd'hui avec Baronius que Jules se réfère à un canon disparu. On admet généralement qu'il vise le canon 5e entendu d'une manière légèrement inexacte. Voir la note de D. Coustant, et C. H. Turner, dans The Journal of theological Studies, 1902, p. 393. Sohm, Kirchenrecht, p. 324, qui reconnaît que Jules se réfère au 5e canon de Nicée, fait du texte du pape un commentaire très discutable et, en tous cas, sans grande portée.