Turmel, op. cit., p
4. P. Bernardakis, les appels au pape dans l'Église grecque jusqu'à Photius, dans les Échos d'Orient, 1903, t. vi, p. 30-42, 118-125, 249-257.
NOTES POUR L'iIISTOillE DU DROIT d'aPPEL 1251
Eustathe de Sébasic — C'est une de ces existences tourmentées et déconcertantes que celle d'Eustathe,qui traversa toutes les doctrines et connut toutes les extrémités. Prêtre déposé, évêque excommunié par trois conciles et déposé de l'épiscopat par celui de Gangres, il n'en a cure, revient sur l'eau, se fait condamner une fois de plus comme parjure au concile d'Àntioche, déposer et chasser de son siège. D'abord catholique, ensuite eusébien, il passe au parti macédonien dont il dirige bientôt les affaires et, à la tête des délégués de ce parti, vient tenter à Rome de faire l'union avec le pape Libère à qui il présente une profession de foi rigoureusement orthodoxe. Le pape d'abord méfiant finit par se rendre devant des protestations si chaleureuses, reçoit les promesses, admet les délégués à la communion et replace Eustathe sur son siège. C'était là seulement ce que celui-ci souhaitait.
De Rome, Eustathe toujours flanqué de ses délégués redevenus orthodoxes et munis maintenant de lettres en bonne forme, passe en Sicile où il fait assembler un concile et obtient, sur le vu des lettres du pape et de sa profession de foi, des lettres de communion. Il court de Sicile en Illyrie, escorté d'un légat pontifical, garant de l'orthodoxie du personnage en qui on n'était pas loin de voir l'instrument providentiel de la conversion et de la réunion future des ariens et des macédoniens. Et de fait, ce concile d'Illyrie fit triompher l'orthodoxie dans la province de ce nom ; une encyclique et une lettre des empereurs, Valens, Valentinien et Gratien furent envoyées aux Églises d'Asie pour annoncer ce succès -. Comblé de couronnes, Eustathe jugea le moment venu de mettre à profit la décision papale à la suite de son appel. Il se présenta au concile de Tyane en Cappadoce et réclama son siège. Par égard pour les lettres du pape, il lui fui aussitôt restitué (367). Quelques lignes d'une lettre de saint Rasile ne laissent aucun doute sur le fait de l'appel et de la déférence des évêques pour la décision dn pape : « Quand [Eustathe] fut chassé de son siège, son voyage vers vous est la voie qu'il imagina pour son rétablissement. Que lui fut-il proposé par le bienheureux évêque Libère et à quoi s'est-il engagé ? Nous l'ignorons. Nous savons seulement qu'il emporta une lettre qui le rétablissait. Il la présenta au concile de Tyane et il fut replacé sur son siège. Maintenant, il ravage cette foi grâce à laquelle il a été accepté, il est avec ceux qui anathématisent le consubstantiel, il patronne l'hérésie des pneumatomaques 2. »
Saint Basile. — Il s'agit ici moins d'appel que de recours à l'intervention pacifique de l'évêque de Rome. Saint Basile ne fut pas heureux dans ses tentatives répétées pour intéresser le pape au sort des orthodoxes en
1. Socrate, Hist. cccles., 1. II, c. xliii ; 1. IV, c. xn, P. G., t. lxvii, col 332, 484; Sozomène, Hist. eccles., 1. IV, c. xxm, P. G., t. lxvii, col. 1192; Mansi, op. cit., t. m, col. 394.