Duchesne, Églises séparées, p
entre les deux primats de Constantinople et d'Alexandrie ; il s'agissait de savoir lequel des deux commanderait au nouveau corps ecclésiastique de l'empire oriental. Les chances étaient à peu près égales. Le byzantin avait pour lui l'esprit dont, depuis un demi-siècle d'existence, s'inspirait l'Eglise impériale ; esprit de prééminence et de domination effective soutenu par toutes les ressources de l'administration civile. L'alexandrin se réclamait de droits anciens, reconnus et nettement définis ; droits formidables pour la défense desquels, d'un geste, on mobilisait les bataillons orthodoxes, on traitait de pair avec le préfet impérial et on possédait avec les arguments théologiques des arguments d'une nature plus convaincante auprès des fonctionnaires impériaux, même byzantins, surtout byzantins, l'or. « Entre ces deux puissances, le conflit était inévitable. Ce fut Alexandrie qui l'emporta d'abord. A chaque vacance du siège de Constantinople le patriarche égyptien avait son candidat. Quand il ne passait pas et que l'élu déplaisait à Alexandrie, la première occasion amenait une tragédie. Par trois fois en moins d'un demi-siècle, l'Église grecque eut le spectacle d'un évêque de Constantinople déposé par un évêque d'Alexandrie : Chrysostome, en 403; Nestorius, en 431 ; Flavien, en 449. Et ce n'était pas des dépositions théoriques ; ces trois prélats furent réellement dépossédés de leurs sièges et même exilés. Que dis-je ? tous les trois en moururent. Je sais que, sur le point de droit, il y a des différences à faire entre ces trois cas ; que la déposition de Nestorius fut ratifiée, au concile d'Ephèse, par les légats du pape ; que Chrysostome et Flavien, victimes innocentes, furent défendus et réhabilités par le Saint-Siège, dont ils avaient invoqué l'appui. Mais, dans certains cas, l'épiscopat d'Orient accepta ou subit la sentence alexandrine ; par son silence au moins, il se rallia au Pharaon vainqueur. Que fût-il arrivé si cette série de succès se fût prolongée encore ? Le pape d'Alexandrie, car on lui donnait ce titre, fût-il devenu le chef réconcilié de l'épiscopat grec ? Fût-on parvenu à lui garantir cette situation par quelque règlement officiel ? En fait, son troisième triomphe fut le dernier. Au concile de Chalcédoine (451), on vit Dioscore, patriarche d'Alexandrie, assis au banc des accusés 4. »
A Antioche la victoire fut rapide et sans péripéties. Les évêques de cette ville étaient neutralisés par un schisme local invétéré depuis quatrevingts ans, soigneusement entretenu par les rivaux de Constantinople qui, en 381, voyant l'unité à l'instant de se rétablir par la mort de Mélèce, donnent un successeur à celui-ci et, du même coup, perpétuent une cause de faiblesse dont ils tirent une part de leur force. Dès lors le byzantin ne songe guère à ménager les susceptibilités de gens qui n'ont plus le moyen d'être redoutables. C'était déjà une singulière audace, en 381, d'avoir pourvu à la vacance du siège de Mélèce ; en 394 l'évoque de Constantinople juge, près de Chalcédoine, en présence des évêques d'Alexandrie et d'Antioche,