‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 47 sur 544 · CINQUIÈME SESSION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME SESSION

que les légats romains et les trois évêques de Constantinople, d'Antioche et de Jérusalem ; la traduction latine nomme au contraire quarante-sept autres évêques. Le texte grec désigne le reste du concile par ces mots : %a\ tyjç Xowc^ç àyiaç xai o*txbupt.evLX?}<; auvooou. On s'occupa dans cette session de définir la foi ; aussi est-elle une des pages les plus importantes de l'histoire de l'antiquité chrétienne. La veille, c'est-à-dire le dimanche 21 octobre *, le diacre Asclépiade de Constantinople avait lu dans la commission tenue chez Anatole [465] une profession de foi qui obtint l'assentiment universel, et qu'Anatole défendit avec un tel entrain que l'on a présumé qu'il en était l'auteur. Comme cette profession de foi n'a pas été insérée dans les actes, elle n'est pas arrivée jusqu'à nous ; mais d'après les indices fournis par les actes, Tillemont a présumé qu'elle exprimait sans doute la doctrine orthodoxe, mais en des termes qui n'étaient pas assez précis pour réfuter l'erreur que l'on combattait 2. Lorsqu'elle fut lue dans la cinquième session, elle souleva des objections, et Jean, évoque de Germanicie, déclara que cette formule n'était pas bonne et qu'il fallait l'améliorer. Anatole répondit : « N'a-t-elle donc pas plu à tout le monde, hier 3? » Et le concile cria aussitôt : « Elle est excellente et renferme la foi catholique ; arrière les nestoriens ! L'expression de Gsotoxoç doit être admise dans le symbole 4. »

1. Léonce de Byzance, De sectis, act. iv, P. G., t. lxxxvf, col. 1236. (H. L.)

2. Tillemont, op. cit., t. xv, p. 677. « La formule contenait seulement que J.-C. estoit de deux natures, et non en deux natures, comme l'avoit mis saint Léon, ce qui n'estoit pas fort différent dans le fond. Mais comme Dioscore admeltoit le premier et non pas l'autre, il estoit important de ne laisser aucun lieu de douter de la foy du concile et de se servir des termes que les hérétiques avouoient ne se pouvoir accorder avec leur erreur. Et c'est ce qui avoit obligé autrefois le concile de Nicée de se servir du mot « consubstantiel j>. Comme Dioscore n'avoit fondé la condamnation de saint Flavien, que sur ce que ce saint disait qu'il y avait deux natures en Jésus-Christ, c'estoit autoriser la condamnation de saint Flavien de ne se pas servir de ce terme. La définilion ne coutenoit donc rien que de véritable, mais elle estoit imparfaite en ce qu'elle ne condamnoit point l'erreur. » (H. L.)

3. « Que voulez-vous donc ? crièrent les partisans du projet. C'est la foi des Pères ! Anathèrne à qui pense différemment. » — « Hier, criait Anatole, cette définition agréait à tout le monde. » (H. L.)

\. Mansi, op. cit., t. vir, col. 99-102 ; Hardouin, op. cit.y t. n, col. 447. Jean, évêque de Germanicie, dans la Syrie euphratésienne, s'étant approché des magistrats pour leur dire quelques mots, les évoques du parti d'Anatole crièrent : « A la porte les nesloriens ! A la porte les ennemis de Dieu ! » I/allusion était

Les légats du pape émirent un autre jugement ; ils étaient mécontents de la formule et n'avaient pas voulu assister à la séance de la commission dans laquelle elle avait été approuvée ; ils firent donc la déclaration suivante : « Si l'on n'adhère pas à la lettre de Léon *, nous demandons acte de votre opposition pour rentrer chez nous, et tenir un concile en Occident. » Les commissaires impériaux comprenant que ce départ ferait manquer tout le but du concile, qui était la restauration de l'union dogmatique dans l'Eglise, émirent l'avis de former, en leur présence, une commission comprenant six Orientaux (du patriarcat d'Antioche), trois Asiatiques (de l'exarchat d'Ephèse), trois Illyriens, trois évêques du Pont et trois autres delà Thrace, qui, avec Anatole et les légats romains, se réuniraient dans l'oratoire àuMartyrium d'Euphémie, et feraient connaître aux autres évêques les résolutions prises sur la foi. La majorité persista à vouloir s'en tenir à la profession de foi déjà lue, en portant l'exclusion contre quiconque s'y refuserait. Les commis-

d'autant plus déplacée que Jean était ami intime de Théodoret de Cyr et évêque de la ville natale de Nestorius. Ce fut, à ces mots, un tumulte indescriptible. Depuis les jours du concile d'Ephèse (431) les assemblées conciliaires nous offrent trop souvent ce spectacle regrettable de violences, de hurlements. Une pareille conduite répugne quand on la voit se produire de nos jours dans une assemblée parlementaire où cependant on doit s'attendre à rencontrer, d'après le mode de suffrage en vigueur, une société très mêlée ; mais on demeure surpris, malgré tout, quand on doit constater qu'une assemblée épiscopale, comptant plusieurs centaines de membres, se livre à des emportements et des contorsions qui ne diffèrent pas de ce qu'on pourrait voir au club des Jacobins ou dans une Chambre française. Ce fait peut recevoir un commencement d'explication du fait de l'élection épiscopale et des surprises qui en étaient le résultat. La moyenne d'âge de l'épiscopat était généralement moins élevée que de nos jours, ce qui peut expliquer ces impétuosités déplacées ; enfin, il faut reconnaître une politesse tout à fait embryonnaire même chez de grands et illustres évêques. Nous avons eu déjà occasion de signaler le langage dont saint Grégoire de Nazianze, saint Hilaire, Lucifer de Cagliari font usage dans la polémique théologique ; avec ces habitudes d'intempérance dans l'invective, on ne s'étonne pas trop que sous la morsure de certaines injures les gradins et banquettes chargés d'évêques s'ébranlent et se livrent aux violences que pour la cinquantième fois nous venons de signaler. (H. L.)

1. Comme cette lettre de Léon avait été déjà approuvée par le synode, ainsi que nous l'avons vu, il faut entendre la nouvelle demande des légats dans ce sens : « Si on ne se contente pas de cette lettre et si on veut une autre formule, * ou bien : «si, dans la profession de foi que l'on doit rédiger, on ne s'en tient pas exactement au sens de cette lettre ; » ce qui suit fait voir que la dernière explication est préférable.

Page 1