‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 48 sur 544 · CINQUIÈME SESSION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME SESSION

[466] saires dirent alors : « Dioscore assure avoir condamné Flavien, parce que celui-ci croyait à deux natures en Jésus-Christ ; or, dans la nouvelle formule, il y a au contraire : le Christ est (formé) de deux natures. » Ils voulaient dire par là que l'expression dont Flavien s'était servi pour condamner le monophysisme aurait dû être insérée dans la nouvelle formule, tandis que l'expression qui s'y trouvait (formée de deux natures), quoique orthodoxe, pouvait s'entendre dans le sens de Dioscore, et, pour ce motif, causer du scandale. Une observation d'Anatole de Constantinople montra tout ce que la remarque des légats avait de judicieux 1. Anatole dit que Dioscore n'avait pas été déposé à cause de ses erreurs concernant la foi, mais pour avoir excommunié le pape et n'avoir pas obéi au concile 2. Sans relever cette parole au moins imprudente, les commissaires cherchèrent à remettre le concile dans le droit chemin. Ils firent remarquer que l'assemblée avait déjà approuvé la lettre de Léon, approbation qui entraînait l'adhésion à ce qui était contenu dans la lettre (c'est-à-dire qu'il y a dans le Christ deux natures en aucune façon mêlées l'une à l'autre. Mais comme la majorité, et en particulier Eusèbe de Dorylée, s'obstinait à acclamer la formule d'Anatole, les commissaires firent immédiatement connaître à l'empereur ce qui se passait 3, et celui-ci répondit par le décret suivant 4 : « Ou bien on acceptera la susdite commission des évêques, ou bien les évêques feront connaître leur foi par l'entremise de leurs métropolitains, pour que tous les doutes et toutes les divisions cessent. Si on repousse ces deux moyens, il faudra tenir un concile enOccident, puisque à Chalcédoine les évêques se refusent à donner une déclaration nette et précise sur la foi5. » La majorité s'écria de nouveau : « Nous gardons la formule d'Anatole, ou bien nous nous en allons ! » Gécropius, évêque de Sébastopol, dit de son côté : « Que ceux qui ne veulent pas signer aillent se promener. » Les évêques de l'Illyrie criaient : « Les opposants sont des

1. En voyant tout le sens pratique dont les commissaires impériaux firent preuve, même au point de vue théologique, on se demande s'ils ne s'inspiraient pas des conseils des légats du pape.

2. Dans le décret synodal rendu contre Dioscore, il n'est pas, il est vrai, expressément mention de son hérésie, et la sentence que les légats du pape ont portée contre lui n'en dit rien non plus.

3. Mansi, op. cit., t. vu, col. 103 sq. ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 450. k. Les commissaires envoyèrent Béronicien, secrétaire consistorial.

5. Mansi, op. cil., t. vu, col. 102-103 ; Hardouin, op. cit., t. u, col. M.

nestoriens, qu'ils aillent à Rome ! » Les commissaires dirent : « Il faut s'entendre. Dioscore a condamné l'expression : Il y a dans le Christ deux natures, il a approuvé celle-ci : Le Christ est (formé) de deux natures ; le pape Léon dit au contraire : Il y a dans le [467] Christ deux natures unies1. Qui voulez-vous suivre? Léon ou Dioscore?» Les évoques s'écrièrent en masse: «.Nous croyons comme Léon et non pas comme Dioscore ; quiconque n'a pas ces sentiments est eutychien ! — En ce cas, dirent les commissaires : acceptez dans votre symbole la doctrine de Léon 2. »

Nous ignorons la réponse de la majorité ; le procès-verbal offre ici une lacune, car sans transition, sans explication du revirement produit, il dit que tous les évêques avaient accepté cette commission dont ils n'avaient pas voulu tout d'abord. Elle comprit : Anatole de Constantinople, les trois légats Paschasinus, Lucentius et Boniface, Julien de Cos et vicaire du pape, Maxime d'Antioche, Juvénal de Jérusalem, Thalassius de Césarée, Eusèbe d'Ancyre, Quintillus, Atticus et Sozon d'Illyrie, Diogènc de Cyzique, Léonce de Magnésie, Florentins de Sardes, Eusèbe de Dorylée, Théodore de Tarse, Cyrus d'Anazarbe, Constantin deBostre, Théodore de Claudiopolis en Isaurie, Francion, Sébastien et Basile de Thrace. On aura reconnu plusieurs de ceux qui avaient énergiquement soutenu la formule : « Le Christ est (formé) de deux natures, » Anatole, par exemple, ainsi que les Illyriens ; quelques membres de cette commission avaient figuré au Brigandage d'Ephèse parmi les amis de Dioscore. Nous ignorons la délibération dans l'oratoire de sainte Euphémie 3 ; les actes rapportent seulement que les évêques revinrent dans l'église oùAétius lut la formule suivante,

1. Ce n'est pas là le mot à mot précis de la lettre du pape Léon, mais ce qui est dit par les commissaires exprime bien le sens principal de cette lettre, tel que les légats l'avaient indiqué lorsqu'ils avaient donné, sur cette lettre, des explications qui avaient eu l'assentiment général des évêques de Chalcédoine.

2. Mansi, op. cit., t. vu, col. 106 ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 450.

3. Nous ignorons le détail de la discussion qui eut lieu dans le martyrium, cependant on rapporte que la discussion fut vive. Le projet d'Anatole, ainsi qu'il fallait s'y attendre, fut plus ou moins modifié, et cela vraisemblablement, grâce à la double représentation accordée par l'empereur au diocèse d'Orient. Au nombre de ces modifications, et celle-ci était capitale, on peut compter la formule en deux natures substituée à celle de deux natures. C'était le triomphe du pape Léon sur Anatole. Les Orientaux s'opposèrent à l'annexion de la lettre de Cyrille contenant les anathématismes parmi les pièces canoniques ou quasi-canoniques formant en quelque manière V illustration de la

Page 1