‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 50 sur 544 · CINQUIEME SESSION · texte numérisé non relu

CINQUIEME SESSION

autre nature que la nôtre ; il anathématise ceux qui ont inventé cette fable qu'avant l'union il y avait deux natures dans le Seigneur, mais qu'après l'union il n'y en a plus qu'une seule *, A la suite des saints Pères, nous enseignons tous à l'unanimité un seul et même Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ, complet quant à sa divinité, complet aussi quant à son humanité, vrai Dieu et en même temps vrai homme, composé d'une Ame raisonnable et d'un corps, consubstantiel à nous par son humanité, en tout semblable à nous, [470] sauf pour ce qui est du péché; engendré du Père, avant tous les

1. Le texte grec actuel porte iv. 8-jo ç-jaswv, l'ancienne traduction latine porte au contraire in duabus naturis. D'après ce qui avait été dit dans cette session sur la différence de ces deux expressions : « en deux natures », et « de deux natures », et en particulier contre cette dernière expression, il est évident que l'aucien traducteur latin a dû avoir dans le texte grec primitif dont il s'est servi, év ûjo çucrétriv. Ce n'est pas là une simple hypothèse, car elle a pour elle le témoignage de l'antiquité : 1) celui du célèbre abbé Euthytnius de Palestine, contemporain du concile de Chalcédoine et dont plusieurs disciples assistèrent, en qualité d'évêques, à ce concile. Cf. Baronius, ad an». 451, n. 152 sq. Nous avons de lui une appréciation du décret de foi porté à Chalcédoine ; il expose les principaux points de la doctrine du concile, en se servant des termes mêmes employés par l'assemblée. Au passage qui nous occupe, il dit: iv ôuo aûo-eat Yvtopt'ÇeaGat 6[xoXoy£? xbv eva Xpiarov, x. t. X. Ce fragment d'Euthymius se trouve dans la Vita S. Euthymii abbatis, imprimée dans les Analccta grseca, in-'*, Parisiis, 1688 ; des bénédictins de Saint-Maur, t. i, p. 57, imprimée aussi dans Mansi, op. cit., t. vu, col. 774, et P. G., t. exiv, col. 650. 2). Le second témoin ancien est Sévère, patriarche monophysite d'Antioche à partir de l'année 513 : le grand reproche qu'il adressa aux Pères de Chalcédoine et leur crime irrémissible à ses yeux, est d'avoir déclaré que sv 5-jg cp-jcrzaiv àôcatpsroiç Yvwpt'ÇsaOa'. tôv Xpicrrov. Cf. Sententise Severi, dans Mansi, op. cit., t. vu, col. 839. 3) Un peu plus de cent ans après le concile de Chalcédoine, Evagrius a inséré in extenso, dans son Histoire de l'église (lib. II, c. iv, P. G., t. lxxxvi, col. 2508), le symbole de foi de ce concile et on y lit ces mots âv ô-jo «puo-suiv àauyxuTO); x. t. X. 4) Dans les discussions religieuses qui eurent lieu à Constantinople en 533 entre sévériens et orthodoxes, les premiers reprochèrent au synode de Chalcédoine d'avoir écrit : in duabus naturis, au lieu de ex duabus naturis, ainsi que Cyrille et les anciens Pères l'avaient enseigné. Mansi, op. cit., t. vm, col. 091 ; Hardouin, op. cit., t. n, col. H 62. 5) En 610, dans son livre Desectis, Léonce de Ryzance dit explicitement que le synode avait enseigné sva Xpiarbv èv ôuo ?ûtstiv fttfVf£v?C0( x. t. X. Il est évident que, s il y avait eu quelques doutes sur la manière dont il fallait lire le texte, Léonce se serait gardé de le ciler avec une telle certitude aux monophysiles. Ce passage de Léonce de Byzance se trouve actio IV, c. 7, dans Galland, Biblioih. Patrum, t. xn, p. 633, P. 6\, t. lxxxvi, col. 1227. 6) Il est digne de remarque que toutes les anciennes traductions latines portent in duabus naturis, celles d'avant Rusticus et celle de Rusticus kli-méme. 7) Le synode de Latran en 649 a lu de même, dans ses actes, indua-

siècles, quant à sa divinité : quant «à son humanité, né pour nous, dans les derniers temps, ,de Marie, la Vierge et la Mère de Dieu ; nous confessons un seul et même Christ Jésus, fils unique, que nous reconnaissons être en deux natures, sans qu'il y ait ni confusion, ni transformation, ni division, ni séparation entre elles: car la différence des deux natures n'est nullement supprimée par leur union ; tout au contraire, les attributs de chaque nature sont sauvegardés, et subsistent en une seule personne et une seule

bus naturis. Hardouin, op. cit., t. m, col. 835 ; Mansi, op. cit., t. x, col. 1046). 8) Dans sa lettre à l'empereur Constant II, lue au Vie concile général, le pape Agalhon reproduisait le symbole de Chalcédoine avec ces mots in duabus naturis. Cf. les actes du Vie concile général, act. ive^ dans Mansi, op. cit., t. xi, col. 256 ; Hardouin, op. cit., t. m, col. 1091. En présence de ces faits, la plupart des savants modernes, par exemple Tillemont, Mém. hist. ecclés., t. xv, p. 682 ; Petau, De incarnat., ni, 5, t. v, p. 125; Walch, Biblioth. Symbol, veter., p. 106; Hahn, Biblioth. der Symbole, 3e édit., p. 166; Gieseler, Kirchengeschichte, t. I, p. 4l>5 ; Neander, op. cit., t. iv, part. 2, p. 988, ont pensé que le texte primitif portait èv Suo fwtfftv. Neander ajoute : « Toute la marche suivie par le concile prouve que le texte primitif a dû porter cette version èv ôûo çûassiv. En effet, le premier symbole, celui qui se rapprochait le plus delà dogmatique égyptienne, contenait les mots èx Sûo ç-jaôtov, et l'autre parti n'accéda à ce symbole que lorsqu'on eut modifié èx en èv. Ces mots èx ouo ç-jcteodv ne sont pas, du reste, grammaticalement parlant, exacts, car le verbe yvwpc^djxevov demande bien plutôt un régime avec la préposition èv. Ces deux expressions diverses èv ôuo çucrecri et èy. ojo cpûsetov exprimaient, la première, la doctrine des deux natures, et la seconde celle d'une seule nature ; elles portaient donc sur le fond du différend. » Par contre, Baur, Trinitâtslehre, t. i, p. 820, et Dorner, Le lire von der Person Christi, t. il, p. 129, ont prétendu que la particule èx avait figuré réellement dans le symbole primitif, mais que les Occidentaux avaient altéré le texte original et changé èx en èv ; du reste que èx s'accordait mieux que èv comme régime de yvo)pt^ô(xevov et qu'on avait voulu par là faire une avance aux doctrines monophysites ; que, du reste, avec èv ou avec èx, le sens était au fond le même, et exprimait, dans les deux cas, les doctrines monophysites. [11 résulte de la discussion soulevée au cours de la ve session entre les commissaires, les légats et Anatole au sujet des deux expressions en litige, il résulte, disons-nous, que les Pères n'ont pu que se rallier à la formule èv ôOo ç-jffcfftv que les légats et les commissaires soutenaient contre le èxôvoçjtrewv défendu par Anatole et par une partie de la majorité. Si on adoptait èx Suo çuo-ecov on laissait subsister l'équivoque à l'abri de laquelle se cachaient les eulychiens. Nous avons eu souvent l'occasion de dire que les hérétiques n'admettaient pas les deux natures dans le Christ après l'union, mais qu'avant ce moment ils consentaient à admettre que le Christ était de deux natures. La formule èv ojo çûcrsaiv ne se prêtait à aucune échappatoire et exprimait nettement la persistance et la distinction des deux natures dans l'union et après l'union. (H. L.)]

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