‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 500 sur 544 · LE CÉLIBAT DES APOTRES · texte numérisé non relu

LE CÉLIBAT DES APOTRES

Dès une haute antiquité les Pères et les écrivains ecclésiastiques portent leur attention sur l'existence domestique des apôtres. Tertullien, le premier, imagine de faire des apôtres des eunuques ou des célibataires. Petrum solum invenio maritum per socrum, dit-il. Monogamum prœsumo per Ecclesiam... Cœteros cum maritos non invenio, aut spadones intelligam necesse est, aut continentes 4 . Et saint Jérôme accepte cette imagination :

\, Tertullien, J)e monogamia, c. vm, P. h,r t. n, col. 989,

LE CELIBAT ECCLESIASTIQUE

Excepto apostolo Petro, non est manifeste relatum de aliis apostolis quod uxores habuerint; et cum de uno scriptum sit, ac de cseteris tacitum, intelligere debemus sine uxoribus eos fuisse , de quibus nihil taie Scriptura significet 1. Par contre l'interpolateur des épîtres de saint Ignace, après s'être défendu de médire de l'état du mariage, souhaite aux gens mariés de rejoindre dans le ciel Abraham, Isaac et Jacob, Joseph, Isaïe et les autres prophètes, enfin Pierre, Paul et les apôtres qui vécurent dans le mariage., (ôç Ils-rpou xai IlavXou xalxàiv aXXtov à7roo-r6'Xu>v t&v ya^otç 7rpoaofJLtXvi<7àvTwv 2. Avec Clément d'Alexandrie nous faisons un pas de plus et à Pierre et Paul nous ajoutons Philippe. Voulant défendre le mariage contre ceux qui le condamnaient, Clément disait : « Sera-ce les apôtres qui le blâmeront ? Pierre 3 et Philippe ont eu des enfants en légitime mariage et Philippe a marié ses filles 4. Enfin saint Paul, dans une de ses épîtres, mentionne sa femme ; toutefois il ne s'en faisait pas suivre dans ses courses apostoliques afin de se mouvoir plus rapidement 5. » L'épître à laquelle Clément fait allusion est l'épître aux Philippiens dans laquelle on lit : EôoStav 7tapaxaX<o xai Suviu/^v uapaxaXài to aù-b çpoveiv èv xupi'w xal èpavrài xal aï, Yvrjats ffuvÇvys, o-uvXajxêàvo'j aurai?, a?-:iveç èv tû eùayY^'V <TUvrj6X7]<ràv [xot (xerà xat KXrj^svTo;...6 . Ce texte est passablement énigmatique et l'emploi qu'on y fait du nom de (rjvçûyo;, conjux, ne semble pas autoriser la conclusion qu'en tire Clément d'Alexandrie pour le besoin de sa cause ; aussi est-ce avec toute raison que saint Jean Chrysostome rejette cette explication 7. Saint Basile ne fait aucune différence entre les apôtres qu'il tient tous pour mariés, à l'exemple de saint Pierre 8. Mais ces contradictions, ce va et vient de l'affirmation et de la négation suffit à nous apprendre que cette question est insoluble autant qu'oiseuse. Il eût suffi, semble-t-il, de lire attentivement les paroles de saint Paul aux Corinthiens pour être fixé sur son compte : « ©e'Xio 5e rcâv-a; àv0pa)7rou; elvai a>; xai èfxavTô'v. àXXà exao-ro; iStov ïyei yjxptajxa ex Osoû, 6 fxèv ovto>;, 6 3è outwç. Aéyto 8è toi; àyà^oi; xal Taî; /^pai;, xaXbv aùxoîç èàv [jLstvtoo-tv a>ç xà^w 9. Je souhaiterais que vous fussiez tous dans l'état

1. S. Jérôme, Contra Jovinianum, 1. I, xxvi, P. /,., t. xxm, col. 257.

2. Ps. Ignace, Epist. ad Philadelphienses, iv, 46 édit., Funk, Tubingae, 1887, t. ii, p. 130.

3. Etait-ce à Pétronille que Clément faisait allusion ? En tous cas nous renvoyons au Dictionn. d'arch. chrét., t. i, col. 2852.

4. Voir le prestige qui s'attachait à ces filles de Philippe dans Eusèbe, Hist. cccles., 1. III, c. xxxi. P. G., t. xx, col. 282.

5. Eusèbe, Hist. eccles., 1. III, c. xxx, P. G., t. xx, col. 277.

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