SIXIÈME SESSION
toute obscurité, afin que la religion resplendît de tout l'éclat de sa lumière, et qu'à l'avenir nul n'osât émettre sur l'incarnation de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ une opinion différente de celle qu'ont enseignée les Apôtres, et que les trois cent dix-huit saints Pères ont définie pour la postérité ; autre que celle dont témoigne la lettre de Léon à Flavien. Pour affermir la foi, mais non pas pour exercer une pression quelconque, j'ai, suivant l'exemple de Constantin, voulu assister en personne au concile, afin que les peuples ne pussent être longtemps trompés par défausses opinions; tous mes efforts tendaient à ramener tout le monde à la même doctrine, à la même religion, et professer la véritable foi catholique. Que Dieu m'accorde d'atteindre ce but 1! »
On cria : « Longues années à l'empereur î longues années à l'impératrice ! c'estl'unique fils de Constantin; gloire à Marcieo, le nouveau Constantin ! » Presque toutes ces exclamations se répétèrent lorsque l'on eut traduit en grec le discours de l'empereur. L'archidiacre Àétius lut le décret dogmatique défini dans la session précédente, et maintenant signé par trois cent cinquante-cinq évoques en leur nom propre ou au nom de leurs collègues absents 2. L'empereur demanda si tous les assistants étaient d'accord sur la profession de foi et les évêques crièrent : <( Tous nous croyons ainsi, il n'y a qu'une foi et qu'une volonté ; nous sommes tous d'accord, nous avons tous signé à l'unanimité ; tous, nous sommes orthodoxes ! C'est la foi des Pères, la foi des Apôtres, la foi des orthodoxes ; [476] c'est celte foi quia sauvé le monde. Gloire à Marcien, nouveau Constantin, nouveau Paul, nouveau David ! Vous êtes la paix du monde!... Tu as affermi la foi orthodoxe ! Longues années à l'impératrice 1 Vous êtes les flambeaux de la foi orthodoxe , par vous la paix règne partout ! Marcien est le nouveau Constantin, Pulchérie la nouvelle Hélène. »
L'empereur rendit grâces au Christ pour le rétablissement de l'unité religieuse et menaça de peines sévères aussi bien les particuliers que les soldats et les clercs qui soulèveraient d'autres difficultés sur la foi 3, et il proposa trois ordonnances (eoncernant la
1. Mansi, op. cit., t. vu, col. 129 sq. ; Hardouin, op. cit., t. il, col. 463 sq.
2. Hardouin, op. cit., t. Il, col. 466-486 ; Mansi, op. cit., t. vu, col. 135-169.
3. c La foi catholique ayant été proclamée, dit l'empereur, nous estimons juste et utile d'enlever a l'avenir tout prétexte aux divisious. En conséquence, quiconque suscitera des troubles en public à propos de la loi soit par des rassemblements, soit par des discours, sera sévèrement châtié ; si c'est
fondation des monastères, lesafFaires civiles des clercs et des moines, et la translation des clercs d'une Eglise dans une autre, qu'il laissa à la décision du concile parce qu'elles étaient plus de son ressort que de celui du pouvoir impérial 4. Dans le fait, le concile les accepta plus tard, lorsqu'il décréta ses canons, où elles eurent les n. 4, 3 et 20.
De nouvelles acclamations se firent entendre : « Tu es prêtre et empereur, vainqueur à la guerre et docteur de la foi !» A la fin de la session, l'empereur déclara qu'en honneur de sainte Euphémie et du concile, il accordait à la ville de Chalcédoine le titre de métropole, sans pr éjudice pour le rang de Nicomédie, et tous s'écrièrent : « C'est juste, qu'il y ait une seule pascha (une unité) dans le monde entier ; la sainte Trinité te protégera ; nous t'en prions, laisse-nous partir. » Marcien exigea qu'ils restassent encore trois ou quatre jours, pour traiter les affaires avec ses commissaires, et leur défendit de s'éloigner avant ce délai 2.
Avec la vie session se termine le rôle principal du concile de
un particulier, on le chassera de la ville impériale ; si c'est un officier, il sera cassé ; si c'est un clerc, il encoarra la déposition, nonobstant d'autres peines civiles. » Labbe, Concilia, t. iv, col. 608. On cria dans un accès d'enthousiasme : « Anathème à Nestorius ; anathème à Eutychès ; auathème à Dioscore. C'est la Trinité qui les a condamnés, c'est la Trinité qui les a chassés. » (H. L.)
1. Hardouin, op. cit., t. n, col. 486 sq. ; Mansi, op. cit.. t. vu, col. 170-175. <c Il existe, dit Marcien, quelques articles de discipline que nous avons respectueusement réservés, jugeant convenable qu'ils soient prescrits canoniquement par le concile plutôt qu'imposés par nos lois. » Le secrétaire Béronicien en donna lecture. Voici le premier article : « Nous estimons dignes d'honneur ceux qui embrassent sincèrement la vie monastique ; cependant, comme il en est qui, sous ce prétexte, troublent l'Eglise et l'Etat, nous avons ordonné que personne ne bâtisse un monastère sans le consentement de l'évêque du lieu et du propriétaire du terrain. Nous rappelons encore aux moines, tant des villes que de la campagne, qu'ils doivent être soumis à leur évêque et que leur vie est avant tout une vie de paix, de jeûne et de prière, entièrement étrangère aux affaires de l'État ou de l'Église. Ils ne pourront en outre recevoir dans leurs monastères des esclaves sans la volonté des maîtres. » Cet article était dirige contre les moines eutychiens très nombreux. Le second article défendait aux clercs et aux moines de prendre des terres à ferme ou de se charger des fonctions d'intendant à moins que l'évêque ne leur confiât les terres de l'Eglise. Le troisième article interdit la translation des clercs d'une Église dans une autre sans permission de l'évêque de qui ils dépendaient, sous peine d'excommunication contre le clerc et contre l'évêque qui l'aurait reçu. (H. L.)
2. Mansi, op. cit., t. vu, col. 178 ; Hardouin, op. cit., t. Il, col. 490 sq.