‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 68 sur 544 · NEUVIÈME ET DIXIÈME SESSIONS · texte numérisé non relu

NEUVIÈME ET DIXIÈME SESSIONS

époque où le concile des Orientaux (c'est-à-dire pendant le concile général d'Ephèse et dans le temps qui suivit immédiatement) avait émis ce sentiment. Il n'avait fait que suivre en cela son exarque (Jean d'Antioche). Il avouait avoir dit seulement ceci : « Si Cyrille « ne s'explique pas mieux au sujet de ses douze propositions, je ne « le reconnaîtrai pas. » Les juges précisant alors le débat demandèrent à Ibas s'il avait réellement qualifié Cyrille d'hérétique, lorsque la paix était déjà faite entre Cyrille et Jean d'Antioche. Ibas put prouver qu'à partir de cette époque il avait été en communion avec Cyrille ; ses adversaires prétendirent le contraire, et voulurent le prouver en se rapportant à une lettre d'Ibas au Perse Maris *■.

Des principaux passages de cette lettre il ressortait qu'Ibas, même après l'union, estimait que Cyrille avait enseigné précédemment des doctrines réellement apollinaristes et n'avait connu le véritable dogme qu'après l'union. Cetle lettre adressée à Maris (évêque de Hardaschir en Perse) était ainsi conçue : « Depuis que Ta Piété a été ici, une grande dispute s'est élevée entre Nestorius et Cyrille, et ils écrivent l'un contre l'autre de mauvais livres qui sont une cause de scandale. Nestorius a soutenu que Marie n'était pas la mère de Dieu, si bien que beaucoup le tiennent pour un disciple de Paul de Samosate, qui croyait que le Christ n'était qu'un homme. D'un autre côté, dans sa lettre contre Nestorius, Cyrille a fait des faux pas et est tombé dans la doctrine d'Apollinaire. Comme lui, il a cru que le Dieu Logos s'était fait homme, en sorte qu'il n'y avait aucune différence entre le temple et celui qui l'habite. Il a écrit douze chapitres (les anathémutismes) que tu connais et a prétendu qu'il n'y avait qu'une seule nature de la divinité et de l'humanité de Notre Seigneur Jésus-Christ (comme la plupart des Orientaux, Ibas avait mal compris le troisième anathème de Cyrille), et qu'on ne doit pas séparer les expressions dont le Seigneur se sert pour parler de lui, ou celles dont se servent les évangélistes à son égard. Ces chapitres sont remplis d'impiétés ; tu le sais, du reste, sans qu'il soit nécessaire que je te le dise : car comment peut-on identifier « le Verbe, qui était dès le commencement », avec le temple qui est né de Marie, ou bien comment peut-on appliquer à la divinité du Fils unique ce passage : « Vous l'avez placé un peu au-des- « sous des anges ? » L'Eglise a toujours enseigné depuis le commen-

1. Mansi, op. cil., t. vu, col. 227-242 ; Hardouin, op. cit., i. n, col. 522-527. Cf. Simon AsscniJini, liibliotheca Clément. Vatic, t. i, c. xv, p. 199-204.

cernent jusqu'à nos jours deux natures, une force, une personne, qui est le seul Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ, (lbas, on le voit, est au fond orthodoxe ; seulement, il ne veut pas admettre la communication des idiomes.) À cause de cette dispute, les empereurs convoquèrent le concile d'Ephèse ; mais avant que tous les évoques convoqués fussent rendus, Cyrille, poussé par sa haine contre Néstorius, sut si bien gagner comme par un charme les yeux et les oreilles des évêques présents, qu'avant même l'arrivée de Jean d'Antioche, ils déposèrent Nestorius sans une enquête préalable. Arrivés à Ephèse deux jours après cette déposition, nous apprîmes qu'on avait confirmé les douze chapitres de Cyrille et qu'on y avait adhéré, comme s'ils renfermaient la véritable doctrine. Tous les évêques de l'Orient (c'est-à-dire ceux du patriarcat d'Antioche) déposèrent Cyrille et excommunièrent les évêques qui avaient adhéré à ses chapitres. Tous revinrent alors dans leurs villes ; mais Nestorius, |*""J mal vu par la ville et par les grands, malgré la protection de la Cour, ne put retourner à Constantinople. Le concile d'Anatole (c'est-àdire les évêques orientaux) resta séparé des partisans de Cyrille, et il s'éleva une grande division, qui prêta aux moqueries des païens et des hérétiques. On n'osait plus aller d'une ville dans une autre, ou d'un pays dans un autre pays ; chacun poursuivait son voisin comme un ennemi, et. sous le faux prétexte de déployer du zèle pour l'orthodoxie, beaucoup ont assouvi leur haine personnelle. Parmi ceux-là il en est un qui est bien connu (c'est le tyran de notre ville (Rabulas, évêque d'Edesse, le prédécesseur dTbas), qui, sous prétexte de religion, a persécuté les vivants et les morts, par exemple Théodore (de Mopsueste) de pieuse mémoire, ce héros de la vérité et ce docteur de l'Eglise qui, non seulement, pendant sa vie, a réfuté les hérétiques, mais qui, après sa mort, a laissé aux enfants de l'Eglise dans ses écrits des armes spirituelles. Rabulas l'a ana^ thématisé devant toute l'Église, et aussitôt après il y a eu une grande enquête au sujet de ses livres, non parce qu'ils étaient contraires à la foi, car, aussi longtemps que Théodore a vécu, Rabulas lui a adressé des louanges et a lu ses livres, — mais parce que Rabulas a donné carrière à son inimitié secrète contre Théodore, laquelle provenait de ce que Théodore avait réfuté Rabulas dans le concile. Au sein d'une situation si déplorable, Dieu toucha le cœur de l'empereur, qui envoya un haut fonctionnaire du palais et força le très saint archevêque Jean d'Antioche à se réconcilier avec Cyrille. Jean envoya l'évêque Paul d'Emisa porter à Cyrille une

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