‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 70 sur 544 · NEUVIÈME Et DIXIÈME SESSIONS · texte numérisé non relu

NEUVIÈME Et DIXIÈME SESSIONS

chès et à tous les monophysites ; j'anathématise quiconque ne pense pas comme ce saint concile *. »

Dans cette même xe session, Maxime d'Antioche demanda au concile d'accorder, sur les biens de l'Eglise, une pension à Domnus, son prédécesseur sur le siège d'Antioche déposé à Éphèse 2. Les légats de Rome, Anatole, Juvénal et les autres, aceordè-

1. Mansi, op. cit., t. vu, col. 255-270 ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 538-5'i3.

2. Doranus d'Antioche, déposé de l'épiscopat, n'avait plus de moyens de subsistance, en conséquence, Maxime, son successeur, demanda que Doranus pût jouir pour son entretien d'une partie des revenus de l'Eglise dont il se séparait. Les Pères du concile de Chalcédoine auxquels cette demande fut soumise, louèrent fort cette conduite et laissèrent à Maxime le soin de fixer la pension alimentaire de Domnus. Cet exemple constituait un précédent. Le concile ayant déposé deux prétendus évoques d'Eplièse, leur concéda la dignité épiscopale avec une pension de 200 sols d'or (soit 1600 livres) sur les revenus de cette Eglise. Au dire de Jean Diacre, saint Grégoire 1er faisait donner des pensions aux évêques «: lorsque la guerre les obligeait à quitter leurs Eglises, ou lorsque des maladies incurables les contraignaient à demander un successeur. Il étendait cette faveur aux prêtres et aux clercs, môme lorsqu'ils devaient quitter leur ministère pour cause d'indignité. Dans ce dernier cas, ils étaient envoyés dans un monastère où on leur faisait payer une pension par l'Eglise dont ils sortaient. » Mais, dès le milieu du vne siècle, l'usage des pensions accordées sur les bénéfices engendra les plus criants abus. Il n'était pas rare qu'un curé fût appelé par son évêque, soit pour remplir une mission nécessaire à l'administration de l'église épiscopale, soit pour occuper un poste de faveur. Le plus souvent, ces curés obtenaient de conserver, à titre de récompense, une partie des revenus de l'Eglise qu'ils quittaient. De cette façon, ils touchaient des émoluments à l'occasion de charges qu'ils n'exerçaient plus. Le concile de Mérida, en 666, fit un règlement sur cet usage, mais ne put l'abolir. Tillemont, Mém. hist. ecclés., in-4, Paris, 1711, t. xv, p. 922 ; note liv : Sur l'action qui regarde Domnus. Qu'on n'a point de preuve qu'elle soit fausse. Il y répond à une longue et importante dissertation de Quesnel intitulée : Dissertatio noria. De causa Domni Anliocheni episcopi, ejusque damnatione ; deque Maximi successoris ejus ordinatione : ubi epistolx sancti Leonis, conciliique Chalcedonensis acta illustrantur et actio de Domno his actis inserta commentitia esse demonstratur (réimprimé dans P. L., t.Lv, col. 701-726, avec les Balleriniorum observationcs in dissertationem nonam Quesnelli, de causa Domni Antiocheni, Id., col. 726- 738) La thèse de Quesnel, on l'a vu par le titre de sa dissertation, est que l'action du concile de Chalcédoine qui accorde une pension à Domnus est une pièce fausse et supposée. Il montre sans peine que Justinicn et le Y9 concile œcuménique l'ont ignorée, bien plus, ils disent le contraire puisqu'ils avancent que Domnus fut condamné après sa mort à Chalcédoine ; or, le fait de lui attribuer une pension témoigne qu'il était vivant. Évagrius dit qu'on ignore le sort de Domnus depuis sa déposition. Liberatus et peut-être aussi Facundus paraissent n'avoir rien su de certain sur ce sujet. « Mais je ne scay, observe Tillemont, si de ce que cette action a esté peu ou point connue, on en doit inférer

rent des éloges à la bonne volonté de Maxime, et, sur la proposition des commissaires, le concile accueillit la demande de [-*91J

qu'elle est fausse. » Liberatus et Évagre n'ont rien dit — peut-être n'ont-ils rien su — du règlement établi parle concile de Chalcédoine touchant la métropole de Béryte ; il ne s'ensuit pas cependant que ce règlement n'ait pas été porté. Or l'affaire de Domnus est beaucoup plus particulière et beaucoup plus rapidement réglée que l'affaire de Béryte. Il n'est pas impossible, du reste, de séparer le faisceau de preuves formé par Quesnel. Par exemple, Evagre, loin de confirmer, contredit formellement Justinien etle Ve concile, puisque ce Domnus dont ils attestent la mort, il considère son sort comme inconnu; Théophane, de son côté, montre Domnus obligé de fuir après le concile de Chalcédoine, à la suite de troubles excités par le moine Théodose ; Domnus vivait donc puisqu'il se réfugia en Palestine, ce que confirme la vie de saint Euthyme. Le témoignage de Justinien et celui du Ve concile ne se trouvent donc pas contredits par une seule autorité. L'argumentation très prolixe du P. Quesnel est fortement ébranlée par ces deux remarques : 1° Maxime fut fait évêque du vivant de Domnus, et le fait est indubitable ; 2° Domnus préféra se retirer auprès de saint Euthyme que de solliciter son rétablissement. Lorsque le concile de Chalcédoine envisagea la question d'abolir tout ce qui s'était fait au Brigandage d'Ephèse, on s'aperçut que celte abolition entraînait le rétablissement de Domnus, dont la déposition était l'œuvre du Brigandage, et la nullité de l'ordination de Maxime. Etienne d'Ephèse ne manqua pas d'en faire l'observation, considérant que l'élection de Maxime avait été approuvée par le pape et par le concile qui serait exposé à se déjuger lui-même. A supposer que Domnus fût mort avant l'ordination de Maxime, nul besoin ne restait de réserver la validité de celte ordination en abolissant les actes du conciliabule d'Ephèse ; car, si irrégulière qu'ait pu être l'élection de Maxime, son prédécesseur étant mort, il fallait un successeur et on n'avait nulle raison de chercher ailleurs celui qu'on avait sous la main et dont l'ordination par Anatole, postérieure à la mort de Flavien, n'avait rien d'illégitime. L'abolition des actes du Brigandage d'Ephèse, loin d'entraîner de plein droit la nullité et l'illégitimité de l'ordination des évêques qui y assistaient, rappelle la décision rendue dans l'affaire de Cécilien de Carthage où ces conséquences excessives furent envisagées, discutées et niées. Et quoi qu'il en fût, cette conséquence eût tombé directement sur Anatole de Constantinople, ordonné par Dioscore,bien plus que sur Maxime, ordonné par Anatole. Ce qui demeure c'est que Domnus était en vie à l'époque où le concile se préoccupa de l'exception à faire en faveur de Maxime dans l'abolition des actes d'Ephèse. Au reste, ce ne fut pas Maxime qui demanda l'exception, mais les légats romains, Anatole de Constantinople et Etienne d'Ephèse ; ce qui marque qu'on la regardait comme chose importante au bien et à la paix de l'Eglise. Si enfin on se demande pourquoi Domnus, quoique en vie, n'a pas été rétabli, mais définitivement évincé, on peut dire avec Tillemont que c ces sortes de faits si éloignés de nous peuvent avoir eu des raisons qui sont demeurées cachées ; et il seroit bien dangereux de prétendre qu'une chose est fausse parce que nous n'en pouvons pas rendre la raison. » Toutefois, pour le fait qui nous occupe, il semble que Domnus lui-même répugnait à reprendre la

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