Onzième session, 29 octobre
Le 29 octobre eut lieu la xie session ; on s'y occupa des plaintes de Bassien, ancien évêque d'Ephèse 2. Cet évêque avait adressé une supplique à l'empereur, qui l'avait renvoyé devant le concile. On lut d'abord la missive assez courte par laquelle l'empereur (ou plutôt les empereurs, style de la chancellerie) demandait au concile le prompt achèvement de cette affaire, ensuite la supplique adressée à l'empereur par Bassien. Il se plaignait de ce que quelques prêtres et laïques l'avaient, d'une façon aussi cruelle qu'injuste, assailli subitement après le service divin,
vie épiscopale et préférait la retraite. La pension que le concile lui alloua indiquerait qu'il souhaitait simplement de n'être pas à charge à ceux auprès desquels il se retirait. Ces dispositions, assez vraisemblables chez Domnus, simplifiaient si heureusement la situation qu'on aura dû saisir l'occasion aux cheveux. Maxime était accepté des Orientaux, d'accord avec Théodoret et avec le pape, c'étaient là des garanties précieuses de pacification. (H. L.)
1. Mansi, op. cit., t. vu, col. 270 sq. ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 543. Quesnel et Noël Alexandre ont soutenu que cette partie du procès-verbal qui a trait à Domnus était apocryphe, Tillemont et Baluze (Mansi, op. cit., t. vu, col. 665 sq. , n. xxxii-lvi) et surtout les frères Ballerini (S. Leonis Opéra, t. u, col. 1215 sq., 1234 sq.) l'ont démontrée authentique ; jusqu'aux frères Ballerini on n'avait plus de cette partie des actes de Chalcédoine qu'une traduction latine assez récente, mais les Ballerini en ont trouvé une autre beaucoup plus ancienne que celle de Rusticus, et ils l'ont fait imprimer (loc. cit., col. 1226, 1234, n. 11). Dans cette dernière traduction, ce qui concerne Domnus est, avec raison, placé après l'affaire du traité avec Juvénal (sess. vu), tandis que dans le codex grec sur lequel Rusticus a fait sa traduction latine, l'affaire de Domnus est placée avant celle de Juvénal. Rusticus dit lui-même (Mansi, op. cit., t. vu, col. 734) : post hsec sequitur, etc. L'affaire de Juvénal fut traitéç VU kal. Nov. (26 oct.), celle de Domnus le fut le lendemain, VI kal. Nov. (27 oct.), et cette date Kal. Nov. montre que si les exemplaires grecs ne se trompent pas, en donnant la date de la xe session (28 octobre, voy. plus haut § 196), il faudrait en conclure que l'affaire de Domnus a été traitée dans la ixe session.
2. Les actes de cette session se trouvent dans Mansi, o/f. r//., t. vu, col. 271- 294; Hardouin, op. cit., t. n, col. 546-558.
l'avaient arraché de l'église, battu, traîné sur le forum et séquestré ; on l'avait menacé du glaive, et on lui avait volé son manteau épiscopal. Ces malfaiteurs enfin lui avaient pris son bien, se l'étaient partagé, avaient tué plusieurs personnes et pincé Etienne, l'un des leurs, sur fon siège épiscopal. Bassien demandait que, en raison de son innocence, l'empereur fît examiner son affaire par le concile ; il priait de le protéger contre le ressentiment de ses ennemis jusqu'au prononcé de la sentence que l'on [492] devrait exécuter fidèlement *.
Les commissaires impériaux lui ayant demandé les noms de ceux qui l'avaient le plus maltraité, il nomma en première ligne Etienne, alors évêque d'Ephèse. Les commissaires interrogèrent aussitôt Etienne, présent au concile. Celui-ci répondit que Bassien n'avait pas été ordonné à Ephèse, mais qu'à l'époque de la vacance du siège épiscopal, il s'en était emparé avec le secours d'une populace armée ; aussi l'en avait-on chassé justement. Quarante évoques asiatiques, d'accord avec tout le clergé et le peuple d'Ephèse, l'avaient nommé évêque, lui Etienne, qui, depuis plus de cinquante ans, faisait partie du clergé de cette ville. Bassien répondit que son élection avait été canonique ; depuis sa jeunesse, il avait constamment soutenu les pauvres et avait bâti un hôpital de soixante-dix lits. L'affection générale que lui avait attirée sa conduite lui avait valu la haine de l'ancien évêque Memnon (d'Ephèse), qui, pour l'éloigner, l'avait, de force, sacré évêque d'Evazae. Il avait résisté de son mieux, mais Memnon lui avait fait une telle violence que le sang avait coulé devant l'autel. Il n'était jamais allé à Evazae. Memnon étant mort quelque temps après, son successeur Basile reconnaissant la violence qu'on lui avait faite, avait sacré un autre évêque d'Evazae, laissant à Bassien la dignité épiscopale, et restant en communion avec lui. Après la mort de Basile, il avait été, de force, placé sur le siège épiscopal d'Ephèse, par les évêques, le clergé et le peuple de cette ville ; l'évêque Olympius, qui se trouvait alors à Ephèse et présent au concile, pouvait l'attester. A deux reprises, l'empereur avait confirmé son élection, la seconde fois par le silentiaire Eustathe, et tous les évoques, sans excepter Proclus de Constantinople, l'avaient reconnu. Il avait exercé pendant quatre ans ses fonctions, avait
1. Mansi, Concil. ampliss. coll., t. vu, col. 274 sq. ; Hardouin, Coll. concil., t. ii. col. 547.