ONZIÈME SESSION
sacré dix évoques et ordonné un grand nombre de clercs. Le dernier jour où il avait rempli ses fonctions, il avait reçu de l'empereur, par un silentiaire, une lettre très bienveillante. Le lendemain, après la célébration du service divin, il avait été saisi subite- [493] ment et maltraité de la façon qu'il avait dite.
Etienne en appela aux nombreux évêques présents au concile. Ils pouvaient attester que, Bassien s'étant emparé de force du siège épiscopal, le pape Léon, Flavien de Constantinople et les évêques d'Alexandrie et d'Antioche, l'avaient pour ce motif déposé. <L L'empereur Théodose II et tout le concile des Orientaux avaient également reconnu ce qui s'était fait (c'est-à-dire son expulsion et la nomination d'Etienne au siège d'Ephèse). Ce silentiaire Eustathe avait été envoyé par l'empereur Théodose pour faire une enquête sur les divisions survenues entre Bassien et son clergé, et pour interroger lespauvres qu'il avait lésés. Eustathe avait passé trois mois à Ephèse pour faire son enquête et avait rendu le jugement que tout le monde connaît. » Pour justifier son élévation sur le siège d'Ephèse, Bassien s'appuya principalement sur ce que, n'ayant jamais été réellement évêque d'Evazœ, il n'avait pas été transféré d'un évêché à un autre contrairement aux canons. Afin de connaître le droit en vigueur sur ce sujet, les commissaires impériaux se firent lire deux anciens canons, le 16e et le 17e du concile d'Antioche de 341, qui portaient les n. 95 et 96 dans la collection des canons dont se servit le concile. Le premier était ainsi conçu : « Lorsqu'un évêque sans siège s'introduit dans un évêché vacant et s'en empare sans l'assentiment d'un concile constitué, il doit être déposé, quand même toute l'Eglise, alors sans évêque, l'aurait choisi. Le concile est vraiment constitué lorsque le métropolitain y assiste. » L'autre canon dit à son tour : « Lorsqu'un évêque a reçu l'ordination épiscopale et a été désigné pour une Eglise, s'il ne veut pas accepter la mission à lui confiée et refuse de se rendre à l'Eglise qui lui est destinée, il doit être excommunié, jusqu'à ce qu'il se décide à remplir ses fonctions, ou bien jusqu'à ce que le concile des évêques de Téparchie ait statué à son sujet 1. »
Les commissaires impériaux demandèrent alors à Bassien quel évêque l'avait ordonné. Celui-ci ne put nommer qu'Olympius, évêque de Théodosiopolis, qui assistait au concile. Quant aux
1. Mansi op. cit., t. vu, col. 282 sq. ; Hardouin, op. cit., t. n, col. 551.
autres évoques, il ne se souvenait pas, dit-il, de leurs noms. Olympius dit à son tour : « Après la mort de Basile d'Ephèse, les clercs de cette ville m'avaient prié de faire l'ordination du futur évêques; dans la pensée qu'il viendrait aussi d'autres évêques pour cette ordination, je me rendis à Éphèse et j'y attendis trois jours l'arrivée de mes collègues. Aucun d'eux ne paraissant, les clercs d'Ephèse vinrent me trouver pour prendre conseil ; mais alors la maison fut [494] subitement entourée d'une grande foule, on me mena de force à l'église, un certain Olosericus tira l'épée du fourreau, et on me poussa ainsi que Bassien sur le siège épiscopal. Ainsi eut lieu l'intronisation. » Bassien s'écria : « Tu mens ; » mais les commissaires, sans s'arrêter à cette interruption, voulurent savoir si Proclus, l'ancien évêque de Constantinople, avait en effet reconnu Bassien. Ils interrogèrent les clercs de Constantinople qui assistaient au concile ; ceux-ci répondirent par l'affirmative, ajoutant que Proclus avait fait écrire le nom de Bassien dans les diptyques, où il se trouvait encore peu de temps auparavant. Les commissaires demandèrent ensuite à l'évêque Etienne de raconter ce qu'il savait sur la déposition de Bassien, et de dire s'il avait été lui-même ordonné par un concile. Etienne cita une lettre de l'évêque d'Alexandrie qui, à la demande de l'empereur Théodose, avait écrit à Ephèse, et une lettre de Léon que l'on pouvait lire ainsi que la première (elles n'existent plus aujourd'hui). Les notaires mirent aussi sous les yeux du concile les documents qui donnaient le récit de l'ordination d'Etienne. Mais Bassien argumenta ainsi contre cette ordination : « Ses consécrateurs ont été ordonnés évêques par moi ; si donc, ainsi qu'il le prétend, je n'étais pas l'évêque légitime, il n'aurait pas lui-même été légitimement ordonné ; mais s'il croit à la validité- de son ordination, il doit me regarder moi-même comme l'évêque légitime 1. »
Le prêtre Cassien, que Bassien avait amené avec lui, exposa alors une plainte au concile. « Pendant la semaine, Etienne et Méonius l'avaient conduit dans le baptistère, et là lui avaient fait jurer sur les Évangiles de ne jamais abandonner Bassien. Il s'était d'abord refusé à le faire, par respect pour ce serment ; mais ensuite ils étaient parvenus à le déterminer. Peu après, le cinquième jour de Pâques, l'évêque Bassien avait été enfermé, et, en même temps lui, Cassien, avait été maltraité* Pour rester fidèle à ce serment, il
1. Mansi, op. cit., t. vu, col. 283-287 ; Hardouin, op. cit., t. n, coi. 551-554.