‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 116 sur 505 · HENRI IV A CANOSSA · texte numérisé non relu

HENRI IV A CANOSSA

A son arrivée, il fut reçu avec empressement parles Lombards qui accoururent en foule au-devant de lui. dans la conviction qu'il venait se venfrcr de Grégoire et déposer ce pape objet de toute leur baine ; mais le roi résista à toutes leurs sollicitations et rien ne put lui faire modifier ses projets : se réconcilier avec le pape le plus tôt possible. C'est pourquoi, dès qu'il eut mis le pied en Italie, il pria sa belle-mère Adélaïde, sa cousine la comtesse Mathilde, et le vénérable Hygues de Cluny, son parrain, d'aller présenter au pape son humble et instante prière d'être relevé sans délai de l'excommunication. Grégoire, ayant appris l'arrivée du roi dont il ignorait les desseins, s'était

de l'anathème avant ce premier anniversaire. On recruta donc des indigènes habitués aux périlleux passages des Alpes, qui consentirent moyennant un salaire, à précéder le roi et son escorte et à leur frayer,autant qu'il était possible, un passage le long des précipices et à travers les masses de neige. Ils parvinrent ainsi, avec l'aide de ces guides et après avoir surmonté les plus grandes difficultés, au sommet de la montagne, mais là, impossible d'aller plus loin : les glaces couvraient l'autre versant, celui qu'il fallait descendre; comment oser s'aventurer sur cette surface polie ? Les hommes en furent réduits pour se soustraire au danger, à marcher quelquefois sur leurs mains oîi à monter sur les épaules des guides, ils ne purent quand même éviter de nombreuses chutes, et roulèrent plus d'une fois le long des sentiers, ils ne parvinrent au bas de la descente qu'après avoir ainsi, à plusieurs reprises, exposé leur vie. Quant à la reine et aux femmes attachées à son service, on les plaça dans des sortes de traîneaux formés de peaux de bœufs et les guides les traînèrent tout le long du chemin. Enfin, quant aux che- \aux, quelques-uns furent hissés et suspendus à l'aide de machines, d'autres furent traînés après qu'on leur eût lié les pieds, mais beaucoup moururent ou demeurèrèrent estropiés, liicn peu arrivèrent sains et saufs au terme du voyage. Lorsque la nouvelle de l'arrivée du roi se répandit en Italie, lorsqu'on apprit qu'après avoir tra\ ersé les montagnes les plus raides, il avait pénétré en Italie, les évoques et les comtes de ce pays acoururent au-devant de lui, il fut reçu partout avec les plus grands honneurs et comme il convenait de recevoir un roi; dans l'espace de quelques jours il eut auprès de lui une armée innombrable. Depuis son avènement au trône, les Italiens avaient toujours désire le voir venir dans leur pays; l'Italie ayant grandement à souffrir des guerres, des séditions, des vols, et de beaucoup d'injustices privées, ils espéraient que l'autorité royale empêcherait les malfaiteurs d'enfreindre les lois et de fouler aux pieds les droits acquis. Plusieurs croyaient aussi, comme le bruit en avait couru, que le roi, terriblement irrité contre le pape, venait pour le déposer ; aussi espéraient-ils être vengés par lui du pontife qui les avait retranchés de la communion de l'Eglise. »

Berthold, dans Mon. Germ. hisL, Script., t. v, p. 288, ajoute que Henri lY dit qu'il venait chercher une explication avec le pape Grégoire au sujet des excommunications lancées contre plusieurs évêques et contre lui-même. Il ne pouvait songer, en létat présent des affaires, à attaquer le pape. (H. L.)

réfugié sur Je conseil de Mathilde dans le château-fort de Canossn : ce château situé sur les limites de Modène et de Parme ^ appartenait à la comtesse. A ceux qui intercédaient en faveur de

1. LnmLcrt, Antiales, ad ann. 1077, dans Mon. Germ. hist., t. v, p. 257. Car.ossa (Cani/s/[(m), province de Reggio d'I'lmilie. Cette bourgade est devenue hisloriquc ; les incidents qui s'y succédèrent, pendant trois jours marquent un épisode fameux, beaucoup phis qu'une date capitale dans l'histoire de l'Église. Nous connaissons déjà les deu.x antagonistes et nous avons souvent rencontre dans les pages précédentes cette comtesse Mathilde qui mérite mieux qu'une mention au cours des événements dans lesquels elle a pris sa large part de coopération, parfois môme de direction et d'inspiration. Mathilde, fille de BonifacellI, marquis de Toscane, née en 104G, épousa Gottlried III, duc de Lorraine, en 1003, veuve en 1075, comtesse de Toscane le 28 avril 1076, épousa en secondes noces WelE, duc de Bavière, en 1089, mourut à Bondeno le 24 juillet 1115.

Ch. Abel, Un chapitre inédit de l'histoire de la comtesse Matldlde, dans les Mémoires de l'académie de Metz, 1861, 11^ série, t. ix, p. 219-268 ; Q. Bigi, Sopra la célèbre coniessa Matilde e Veronica Gambara, principessa di Correggio, in-8, Mantova, 1 859 ; A. Bresciani, La contessa Matilda da Canossa e Jolanda di Groninga, dans Ciinltà cattolica, 1857-1858, IIP série, t. vu, p. 51-66, 164-179, 305- 315, 440-451, 559-572, 689-704 ; t. viii, p. 54-69, 176-189, 441-473, 530,-545, 687-701 ; t. ix, p. 60-75, 149-167, 302-322, 434-452, 536-554; t. x, p. 31-49, 179- 195, 298-312, 426-441, 554-570, 689-704; t. xi, p. 32-48, et réunis, in-16, Milano, 1858 ; in-12, Napoli, 1859 ; in-12, Milano, 1860 ; in-16, Milano, 1864, 1876, 1882, 1891, etc. trad. allem., in-8, Schafïhausen, 1860; autre trad. allem., in-12, Aachen, 1860 ; trad. franc. : La comtesse Mathilde de Canossa et Yolande de Groningue, in-8, Bruxelles, 1859 ; autre trad. franc., Mathilde de Canossa, in-18, Paris, 1867; in-12. Tournai, 1869 ; F. C. Carreri, Un aneddoto délia contesse Matilde, dans Atti mcm. deput. stor. prov. Moden. 1899, série IV^, t. ix, p. 75-82; Cenni, Monum. domina:-, pontif., 1761, t. i, p. xxxiv-xxxix ; t. ii, p. 195-237 = P. L., t. xcviii, col. 33, 631 ; F. Contelorius, Mathildis comitissse genealogia,in-i, Interamna", 1557 (1657), ; A. Dantier, La grande comtesse Mathilde, dans Le Correspondant , 1877, 11^ série, t. lxxiii, p. 377-420= [Les femmes dans la société chrétienne, 1879, t. II, p. 449-502); Donizo, Vita Mathildis, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, et trad. ital. : Vita dclla grande contessa Matilde di Canossa, volgarizatta da F. Davoli, in-4, Reggio Emilia, 1889 ; N. Duff, Matilda o( Tuscany, La gran donna d'Italia, in-8, London, 1909; C. Erra, Memorie storico-critiche délia gran contessa Matilda, in-8, Roma, 1768 ; Feller, Mon. ined. jase, 1714, p. 86-108; W. Felten, dans Kirchenlexicon ; A. Feretti, Di un opéra inedita sulla contessa Matilde di P. Valestri, in-8, Reggio Emilia, 1887 ; F. M. Fiorentini, Memorie di Matilda la gran contessa, propugnacolo dclla Chiesa, con le particolari notizic dclla sua vita e con l'antica série degli antenati,resfituita a l'origine délia patria Lucchese, in-'i, Lucca, 1642 ; 2^ édit., illustrata con note critiche e con aggiunta di molti documenti da Dom. Mansi, 2 in-4, Lucca, 1756; Heller, dans Neues arcliiv, 1877, t. Il, p. 342-343 ; M. E. Huddy, Matilda, countess of Tuscany, in-8, London, 1905; J. F. Joachim, Dissertatio de spurio Mathildino dono, in-4, Htilœ, 1736 ; L. .lonlicil, (buis \niiv. hiogr. génér., 1861, t. xxxiv, p. 251-258 ; J. D. Kœlerj

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Henri, il répondit qu'il était contraire aux lois de l'Eglise d'instruire l'affaire d'un accusé en l'absence de ses accusateurs ; que si

Dlssertatio de donatione Mathildiana ponlifici romano, in-4, Allorfii, 1715; in-'i, lensc, 1742 ; A. Lalont, dans les A/emoiVcs de la Société d'émulalion de Cambrai, 1856-1857, t. XXV, p. 153-159; Loibnitz, Scriplores rerum Bruiisivic.,\101, t. i, p. xt.i. G87 ; L'Hermitc-Sculiers, La princesse héroïque ou la vie de la comtesse Mathilde, marquise de Mantoue et de Ferrure, in-8, Paris, lG'i5 ; B. Lucliiao, Crouica délia vera origine et atlioni e délia ill. et famos. conlessa Malilda e de suai' anlecessori c disccndenti, in-4, Mantova, 1592 ; D. Mansi, Documenti concernenti la gran contcssa Malilda e la di lei casa, in-4, Lucca (1756 ? ) ; 0. Marucchi, dans Studi in Itulia, 1881, t. iv, p. 56-59 ; D. Mellini, Trattato delV origine, jalti, costw mi elodi di Malilda, la gran conlessa d'Ilalia, in-4, Fiorenza, 1589 ; 1G09; Lettera (tpologetica in difesa di (dcune cose gia scrilte da lui cd apparlenenti alla conle.s.sa Malilda, in-4, ]\Iantova, 1592 ; in-'i, Fircnze, 1594, 1609. F. Mozzi, Sulla conlessa Matilde, i suoi conlemporanei e Vusanze nostre d'allora, in-16, Vcnczia, 1845 ; Muratoii, lier, ilalic. script., 1724, t. v, p. 387; B. Negroni, L'eroiiui ilaliana, storia délia conlessa Matilde e de'suoi coniemporanei, in-16, Fossombroue, 1862; G. G. Orti, T/7o délia conlessa Malilda di Canossa, traita da un codice anlico ms. in-8, Yerona, 1834 ; A. Ovcrmann, Die Besitzungen der Grossgrâfin Ma'hilde von Tuscien, nehst Regesten, ihren Urkunden, in-8, Berlin, 1892 ; A. Overmann, Gràfin Mathilde von Tuscien, ihre Besitzungen, Geschichte ihres Gules von 1115-1330 und ihre Regesten, in-8, Inusbruck, 1895 ; A. Pannenborg, Studien zur Geschichte der Herzogin Matilde von Canossa, in-4, Gôtlingen, 1872 ; P. L., t. cxLix, col. 629 ; t. xcl, col. 1035 ; t. clvii, col. 1293 ; t. clix, col. 233 ; l. CLxiii, col. 458 ; F. T. Perrens, La comtesse Mathilde de Toscane et le Saint- Siège, dans les Comptes-rendus de VAcad. des sciences morales et politiques, 1865, série V^, t. IV, p. 273-320, 405-431 ; F. di Poggio, Maraviglie heroiche del sesso donnesco, jnemorabili nella duchessa Malilda, gran conlessa d'//aZirt,in-fol., Yerona, 1878 ; S. Razzi, La vita overo azioni délia conlessa Malilda, in-8, Firenza, 1587 ; A. Renée, La Giovana d'Arc d'Italia e la conlessa di Canossa, in-16, Italia, 1856, 1859 ; La grande Italienne Mathilde de Toscane, dans la Revue européenne, 1859, t. II, p. 285-314, 504-527, 729-755 ; t. m, p. 30-67 et in-8, Paris, 1859 ; trad. italienne : La grande Itcdiana Matilde di Toscane, 2 in-16, Italia, 1859 ; P. Scheffer-Boichorst, Zu den Mathildischen Schenkungen, dans Mittheil. d. Instil. œsterr.Gesch. forsch., 1888, t. ix, p. 177-191; Scliwarz, Colleg.histor., 1737, t. IX, p. 134-171 ; L. Spitta, Herzogin Mathilde. Meisler Wol/hard's Aventure, Ein Gedenkblatl, in-8. Gotha, 1895; L. Tosti, La conlessa Matilde ed i romani ponlefici, in-8, Firenze, 1859. Dans Real Encyklopddie fiir prolest. Theol. und Kirche, 3" édit., t. i, p. 573, ligne 3, sq. ; t. m. p. 311, ligne 46 ; t. iv, p. 477, ligne 3 sq. ; t. vu, p. 113, ligne 34; t. viii, p. 321, lignes 23, 39 ; t. ix, p. 110, ligne 46 sq. ; t. xi, p, 669, ligne 24; t. xiv, p. 775, ligne 42; p. 776, ligne 4, 16, 22; t. XX, p. 320, ligne 12; p. 321, lignes 48, 58 ; p. 328, ligne 5'z sq.

Dans celte abondante bibliographie, un titre revient sans cesse applique à Mathilde, celui de'( grande comtesse» ou de« grende italienne «. Celle qui reçut cette désignation éclatante avait cherché lonibre et participe à de grandes choses en s'efîaçant le |ilus qu'elle put, en sorte que, femme d'action, elle a eu

le roi voulait prouver son iiuioceucc, il dcvaiL se rendre à Au^^sbourg, où le pape portcrail un jugetnent impartial après avoir entendu les deux parties. Les ambassadeurs ré[)ondirent qu'Henri ne redoutait pas le jugement du pape, mais que l'anniversaire de son

celte destinée bi/.urre d'apparaître euiiiiue (iii persoimagc d iiuagiiialioii, une rêveuse cireulant parmi des adversaires et des événements formidables, à peu près à la manière dun personnage légendaire. Silencieuse, active et agissante, Mathiide se trouve jouir, au titre de sa naissance, d'une situation politique qui fait d'elle l'auxiliaire idéal que, dans sa volonté impérieuse, Grégoire VII utilisera. Cette vie de Mathiide nous a été transmise dans une sorte de poème-chronique composé j)ar un chapelain de la princesse et de son château de Canossa. Par une recherche de mauvais goût assez inattendue, c'est le château de Canossa lui-même qui prend la parole et raconte l'histoire de ses habitants. Mathiide est décrite, bien entendu, comme une perfection accomplie et, dès sa jeunesse, son cœur brûle d'un même amour pour l'Église et pour l'Italie.

Ecclesise unus amor mea corda rejovit Italiœque mese.

Ce fut contre Cadaloûs que Mathiide commença cette vie d'action qui durera soixante années presque ininterrompues. Dès l'âge de quinze ans, on lui permet d'accompagner une expédition militaire contre l'intrus et bientôt se déroule la série obligatoire des projets de mariage, tous rejetés parce que la petite princesse ne veut pas quitter son Italie. Tant de prétendants éconduits aboutissent à un mariage sans amour avec Gottfried de Lorraine, sous cette réserve cjue la jeune femme n'irait pas en Lorraine et garderait le célibat. Gottfried accepta toutes les conditions, il épousait la Toscane; mais nous avons eu déjà occasion de dire la froidem- du ménage. A partir de son veuvage, Mathiide appartint sans réserve à la papauté. A Canossa, elle reçoit le pape triomphant et peu après le même pape fugitif; elle le soutient à outrance et à ses dépens, car ses domaines sont dévastés comme les domaines propres du pape. Grégoire VII disparu, la comtesse conserva aux successeurs du grand homme le même dévouement ingénieux et on a pu, sans trop d'exagération, voir en elle un secours providentiel placé à portée du souverain pontificat afin de lui procurer les ressources humaines à défaut desquelles la réforme de l'Eglise eût presque certainement avoi'lé. Il faut bien insister sur le rôle si énergique et sur la capacité si évidente de Mathiide, si on veut trouver une excuse à son second mariage, vraie folie, où tout le monde se met à déraisonner. Cette lemme de quarante ans épousa un adolescent de dix-huit ans avec lequel elle aura quelques années plus tard un retentissant procès lorsque le jouvenceau s'avisera que la donation faite par sa femme au Saint-Siège fait de lui un mari ridicule que sa femme tient à dislance et qu'elle frustre du duché qu'il escomptait pour prix de sa patience. On se mit donc en 1095 à raconter les histoires d'alcôve du ménage, ]>ourleplus grand divertissement de la chrétienté. L'empereur, avec qui Mathiide était aux couteaux tirés, exploita le scandale, mais il avait alïairc à forte partie et Mathiide, quand elle mourut en 1115, était arrivée, par un mélange d'habileté, lie courage et de fermeté,à rétablir ses affaires, à régler sa succession, à donner au patrimoine de Pierre ce qu'elle lui destinait. (H. L.)

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