‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 117 sur 505 · II EMU IV A CANOSSA · texte numérisé non relu

II EMU IV A CANOSSA

excoinniuiiicatioii a|)})rtH'hait,et, s'il n'était pas absous auparaN aiil, il perdait, jiivta palatiiias loges, la dignité royale, et ne serait même phis admis à exposer sa défense. Il suppliait donc le pape de lui imposer telle satisfaction qui lui conviendrait, de l'absoudre de l'anathème et de le recevoir dans la communion de l'Eglise. Cela ne l'empêcherait pas de répondre à toutes les accusations de ses adversaires en temps et lieu convenables, et de renoncer immédiatement à l'empire s'il était trouvé coupable et si telle était la sentence du pape, (irégoire, craignant toujours la versatilité du roi, ne se rendit pas à ces avances, et, sur de nouvelles prières, exigea de Henri, en preuve de la réalité de son repentir, la remise des insignes impériaux et la déclaration de sa propre indignité. On lui représenta qu'il ne fallait pas rompre le roseau à demi brisé; il renonça donc à cette condition et se contenta de la pénitence subie par le roi en personne ^.

[93] Jusqu'ici Lambert de Hersfeld a été notre principal guide; remarciuons toutefois que cette dernière indication est erronée ; ce ne fut pas avec la permission de Grégoire qu'Henri vint à Canossa, mais spontanément. Grégoire et Berthold le disent nettement et on n'en saurait douter. Dans sa lettre aux Allemands contenant le récit des incidents de Canossa, Grégoire s'exprime ainsi : « Pendant c|iie nous délibérions et hésitions, il vint à Canossa, sans aucune mauvaise intention et avec une escorte peu nombreuse.il y fut trois jours devant la porte, sans aucun insigne royal, nu-pieds, dans le costume de pénitent, ne cessant d'implorer la miséricorde apostolique, tellement qu'il émut juscju'au fond de l'âme tous ceux cjui virent ou apprirent cette conduite. On intercéda pour lui avec larmes, on s'étonna de notre dureté inaccoutumée, et on alla jusqu'à nous accuser d'une cruauté tyrannique. Vaincu enfin par la persévérance de son repentir et par les instances de notre entourage, nous l'avons reçu dans la grâce de la communion et dans le sein de l'Eglise, après qu'il nous eut donné les assurances contenues dans les documents ci-inclus cju'ont signés l'abbé de Cluny,

1. Lambert de Hersfeld et Berthold, dans Mon.Germ. hisf., Scripl., t. v, p. 255- 258, 288, 290 : Si veraciler eiun facti pœniiel, coronam et cetera regiii insignia in arguDientum i'erx et ex animo actœ pxuitudinis nostnr poteslati dedat, et se post lain contumax admissum regio nomine et honore deinceps indignuin profitealur. (H. L.)

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nos filles Matliilde et Adélaïde et d'autres encore ^. » liC chroniqueur Berlliold fait un récit analogue : « Subitement et sans

1. Henri IV, peut-être averti du peu de p:oùt que nionlrait le pape pour l'indulgence, probablement conseillé par les amis qu'il conservait à Canossa, essaya de brusquer le dénouement. Le 25 janvier au matin, il vint, avec quelques gens de sa suite, frajjpcr à la porte de la iorteresse et, laissant là son escorte, pénétra dans la première enceinte qu'il ne dépassa pas. Les chroniqueurs sont d'accord sur les détails de cette humiliante platitude qui fut de l'invention du roi luimême, car, contrairement à ce que dit Lambert de Hersfeld, le pape n'avait rien prescrit de semblable. Ce qu'on peut dire de plus vrai à la décharge du pape, c'est qu'il ne se laissait nullement émouvoir i)ar tout cet appareil de mélodrame et Henri, à la fin du troisième jour, n'était pas plus avancé qu'à l'aube du L5 janvier, il en était pour ses frais de larmes, de protestations et de froid aux ])ieds. Le 27 janvier au soir, Henri, déçu d'avoir joué sans résultat cette comédie larmoyante, se retira. Il rencontra dans la chapelle Saint-Nicolas, Hugues de Cluny et la comtesse Mathilde. Hugues de Cluny refusa son intervention. Mathilde fit son affaire d'un dernier assaut à donner au pape et triompha de sa résistance. Les historiens se sont ingéniés à rejeter sur la « bonté paternelle w, la « mansuétude apostolique » un acte de faiblesse qui n'est que faiblesse. En cédant à l'importune bienfaitrice du Saint-Siège, il semble que Grégoire ne se frisait aucune illusion sur la sincérité du roi pseudo-pénitent; or, c'est à l'instant où son obstination pouvait conduire au terme de cet anniversaire au-delà duquel, sans violence, sans effusion de sang, sans chaînes }»i prison, l'incorrigible allait être brisé, c'est à cet instant que le pape redresse l'instrument de tant de maux passés, le rend capable de procurer d'autres maux à venir, sans illusion possible sur la valeur d'un homme qui venait de s'avilir aux yeux de tous par l'excès môme de protestations intéressées. [Mais, ainsi qu'il arrive souvent,rhomme qui a lie la partie se trouve inférieur à ce qu'il aurait dû être pour la dominer et la résoudre. Grégoire avait ménagé des événements au-dessus de sa propre portée. Son caractère intrépide et sa droiture absolue avaient poussé à bout uiie situation politique; celle-ci arrivait à ce degré de maturité oîi une capacité supérieure seule peut s'emparer de l'événement et le conduire à son gré. Au lieu de cela, le pape, qu'un coup de fortune inouï faisiùt l'arbitre du monde, se dérobait derrière une solution timide et boîteuse,la réunion d'une assemblée des princes de l'empire, une diète, c'est-à-dire quelque chose d'aussi vain que ce qu'on a, de nos jours, appelé une « conférence diplomatique», 'l'oute la conception de Grégoire n'était qu'ambition d'un rôle magnifique à remplir et d'un geste majestueux d'arbitre à se ménager en présence d'une diète auguste acclamant ses décisions et de compétiteurs royaux recevant sa sentence. Il y avait bien du théâtral dans cette âme que la vraie grandeur n'avait pas préservée entièrement de la séduction des parades grandioses. Il y avait surtout une part de chimère persistant dans cette âme, et la chimère, c'est la rançon de l'idéal. Chimère d'autant plus doucement entretenue que l'homme très mortifié qu'était Ilildebrand jouissait peu, devait plutôt souffrir, des grands rôles qu'il acceptait comme pape, et qu'il jouissait de son humilité contrariée comme d'une victoire remportée sur lui-même et d'une immolation intime offerte à la Majesté du trône

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