‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 119 sur 505 · Floto, Ilcinricli clci i'ierle, t. i, p · texte numérisé non relu

Floto, Ilcinricli clci i'ierle, t. i, p

581, HEMU IV A CANOSSA 195

« Avec la luiil. ijui arrivait de bonne heure (on était en janvier), ils rentrèrent dans leurs auberges pour se reposer et manger. Le lendemain, la comédie recommença. On les vit du malin jusqu'au soir se tenir à la |)orle, mais Henri frappa en vain, la porte ne s'ouvrit pas. Enlin, le troisième jour, le pape les laissa venir a lin de commencer les négociations. »

Le même historien qu'on ne peut taxer de partialité pour le pape, défend cependant ce dernier d'avoir prolongé l'épreuve du roi afin de savourer son humiliation : « Pour comprendre la conduite de Grégoire, il faut se souvenir qu'il se trouvait alors dans un très grand embarras. Cette démarche du roi n'allait-ellc pas lui faire perdre cette brillante perspective, de paraître à la diète comme le suprême arbitre de tous les princes du monde ? Et encore était-ce là le moindre inconvénient. Il devait avant tout avoir les plus grands égards pour les princes allemands, qui l'avaient aidé à remporter la victoire et forcé le roi à demander grâce. Que diraient-ils si le pape recevait Henri sans pénitence, s'il l'absolvait sans difficulté, s'il les livrait à sa vengeance ? Il n'était pas facile de trouver la solution d'une situation si compliquée. Que le roi fût alors, dehors, en habit de pénitent et dans la neige, c'était incontestablement un grand résultat, mais, par cette pénitence même, le roi faisait au pape une sorte de violence, il voulait lui extorquer l'absolution. Aussi Grégoire était-il dans un grand embarras. D'un côté il devait ménager Mathilde et les autres princes italiens qui lui étaient dévoués, autant pour le moins que les ducs d'Allemagne. Les princes italiens, tout en comprenant les hésitations du pape, avaient aussi sous les yeux ce spectacle inouï d'un roi frappant humblement, mais en vain, à la porte du château. S'il avait commis des fautes très graves contre le pape, ne se soumettait-il pas spontanément à la plus dure des humiliations ? Il implorait la miséricorde du pape comme jamais prince ne l'avait fait. Il avait tout souffert et tout enduré pour faire oublier le concile [OG] de Worms. Mathilde vit de mauvaise grâce l'inflexibilité du pa})o et finit par lui déclarer qu'il était un tyran s'il ne lui cédait pas ^. «C'est ainsi qu'après bien des oscillations et bien des pourparlers il finit par poser ses conditions, le troisième jour. »

1. Elle avait le « verbe haut », comme d'ordinaire les bienfaiteurs qui savent qu'on doit compter avec eux. (H. L.)

On possède encore l'acte par lequel le roi Henri accepta ces conditions. Sous le Litre de Jusjurandum ou Promissio^ il a été inséré en appendice à la lettre du pape aux Allemands ^, et transcrit par plusieurs contemporains. Voici cette pièce :« Henri, roi, sachant que les archevêques, évoques, ducs, comtes et princes de Germanie et leurs féaux, murmurent contre moi, ferai dans le délai fixé par le seigneur pape Grégoire, justice selon sa sentence, ou accommodement conformément à son avis,- sauf obstacle pour moi ou pour lui, et, l'empêchement levé, serai prêt à remplir ma promesse ; de plus, si le pape Grégoire veut aller au-delà des monts ou en d'autres contrées, il sera de ma part et de la part de ceux qvii m'obéissent, à l'abri de tout péril de mort, mutilation ou captivité, tant lui que son escorte, ses envoyés et ses visiteurs, aussi bien pendant l'itinéraire à l'aller et au retour que pendant les séjours. Il n'éprouvera de mon aveu aucune entrave contraire à son honneur et je m'opposerai suivant mon pouvoir à tout tracas dirigé contre lui. Que Dieu et ses saints évangiles me soient en aide. Fait à Canossa, le 5 des calendes de février ^, indiction XV^, en l'an de Notre-Seigneur 1077. En présence des évêques Humbert de Palestrina, Girald d'Ostie et des cardinaux romains : Pierre, du titre de Saint-Chrysogone et Conon du titre de Saint-Anastase, des diacres romains Grégoire et Bernard et du sous-diacre Humbert. Du côté du roi étaient présents : l'archevêque de Brème, les évêques de Vcrceil et d'Osnabrûck, l'abbé de Cluny et plusieurs nobles. »

Grégoire s'opiniâtrait à maintenir la condition la plus mortifiante pour Henri, sa comparution devant la diète pour répondre des accusations que les princes porteraient contre lui. Si, en effet, le pape pouvait pardonner au roi ses torts envers le Saint-Siège et l'Église, il n'avait pas qualité pour lui remettre ses torts à l'égard des princes, surtout sans que ceux-ci fussent entendus. C'était avouer que seuls les princes allemands pouvaient reconnaître Henri pour leurroi, avant que cette affaire eût reçu une solution définitive. Grégoire a expliqué plus tard ^, en 1080, quelle restriction comportait à l'absolution qu'il avait donnée au roi à Canossa. « Je l'ai,

1. Regislrum, 1. IV, n. 12 ; Mon. Cregor., p. 258 : Reg. pont, rom., t. i, p. 620 ; Mon. Germ. hist., Leges, scct. iv, Conslit. et Acta, t. i, p. 115, n. G6. E. Bernheim, QucUcn zur Geschlchte des Jnvcsllluratrcilcs, iii-8, Leipzig, 1907, t. i, p. 87. (II. L.)

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