‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 121 sur 505 · HENRI IV A CANOSSA · texte numérisé non relu

HENRI IV A CANOSSA

détail ce qui s'était passé dans ces célèbres entrevues entre le roi et l'empereur, d'autant mieux qu'ils étaient en rapports intimes avec Grégoire et Mathilde, et que Donizo habitait à

kCanossa. L'un et l'autre rapportent que le roi a réellement communié, ce qui d'ailleurs était très naturel. La remise de l'excommunication comportait en réalité une absolution sacramentelle, laquelle restituait, comme aujourd'hui encore, le droit de faire la sainte communion. En refusant de la recevoir, le roi

I aurait montré que sa pénitence n'était ni véritable ni sincère,

mais feinte. Tels n'étaient certainement pas les sentiments d'Henri à Canossa ^. D'après Bonitho, Grégoire lui donna la sainte hostie en lui disant : « Si Henri a réellement des sentiments

t d'humilité, s'il me reconnaît pour le pape véritable, s'il se recon-

naît justement excommunié, que ce sacrement soit pour lui une cause de salut ; s'il en est autrement, que Satan entre en lui comme il est entré en Judas ^. » En présentant à Henri la sainte communion, le pape ne voulait pas faire subir au roi un jugement de Dieu sur les accusations que les princes avaient intentées contre lui ; mais, vu le caractère connu d'Henri, avant de le laisser communier, Grégoire voulut s'assurer de la sincérité de sa soumission, et de l'abandon formel des décisions du synode de Worms. Ce fait dut être raconté en Allemagne très diversement ; on le voit par la différence des deux récits de Berthold et de Lambert. L'un et l'autre prétendent à tort, qu'Henri refusa de recevoir la sainte hostie ; mais, tandis que Berthold ne dit en aucune façon qu'il y ait eu un jugement de Dieu, Lambert, qui ne dédaigne pas la mise en scène, a utilisé l'analogie qui existait entre un jugement de Dieu et ce qui s'était passé à Canossa, pour faire un récit piquant et quelque peu romanesque, sans remarquer qu'il se contredisait lui même. En effet, immédiatement avant ce récit, Lambert cite parmi les conditions imposées pour l'absolution, la promesse faite par le roi de se rendre au jour et au lieu fixés par le pape, par devant l'assemblée des [100] princes allemands pour s'y entendre accuser et présenter sa justification. Puis, aussitôt après, il fait dire au pape que le

1. Qu'en savez-vous ? Knopfler, qui abuse un peu des certitudes, renvoie 0 sa dissertation, Die Busse zii Canossa, dans HIsf. polit. Blatter, 1881, t. xciv, p. 393. (H. L.).

2. Bonitho, dans Mo»?. Gregor. p. 672 ; Donizo, dans Mon. Germ. hist.. Script , t. XII. p. 382.

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roi devait, en faisant la sainte communion, abréger les formalités d'une enquête longue et soutenue ^

Il est certain que le pape a agi à Canossa avec une sincérité parfaite, et il a fallu la violente partialité de Walram, évêque de Naumbourg, pour affirmer que l'entrevue n'avait été qu'un piège diabolique pour humilier le roi et l'anéantir. Grégoire s'était dit que, si le roi Henri tenait ses promesses, il ne se relèverait jamais ; si, comme on pouvait s'y attendre, il ne les tenait pas, il reviendrait en Allemagne plus coupable que quand il en était sorti, et il courrait également à sa perte. D'autres historiens ^ ont prouvé que ces accusations sont dénuées de fondement ; c'est plutôt du côté d'Henri cju'on pourrait dire que toute cette scène a été une comédie, et non qu'il venait chercher à Canossa l'absolution, mais l'issue à l'imbroglio politiqvie où il s'était jeté.

Les négociations de Canossa à peine terminées, le pape en informa les évêques et les princes allemands, par une lettre, Quoniam pro amore, que nous avons utilisée et à laquelle était jointe une copie de la Proinissio régis. En terminant, le pape disait : « Par ces promesses du roi, les princes allemands verront que l'affaire (c'est-à-dire les accusations portées contre Henri) n'est pas terminée, mais qu'il faut attendre l'arrivée du pape à Augsbourg, ainsi que les délibérations des princes. Qu'ils persévèrent dans leur confiance (dans le pape) et dans leur amour pour la justice, car il ne s'est engagé vis-à-vis du roi que par une simple parole (et non pas par un serment), ainsi que les papes ont coutume de le faire, et il ne lui a donné d'espoir que dans la mesure qui peut lui être utile et autant que la justice peut s'accorder avec la miséricorde, sans que l'âme du pape ou celle du roi aient à en souffrir ^ )

1. Lambert, dans Monum. Germ. hist., Script., t. v, p. 259-260.

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