‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 122 sur 505 · HENRI VIOLE LE TllAITÉ DE CANOSSA · texte numérisé non relu

HENRI VIOLE LE TllAITÉ DE CANOSSA

[101] 582. Henri viole le traité de Canossa.

De Canossa, Ilonri se remlil, à Reggio, où rattcndaicnt les évêques et les grands de Lombardie. Déjà, le pape y avait envoyé l'évêque Eppo de Naumbourg-Zeiz, homme de confiance du roi, et qui venait d'être relevé de l'excommunication. Eppo devait aplanir les voies pour amener les évêques lombards excommuniés à se réconcillier avec l'Église, réconciliation que Grégoire cherchait à rendre aussi facile que possible. Lorsqu'ils apprirent ce qui venait de se passer, ils ne furent pas moins irrités contre le roi que contre le pape, car ils s'attendaient à toute autre chose, et beaucoup déclarèrent sans détour qu'il fallait proclamer roi le fils mineur d'Henri, et marcher ensuite avec lui sur Rome, pour y nommer un autre pape ^. Le roi lioviva

1. Lambert de Hersield, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 260; Mon. Gregor., p. 2'i5. Informé de cette colère des Lombards, Henri IV leur envoya son beau-lrère, Amédée de Savoie et le marquis d'Esté, Azzon, chargés d'expliquer sa conduite. Malgré leurs protestations, ces Italiens ne pouvaient s'empêcher de trouver que le roi avait fait piteuse figure, eux cependant à qui les platitudes coûtent peu. Le roi qui ne voulait pas que son humiliation lui coûtât l'Italie, imagina de s'employer à une négociation qui, si elle réussissait, serait un coup de maître : il entreprit de réconcilier le pape avec les Lombards. A cet effet, il eut avec Grégoire VII et Mathilde une nouvelle entrevue, à Bianello, près de Canossa, et l'on convint de réunir à Mantoue une grande assemblée. Au point où en étaient les mutuelles méfiances, il était facile de s'accuser réciproquement des plus noires trahisons. Ce projet d'enlèvement du pape était dans l'ordre des choses possibles, mais décidément on n'en a pas la preuve — il est vrai que ces sortes de desseins ne laissent d'ordinaire aucun texte derrière eux. De plus en plus, la bonne volonté un peu encombrante de la comtesse Mathilde se fait sentir, elle fait la police, décide et pèse de toute sa volonté. Voici le récit de Donizo, Vita Malhildis, 1. II, vs. 125 sq.., dans Mon. Germ. hist., Script., t. xiii, p. 382.

Rexque die sexto remeavit Dibianellum,

Corde dolo pleno, cum plena mente veneno.

Pastor felle carens ad eum descendit ah arce.

Crebro scripta supra ; mox est comitissa sequuia.

Callidus at multa rex papx dixit, et ultra

Eridanum ftuniim, commune cupit fieri tune

Colhquium ; laudat quod papa, Malhildis et optât.

Cur hoc rex malit, ignorant hi duo clari.

Mantua rc vera placilo subdique timebal.

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le mOme mcconlentcment dans les autres villes de la Lombardie ; il en vint bientôt à craindre de perdre l'Italie et à croire que ce malheur ne pouvait être évité que par une volte-face politique complète. On raconte que Guibert, archevêque de Ravenne et ennemi mortel de Rome, lui conseilla de s'emparer du pape par ruse ou par force. Donizo prétend que, pour mettre ce plan à exécution, Henri invita le pape à une conférence à Mantoue ^ ; mais, si le fait est vrai^,la responsabilité de cette tentative retombe entièrement sur Guibert de Ravenne ^. Henri lui-même ne fut pas formellement compromis, sa rupture ouverte avec le pape tarda encore assez longtemps. Celui-ci s'était mis en route pour Mantoue, lorsque Mathilde, qui l'escortait avec des gens armés, eut connaissance des dangers dont on disait que le pape était menacé, et le ramena en toute hâteà Canossa.Là,ellerédigea pour luile document de donation devenu depuis si célèbre *. De son côté, Henri se laissa \{r)0] entraîner toujours plus loin par les Lombards, il rappela ses anciens conseillers et, selon l'expression de Lambert, déchira ses promesses « comme des toiles d'araignées ». Grégoire, empêché de se rendre en Allemagne à cause de la situation de la Lombardie» resta à Canossa et dans les environs, toujours confiant dans les dispositions du roi. A cette époque, et avant la rupture ouverte, le roi Henri sollicita l'adhésion du pape à son couron-

Rex equidem frustra transi •.<il primitns undam Eridani, iractans citm paucis tradere papant, Nec non, si quirct, cornilissam iraderet idem. Hoc scelits infandum complere putat placilando. Cuncta videns Christus fieri veluit scelus istiid. Eridaniim prœsul iMafliildis et optima secum Transivit, sperans pacein cumponere verain. Ad dominant claram mullis oculis oculalam Nunciiis advenit, qui secretum patefecit Régis Heinrici, qui papam tradere dicit, Hoc ubi cognovil prudens liera, mox cito movil Seque suos, fortes pctiit cum prœsule montes Insidiœ fractœ, régis sunt et patefactœ ; Papam, Mathildim, rex ulterius neque vidit. Ainsi, dès lors, les adversaires ne se revirent plus jamais. (TT. L.)

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