CONCILES E.\ ANGLETERRE, EN ECOSSE, ETC
couverts do confusion et obligés d'amender leur vie et de revenir à la chasteté de la continence religieuse. »
La leçon était dure pour l'arKevèque de Reims, mais les temps de la puissance métropolitaine étaient loin. Ce siège de Reims sur lequel nous avons vu siéger Ilincmar et Gerbert était entré dans la voie de la décadence. Il n'eût pas fallu moins qu'une vertu éminente pour soutenir ce prestige et on n'avait à lui apporter au contraire qu'une déconsidération profonde. Pas plus à Reims qu'à Narbonne et à Tours, le métropolitain n'était en mesure par son mérite transcendant et personnel de soutenir l'institution qu'il représentait. Les sufîragants, toujours soucieux de se soustraire à leur obligation, prenaient l'habile parti de se faire élire, confirmer et sacrer directement par les légats ou par le pape lui-même. A Rome, on voyait d'assez bon œil cette tendance à énerver un rouage qui n'y avait jamais été considéré avec faveur. Les métropolitains regimbent. Où est le temps où l'on regimbait impunément ? où on posait ses conditions, où Hincmar tenait tète, fût-ce à un Nicolas 1^^ ? Les métropolitains « commencent par ne pas paraître aux conciles convoqués par les légats de Grégoire VII, notamment à Autun et à Poitiers, abstention significative, qui ne reste pas longtemps impunie. Hugues de Die en interdit quatre d'un seul coup. Les archevêques frappés en appellent à Rome. » Manassès incarne, par son rang prédominant, l'idée et la forme de la résistance. « Etait-il, s'est demandé A. Luchaire, le prêtre incontinent et le simoniaque que certains chroniqueurs se plaisent à représenter ? Pour l'affirmer, il faudrait oublier que les historiens de ce temps sont plutôt favorables à la Réforme, qu'ils tendent à exagérer les vertus des chefs du parti dont ils font des saints et des thaumaturges, et à déprécier, inconsciemment ou par système, les hommes de 1 autre camp. Déféré en cour de Rome, impliqué dans un procès qui dura de longues années, Manassès s'est défendu avec une vivacité extrême dont témoignent ses lettres. Il n ose rien dire contre l'autorité personnelle du pape, mais s'élève contre celle des légats. Il déclare ne reconnaître que le pouvoir des envoyés directs, nés à Rome et résidant près du Saint-Siège. Les autres, les légats français établis à demeure en deçà des Alpes, n'ont pas le droit, suivant lui, de le citer à leur tribunal. Grégoire VII lui répond que la curie peut choisir ses représentants partout où elle les trouve, Romains ou non, et qu'on doit obéir à tous ceux qu elles a investis de pleins pouvoirs. Le légat et le pape ne font qu'un. Manassès se soumet pour la forme, mais il continue à ne pas se rendre aux conciles réformistes. Dans un mémoire apologétique adressé à son principal adversaire, le légat Hugues, il prend une attitude hardie : « Si vous pervérérez dans votre opiniâtreté, si vous prétendez nous excommunier ou nous suspendre au gré de votre caprice, je sais ce qu'il me reste, ainsi que je l'ai écrit au pape, je m'en tiendrai à ce que dit saint Grégoire : qu'un pasteur se prive de la puissance de lier et de délier, quand il l'exerce arbitrairement et sans raison. Si vous m'excommuniez, j'affirmerai qu'en cela le privilège de Pierre ou du pape, c'est-à-dire le pouvoir de lier et de délier, ne vous appartient pas. Le privilège de Pierre cesse de subsister, toutes les fois qu'on ne juge pas selon l'équité. » De semblables paroles dans la bouche du plus haut personnage ecclésiastique de France étaient dangereuses pour la cause réformiste. Grégoire VII insista énergiquement auprès du lui Philippe l'^'" pour que Manassès, condamné dans plusieurs conciles, fût remplacé comme archevêque. Il ordonna au clergé de Reims et aux sullraganls de la province de ne plus le reconnaître, cl d'élire un autre