‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 16 sur 505 · Muratori, Script, rer. itah, 1. m, p · texte numérisé non relu

Muratori, Script, rer. itah, 1. m, p

2. Grégoire de Verceil avait sucoédô à Guibert dans la rliarge do clinnoolior d'Italie; mais l'archichancellerie était entre les mains do l'archevêque de Cologne. Ilonitho, Liber ad Aniiciim, dans IMonuni. Gregor., p. 657 : Rex misit Gregoriuin Vercellensem episcopum, Itnliie regni cancellarium, qui (Hildebrandi) electionem firmaret et ejus interessel consecrationi. Quod et factuin est ; et p. 681 : Venerat)ilem Gregorium in ordinatione sua consensum régis habuisse, nulli duhium est. Nam Vercellensis episcopus Gregorius, a rege missus, ejus interfuit consecrationi. (H. L.)

3. Chronica Benedict., dans Monum. Germ. hist., Script., t. ni, p. 203, fixe la consécration au 30 juin. Sur ces détails, cf. Jaffé, Monum, Gregoriana, p. 657, n. 1 ; Meyer von Khonau, Jahrtiûcher, t. ii, p. 221, n. 59; W. Martens, Gregor VI, t. I, p. 56. D'après la Chronique de Hugues de Flavigny, dans Monum. Germ. hist.. Script., t. viiT, p. 'ill, les cai'dituinx-évèques d'Albano et do Rome étaient présents. Pour la date du 29, on peut la regarder comme certaine, puisque ce jour

Béatrix. — Il est évident qu'il faut préférer ces données chronologiques de Bonillio à celles de Lambert. Bonitho est d'ailleurs d'accord avec les lettres de Grégoire lui-même. Du reste, c'élait seulement l'ordination épiscopale qu'il était nécessaire de différer jusqu'à l'arrivée de la confirmation royale, car Grégoire, simple diacre, pouvait recevoir la prêtrise sans attendre cette confirmation, et, à cette date du 29 juin, on avait pu terminer entre Rome et l'Allemagne les négociations nécessaires ^.

Dès les premiers jours qui suivirent son élection, Grégoire, qui jusqu'à sa consécration prit le titre de pon-

niêine on a un acte de Iloiiri IV ainsi libellé : Vigilantissimo et desideralissimo (lomno papie Gregorio apostolica dignitate cœlitus insignito Ilenvicus Romanorum Dei gratia rex debiti famulatus fidelissimnm exhihitionem . Mai-tens, op. cit., t. I, p. 57. (H. L.)

1. C'était donc chose faite ; cependant il ne paraît pas qu'IIildebrand eût souhaité ce pouvoir dont il portait le poids depuis plusieurs pontificats. Peutêtre, comme les hommes actifs, s'était-il aperçu que la vie est courte et qu'il est fâcheux d'en consacrer une partie à la représentation. Un pape qui s'en chargeait et laissait la réalité du pouvoir à son archidiacre devait paraître à celui-ci le régime idéal. Aussi l'entendra-t-on soupirer souvent sur cette dignité qu'il n'a pas recherchée et dont la solennité l'excède. Registr., I, 8 : Deus qui desiderium meum nunquam ad honorem istum anhelare cognovit ; I. 12 : Oratio, quce me liberare dehuit, ne incurrerem periculurn, saltem lueaturin periculo positum; I. 39 : Tcsiis est conscientia mea, quanta solliciludine nomen apostolicss dignitatis e<,>itare concupivcrim ; I, 70 : Navem [Ecclesiœ] iiwiti asceudimus. Romana ecclesia cui licel indigni et uolenles prœsidemus. Au concile romain de février 1076 nous l'entendons apostropher saint Pierre: Tua sancta Romana Ecclesia me invitum, ad sua guhernacula traxit, et ego non raplnam arhitratus sum, ad sedem tuam adscendere, potiusque volui vitam, meam in peregrinatione finire quam locum tuum pro gloria mundi sœculari ingenio arripere ; au concile de 1080, il prolestera encore : valde invitus cum multo dolore et gemitu ac planclu in throno vestro valde indignus sum collocatus. Mais il est convaincu que c'est Dieu luimême qui l'a voulu dans cette place, ce qui est la manière d'identifier ses idées et celles de la Providence. Au concile de 107G il s'adresse à saint Pierre: Ego non rapinam arhitratus sum ad sedem tuam ascendere, cf. Philipp. II, 6 ; et c'est, semble-t-il, dès son élection qu'il a eu cotte persuasion qu'il était chargé personnellement d'une mission; Registr., 1. I, 8 : Oiuis imposilum non audebamrecusare; 1. I, 39 : Impossibile mihi fuit, contra divinam voluntatem concepta vota defendere; 1. III, 10 (il s'adresse à Henri IV) : in Pétri sede, dum nos qualescumque peccatores et indigni dis'ina dispositione vicem suœ potestatis gerimus; 1. II, 73: Occulta Dei dispensatio ad curam ministerii sub obedientia aposlolici principatus nos ordinavit et constituit; 1. VII, 23 : Complacuit [Deo], ut sancta mater nostra Ecclesia ad regimen apostolicœ sedis invitum satis et renitentem Deo teste me raperet; 1. VII, 46 : Dispositione dii'ina mater Ecclesia in throno apostolico me valde indignum et Deo teste invitum collocavit. (H. L.)

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tijex electus, écrivit diverses lettres à peu près senil)lahles à Didier, cardinal et abbé du Mont-Cassin ^, au prince Gisolfc de

1. La lettre à Didier du Mont-Cassin est du 24 avril, surlendemain de l'élection. Cette lettre ouvre le Registrum. Jaffc, Monumenta Gregoriana, p. 10, 11; elle est traduite dans O. Dclarc, Saiiil Grégoire VII, t. m, p. 7-8. Avec celte lettre s'ouvre seulement le Regi^lruni, non de Grégoire, mais le pontificat qui ne fut « à quelques égards que la continuation de son diaconat.» On y retrouve les mêmes luttes, plus vives et plus féroces, car on sent des deux côtés que l'heure décisive approche. Sur ce règne et les événements qui l'ont rempli, la France n'a jeté de temps en temps qu'un coup d'oeil. Villemain (1872), Langeron (1874), Delarc (1889) s en sont seuls occupés. Le livre de Villemain appartient à une époque pré-historique, — il a été rédigé entre 1827 et 1834. — La préface seule offre de l'intérêt, c'est un morceau consacré à l'étude des pi-ogrès de la papauté depuis ses origines jusqu'au xi<^ siècle, par un homme impartial, insuffisamment lesté de connais, sances historiques. Cela ne s'écarte pas du genre vague, et des idées dites générales- La pensée maîtresse vraiment intéressante et qui se promène — et s'égare — en deux cent quarante pages est de mettre « en lumière, par le simple récit des faits, le rôle bienfaisant et moralisateur de la papauté en même temps que les instincts de domination et l'ambition persévérante qui ont dirigé la politique pontificale. Le siège de Rome ne fut illustré par aucun des grands orateurs, des grands docteurs, des grands saints dont s'honore l'Eglise ( — il me semble que saint Léon le Grand et saint Grégoire, pour ne parler que d'eux, font cependant assez bonne figure — ) ; aucun des papes n'égale par la science les saint Augustin, les [saint] Clément d'Alexandrie, les saint Thomas d'Aquin, ni les saint Bernard ou les saint François par la piété ( — ce dernier point me paraît assez aventureux à apprécier — ) ; mais le génie pratique, la ténacité indomptable qu'ils semblent avoir héritée de la Rome antique, leur ont donné l'empire du monde. » G. Monod, dans la Rei'ue critique, 1873, part. 2, p. 176. L'insuffisance du livre de Villemain est trop manifeste pour qu'il soit besoin de s'y attarder. Le critique, M. G. Monod, porte, pour son compte, sur Grégoire VII le jugement suivant qui, pour avoir la prétention d'être approfondi, n'en est pas moins, lui aussi, superficiel, mais c'est une note qu'il est nécessaire d'entendre : « On ferme le livre sans savoir si Grégoire VII était un grand saint ou un grand fourbe. Peut-être, en effet, est-il difficile de décider ce qu'il fut. Mais encore, si l'àme du grand pontife doit rester une énigme impénétrable, était-il du devoir de Ihistorien d'en poser les termes, d'esquisser au moins les traits contradictoires de cette imposante figure. De toutes les époques de l'histoire, le xi*^ siècle est peut-être celle où l'activité humaine s'est déchaînée avec la plus sauvage énergie. Les Normands créent deux royaumes sous Guillaume le Conquérant et Robert Guiscard, la France et l'Allemagne sont le champ clos de guerres privées sans cesse renaissantes. Les croisades fournissent enfin aux seigneurs d'Occident l'occasion de mettre au jour toutes les passions violentes dont leurs natures sont capables. Les préoccupations morales, les scrupules de conscience, ne pouvaient guère trouver place au milieu d'une si ardente mêlée. Les instincts supérieurs de la nature humaine ne se manifestaient que par des emportements d'enthousiasme, comme chez quelques croisés, ou par la fièvre de l'ambition théocratique, comme chez Grégoire VII.

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Celui-ci était bien un homme de son temps, d'une époque où il ne s'agissait que de combattre et de conquérir. Il a toujours àla bouche cette parole terrible: « Maudit soit riioninie qui détourne son glaive du sang.» Rusé, déloyal, impitoyable, il bénit Géza l'usurpateur du trône de Hongrie, il encourage Guillaume, le conquérant de l'Angleterre, il ne pardonne à Henri IV que jiour mieux le perdre. Mais en même temps sa conscience ne paraît pas avoir eu un instant d'hésitation et de trouble ; il luttait i)Our le triomphe de l'Église, pour la pureté de la discipline et des mœurs. Avait-il le temps, dans la fureur du combat, d'examiner quelles arnu^s il employait ? (^c n'était assurément pas un homme })ieux, saint, dans le sens où nous entendrions ces mois aujourd'hui ; mais il ne serait pas moins injuste de lui aj)pliqucr nos catégories morales et de le condanincr au nom des scrupules de la conscience moderne. C'était en tous cas une nature héroïque cl désintéressée ; et ce qui achève sa grandeur aux yeux de la postérité, c'est (ju'il est mort en exil, triste, désespéré, doulaiil lum j)as de sa vertu mais de IcHicacité de sa vertu. » Ceci, c'est le Grégoire VU à l'usage des orateurs de réunions dites démocrali(jues.

C'est à peu iJrcs un Grégoire Vil tlu même genre cju'on trouve dans un livre bizarre intitulé, Grégoire VII et les origineu de la doctrine idlrutnonlaiiw, par E. Langcron, in-8, Paris, 1877. 11 y est question du Syllabus de Pic IX, du crâne eburné (sic) de Napoléon et du mariage des prêtres selon la doctrine... de Mirabeau ! d'ailleurs lorsqu'il s'agit de renvoyer le lecteur à des cx])licalions plus développées, on l'adresse à Voltaire, Diclionnaire philonophique ei Easui sur les mœurs (voir p. lOG, 343, 376, 389, etc.); enfin, parmi d'inelîables appendices on rencontre une « Explication du mot dom et origine du chapelet » (p. 419-422). — Passons.

Dans une étude sur La Papauté au moyen âge. Nicolas I^''^, Grégoire VII, Innocent III. Boniface VIII, Études sur le pouvoir ponlijical, iu-8, Paris, 1881. M. F. Rocquain a donné de Grégoire VII, (p. 77-135) une appréciation nette et vigoureuse et son travail doit être tenu parmi les plus suggestifs avec celui de Ch. Giraud, Grégoire VII et son temps, dans la Revue des deux Mondes, marsmai 1873. Nous y reviendrons au cours des notes de ce volume.

L'inextricable et défectueux ouvrage de Gfrurer et celui de Giesebrecht présentent quelques-uns des défauts de méthode qu'on a pu signaler avec raison chez O. Dclarc, Saint Grégoire VII et la réforme de l' Église au xi^ siècle, 3 vol., in-8, Paris, 1889. «C'est l'oppression des documents et de la chronologie, le regeste substitué à l'histoire. Encore faut-il regretter l'abus des reproductions incxtcnso. Le style pontifical a toujours été prolixe, encombré de citations et de dissertations théologiques... Sachez donc peindre au lieu d'énumérer, caractériser au lieu de transcrire, trouver dans vos chartes, même entre leurs lignes, le mot important, nous le dire, nous l'insinuer au besoin, au lieu de nous inonder de prose oli'iciellc ». Bulletin critique, 1892, t. xiu, p. 243.

Nous mentionnons ici É. Gebhart, Autour d'une tiare, 1075-1085, in-12, Paris, 1894 ; roman historique qui peut tenir un rang honorable parmi des œuvres dénuées tic toute espèce de méiite.

Il nous reste à parler du Iravail le plus récent et le plus remarquable parmi tous ceux qui ont prétendu retracer le personnage et raconter le pontificat de Grégoire VII. C'est le livre de W. Martens, GregorVII, sein Leben undWirken. 2 vol., in-8, Leipzig, 1894, modèle, à beaucoup d'égardS; d'éludé historique et

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