CONCILIABULES DE MAYENCE ET DE BRIXEN
évêques réunis à Mayence le jour de la Pentecôte, de nous assembler ici pour déclarer que cet eiïronté llildebrand, prédicateur du vol des églises et de l'incendie, partisan de la trahison et du meurtre, qui, disciple de Bérenger, met en doute la foi catholique et apostolique sur le corps et le sang du Seigneur, adonné aux songes et sortilèges, jiratiquant l'évocation des morts, et ])0ssédé d'un esprit de pythonisse, qu"ilildel)rand n'a plus la vraie foi et. jjour toutes ces raisons, est déposé canoniquement et condamné à tout jamais, s'il ne se soumet à notre jugement ^. » Ce document excessif et mensonger fut signé par le célèbre ri/o] cardinal Hugues Candide, qui eut la prétention de signer au nom de tous les autres cardinaux. Parmi les évêques allemands, on trouve Rupert de Bamberg, Norbert de Coire, Diedo de Brandebourg. Liemar de Hambourg, Conrad d'Utrecht,Alt\vin de Brixen, Meçrinward de Freising et Burkard de Lausanne. Henri signa le dernier. Les membres de l'assemblée élurent pape, bien que Hugues Candide fût seul cardinal présent, et par conséquent au mépris de tous droits, le célèbre Guibert. archevêque de Ravenne. Celui-ci prit le nom de Clément III, et fut aussitôt vénéré comme pape par le roi Henri, qui plia le genou devant lui ^. Le roi promit aussi de recevoir du nouveau pape la couronne impériale, el de venir le printemps suivant à Rome avec une
1. Hardouin. Coll. coitcil., l. vi, pari. 1, col. 1595, cL Mansi, Conc. ampliss. coll., t. XX, col. 547, donnent un texte incomplet; le texte correct et complet se trouve dans Mon. Germ. Iiisi., Leges, t. ii, p. 51 ; sur les accusations formulées dans cette proclamation, cf. Gfrôrer, Gregor T//, t. vu, p. 737. Pour corroborer la décision du conciliabule de Brixen, un jurisconsulte de Ravenne, nommé Pierre Crassus, a composé un libelle contre Grégoire VII, dans lequel il oppose au pape des principes de droit romain, tactique alors nouvelle et qui devint commune à l'époque du conllil avec les Ilohenstaufen. L'écrit de Pierre Crassus se trouve dans Sudendorf. Begislriirn, t. i, p. 22, n. l'i, corrigé par Ficker, Forsdiuiiiieu zw Reichs-und Bcchtsgeschiclile Ilaliens, t. iv, p. 106-124 ; Meltzer, Gregor VII und die Bischojswahlen, in-8, Dresde, 1876, p. 236, reporte cet écrit au temps du concile romain du 24 mars 1084 ; cf. Helfenstein, Gregois VII Bestrebungen, 1856, p. 120; Wattembach, Deutsche Gescliichlsquellen, 4^ édit., p. 174.
2. Landulf, llisloria Mediolanensis, III, 32, dans Mon. Germ. hisl., Script. , t. VIII, p. 99 ; Guido de Ferrare, i, 20 ; dans Mon. Germ. hist., Script., t. xii, p. 165; Paul de Bernried, Mta Gregorii. c. cviii, dans Walterich, Ponlif. rom. i'ita', t. i, p. 538 ; Hugues de llavigny, Chronicon, dans Mon. Germ. liial., Script., t. viii p. 459; Bonitho, Liber ad amicum, 1. IX, dans Jafîé, Mon. Gregoriana, p. 676; O. Kohnkc, Wiberl ^'on Bavenna [Papsl Clemens III] ein Bcitrag zur P^'ipslsgcschichte, in-8, Leipzig, 1888, p. 28 sq. (H. L.)
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grande armée. Le synode prononça l'anathèmc contre Rodolphe, Welf et leurs j)artlsans. Le synode terminé, Henri regagna l'Allemagne et (uiiherl, décoré des insignes de la papauté, retourna à Ra venue en grande pompe '.
Le décret du conciliabule de Brixen et l'écrit de Pierre Crassus ne sont que des libelles injurieux à Grégoire pour lui aliéner l'opinion publique ; on s'appliqua à continuer celte manœuvre el des écrivains payés ou convaincus répandirent d'autres libelles semblables. Ainsi la « lettre de Diétrich, évoque de Verdun, au pape Grégoire VII», composée par Wenrich, scolastique de Trêves, fut très répuncluc et produisit grande sensation 2. Le mémoire, composé d'extraits du concile de Tolède, pour prouver que le peuple avait le droit d'élire un roi, mais non celui de le déposer ^, n'eut pas le même succès, et d'ailleurs ne le méritait pas. Cette polémique se continua, même après la mort de Grégoire, et arriva à son apogée dans les mémoires injurieux de Benzo * et du cardinal Benno ^. Les écrits schismatiques, publiés ]iar Sudendorf ^ et dirigés contre le décret du synode romain du carême de 1078 ' et contre le pape Urbain II, qu'ils appellent [150] Turhanus, appartiennent à cette classe. De même, l'ouvrage de Guido, évêque de Ferrare, De schismale Hildehrandi. n'a été composé qu'en 1089. c'est-à-dire cinq ans après la mort de Grégoire ^. Les partisans dvi pape légitime prirent aussi la plume, et, sans comjTter les apologistes Paul de Bernried, Bonitho, Anselme le jeune (de Lucques) ^, Manegold de Lautenbach se distingua aussi dans cette lutte ; malheureusement nous n'avons plus sa réplique à l'ouvrage de ^^ cnrirh ^^.
1. Baronius, Annales, ad anii. 1080, 11. liO, 21 : \\ al loicli. \'il;f jion/if. loni., 1. I, p. 443 sq. ; Gfrorer, op. cit., t. vu, p. 741 sq.
2. Martcnc, Thés. nor. anecd., t. i, p. 214 ; Wattcmbach, op. cit., 4"^ cdit., 1. 11, p. 97.