‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 246 sur 505 · LES CINQ PREMIÈRES ANNEES d'uRBAIN II · texte numérisé non relu

LES CINQ PREMIÈRES ANNEES d'uRBAIN II

carolingiens disposaient des paroisses de campagne ; et. Tl. Lecleroq, au mot Chapelle dans Cabrol-Leclercq, Dictionnaire d'archéol. chrél. et de liturgie. Or, l'investiture est précisément lactc juridique par lequel le propriétaire d'une église la confie, à titre de bénéfice, à l'ecclésiastique qui doit la desservir ; elle est donc la manifestation du droit de propriété que revendique le seigneur ou le roi. Suivant les habitudes du droit germanique, cette^nvestiture se fait par le moyen d'un symbole ; il se trouve que le symbole en usage, lorsqu'il s'agit d'évèchés, est naturellement la crosse et l anneau. Kn fait, le plus souvent, lorsqu'un évèché est vacant, voici comment les choses se passent Directement ou indirectement, le roi ou le seigneur choisit le nouvel évèque, parfois en s'inspirant de considérations fort étrangères à celles du plus grand bien de l'Église et des âmes ; puis il lui accorde l'investiture en lui remettant la crosse et l'anneau. Désormais, au point de vue temporel, lélu est mi.ître de son évèché ; il ne lui manque plus que la consécration, qui lui permet Ira d'p.ccomplir les fonctions spirituelles de l'ordre épiscopal. Pour l'obtenir il s'adressera au métropolitain et aux évêques de la province, qui, en général, ne pourront ou ne voudront courir les risques d'un grave conflit en refusant leur concours ; d'ailleurs les rigoristes n'auraient le plus souvent, pour faire taire leurs scrupules, qu'à se rappeler les circonstances de leur propre nomination. Ainsi la consécration interviendra en dernier lieu, comme une cérémonie accessoire. Pour les masses l'évêque est fait quand le maître qui l'a choisi à son gré lui a remis la crosse et l'anneau : remarquez que pour augmenter la contusion, la crosse, bâton du pasteur, et l'anneau, marque de la fidélité qu'il doit à son Église, sont surtout les symboles du pouvoir spirituel de l'évêque. En réalité, un tel régime est organisé pour répandre partout l'impression que le prince fait l'évêque et lui communique ses pouvoirs spirituels et temporels : les esprits grossiers finiront par ne voir, dans la consécration conférée par le métropolitain, qu"un acte de pure forme, ccnscquence nécessaire et complément de l'investiture accordée par le souverain (cf. E. Bernheim, Zur Geschichte des Wormser Concordâtes, in-8, Gôttingen, 1878).

« A la vérité, il faut remarquer que, pour nombre d'églises épiscopales, notamment dans les pays d'Empire, le prince était un bienfaiteur qui leur avait concédé eu confirmé par ses diplômes la propriété d'une partie de leurs biens, ou, plus souvent, la jouissance de certains droits régaliens. Cette considération explique dans une certaine mesure les prétentions des souverains à diriger le choix des évêques ; mais elle ne saurait donner une raison suffisante de l'évolution par laquelle les puissants du monde en vinrent à se conduire comine propriétaires des églises. Or ce prétendu droit de propriété, qui, des plus humbles paroisses rurales était étendu aux évêehés les plus illustres, entraînant comme conséquence logique la subordination absolue des églises à leurs maîtres laïques ; ceux-ci, s'accommodant fort bien de cette idée, s'arrangeaient pour tirer de leur droit sur les églises des avantages pécuniaires, soit en vendant leur choix, soit en se réservant une part des bénéfices que l'église procurait. Ainsi la simonie était la conséquence inévitable de ce régime, qui avait fait de lÉglise chrétienne comme une immense exploitation au profit du roi, des seigneurs, des propriétaires fonciers et de leurs créatures. La cause du mal était le droit que s'arrogeaient sur les églises, les princes séculiers qui s'en disaient propriétaires. Or ce drcit de propriété se manifestait surtout par l'investiture. Pour attaquer le mal par la racine, Grégoire VII s'en prit à l'investiture ; restreignant d'abord son action aux églises

les plus iinporicuilos, il dérriulit ruriiKHrini'iii aux évêques ('lus do l'accepter des mains des séculiers.

« Cette rélormc, à elle seule, n'eût pas suffi pour al leindre le but désiré. L'avantage n'est pas considérable d'exclure le prince ou le seigneur du droit d'accorder l'investiture, s'il exerce sur la désignation del'évêqueune influence prépondérante. Or Grégoire VII, loin de songer, comme on l'a dit à tort, à se rendre maître de la désignation des évèques, entend rétablir autant qu'il le pourra la vieille élection canonique par le clergé et le peuple ; l'important est d'en assurer la liberté. Aussi renouvellc-t-il un ennon du VIII*^ contile générai frappant de censure les princes qui s'immiscent dans les élections. En outre, pour mieux barrer le chemin à toute influence illégitime, le Pape interdit aux évêques élus de prêter aux princes et aux seigneurs le serment féodal d'hommage. De Grégoire VII à Pascal II se développe un ensemble de mesures tendant à empêcher les puissants du siècle de désigner les évêques, de les investir de leurs sièges et d'en faire leurs hommes liges. Ainsi, les papes espérèrent affranchir l'Eglise du lardeau que tait peser sur elle la domination des séculiers et lui rendre en même temps la liberté de son patrimoine, que les grands de la terre ne cessent de distraire de sou affectation sacrée pour l'exploiter au gré de leurs intérêts et de leurs convoitises.

« Ces mesures radicales devaient se heurter en France à des traditions très anciennes. Il y avait longtemps que les rois francs avaient commencé de jouer un rôle, souvent décisif, dans les élections épiscopales. Sans doute, en théorie, l'autorité qu'ils avaient assumée était une usurpa tion ; mais les siècles, passant sur cette usurpation, en avaient atténué l'injustice, tandis que la situation do protecteurs et de bienfaiteurs de l'Église, prise par les Carolingiens, l'avait, dans une certaine mesure, expliquée et consacrée. Sous les Capétiens, l'union était devenue plus étroite encore entre le clergé et la couronne ; en naême temps les rois avaient continué d'exercer leur influence sur les élections, pratiqué sans scrupules l'investiture par la crosse et exigé des nouveaux évêques un serment de fidélité. Tel était l'état de choses quand Yves de Chartres dut se préoccuper des antinomies qui existaient entre la politique suivie en France et la législation des papes réformateurs.

«Personnellement, sa situation était inattaquable à tous les pointsde vue. Sans doute, l'épiscopatlui avait été conféré j)ar la crosse, mais, comme les partisans de son prédécesseur, déposé pour ses méfaits, l'avaient accueilli par une violente opposition, Yves s'en était allé à la cour d'Urbain II, qui avait approuvé son élection et lui avait donné la consécration épiscopale. L'évêque de Chartres n'avait donc rion à craindre pour lui-même ; aucun parti n'était en mesure de contester la régularité de son accession au siège épiscopal de Chartres. Aucune considération personnelle ne devait peser sur son opinion. Sur un point, sa doctrine est parfaitement nette. S'il arrive que les la'iques qui confèrent l'investiture ou les clercs qui la reçoivent s'imaginent qu'elle communi({ue les pouvoirs spirituels, ils doivent être sans hésitation déclarés hérétiques, non poinl, dit Yves, à cause de l'investiture elle-même, mais à cause de « leur croyance diabolique » {Epist., ccxxxvii). Une telle question ne pouvait pas, en eiïet,être discutée par un théologien aussi expérimenté qu'Yves; c'est seulement quant à leurs eflets temporels que les investitures avaient quelque chance d'être détondues avec succès. De cette opinion parfaitement juste, l'évêque de Chartres aurait pu déduire une conclusion à laquelle il est étonnant qu'il no soit point arrivé. Si l'on pouvait dire avec

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