‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 266 sur 505 · CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMONT · texte numérisé non relu

CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMONT

nh officia, pour ne s'être pas rendu au synode et ne s'être pas fait excuser i. Enfin, une autre ambassade de l'empereur de Byzance Alexis exposa de pressantes instances adressées au pape et à tous les fidèles pour les décider à défendre la sainte Église contre les païens, qui possédaient déjà tout le pays jusqu'aux remparts de Constantinople. Le pape parvint à déterminer plusieurs personnes à prêter serment de porter secours à l'empereur trrec 2, Le concile porta ensuite les canons suivants : i. Nul ne

1. Hugues avait fait alors un pèlerinage à Saint- Jacques de Compostelle ; de là, son absence. Aussi put-il facilement se réconcilier avec le pape, et il reparut quelque temps après au synode de Clermont. Cf. Histoire litl. de la France, t. ix,

2. Encore un point a éclaircir. F. Chalandon, Essai sur le règne d'Alexis /^r Comnène (1081-1118), in-8, Paris, 1900, p. 155 : « Pendant longtemps les historiens se sont livres à de faciles développements sur l'ingratitude et la perfidie de Comnène qui, après avoir appelé les Occidentaux à son aide, n'aurait cessé de leur créer toutes sortes de difficultés. (Je parlerai plus loin) de la lettre par laquelle le basileus, accablé par ses ennemis, aurait appelé à son aide les princes occidentaux par l'intermédiaire du comte de Flandre. Ainsi présenté, le fait est inexact. Je retiendrai ici seulement que, comme le dit Guibert de Nogent, il y a eu véritablement une lettre d'Alexis à Robert (très probablement durant la guerre avec les Petchénègues), car cette lettre est un des éléments qui ont servi à la formation de la légende d'un appel de l'Orient à l'Occident. D'autre part, à deux reprises, Alexis s'est adressé au pape pour demander son intervention. La première fois, lors de la guerre contre Guiscard ; nous ne savons au juste en quoi consistait le rôle que Comnène voulait faire jouer à Grégoire VII. Quant à la seconde fois, il n'y a aucun doute à cet égard ; Alexis pria Urbain II de l'aider à lever des mercenaires, comme il l'avait demandé peu avant au comte de Flandre. Ce sont ces demandes, dont il ne faut en rien exagérer la portée, qui ont donné lieu à la légende qui s'est formée sur l'origine de la première croisade. C'est à elles qu'Ekkehard d' Aura, H ierosolymitana, c. i, p. 48-49, fait allusion lorsqu'il parle des nombreuses et fréquentes demandes adressées par Alexis au pape. Tout ce que nous savons nous montre que celui-ci n'a jamais réclamé que l'envoi de mercenaires, et cela au moment où son empire était dans une situation des plus critiques. Aussi je crois avec Riant, Inventaire critique des lettres historiques des croisades, dans les Archives de l'Orient latin, Paris, 1880, t. I, p. 105 sq., qu'on a trop attaché d'importance au témoignage de Bernold, qui nous apprend qu'au concile de Plaisance, Urbain II engagea beaucoup les fidèles à promettre, même par serment, d'aller au secours d'Alexis. Tout ce que nous savons de cette assemblée est contraire à ce renseignement. Le concile de Plaisance, au témoignage de Bernold lui-même, fut convoqué inter ipsos scismaticos et contra ipsos. Orderic Vital, 1. IX, éd. Le Prévost, t. m, p. 461, note aussi ce caractère religieux du concile. Peut-être Bernold a-t-il par erreur rapporté à cette date les demandes d'Alexis qui se produisirent les années précédentes; ou, plus vraisemblablement, il y a eu à Plaisance des envoyés d'Alexis, mais des envoyés

doit être admis à faire pénitence, s'il ne renonce au concubinage, à la haine et à tout autre péché mortel, 2. Aucun prêtre ne doit

venus pour reprendre les négociations touchant la réunion des deux Eglises, car rien dans l'état de l'empire, en 1095, ne justifie un appel de Comnène. L'empire pouvait, avec ses seules forces, résister à l'invasion des Polovtze qui eut lieu alors. « Les voisins de Byzance, en Occident, restaient tranquilles, à tel point que le basileus commençait à s'occuper de nouveau des afîaires d'Asie-Mineure et songeait à mettre à profit les divisions intestines des émirs turcs qui, depuis la mort de Malck-Shah, ne faisaient que lutter entre eux. Il serait d'ailleurs bien étonnant que, s'il y avait eu réellement un appel des Grecs, aucun des historiens, témoins oculaires de la première croisade, n'eût mentionné cette demande de secours. Or, ni l'auteur des Gesta, ni Raimond d'Aigles, ni Foucher de Chartres n'en parlent. Seuls, des auteurs écrivant postérieurement comme Robert le Moine ou Guibert de Nogent s'en sont occupés ; aussi, rien ne nous autorise à dire qu'Urbain II ait invoqué ce prétexte au concile de Clermont (18 novembre 1095) [Histoire du Languedoc, t. m, p. 479). Nous nous trouvons là en présence d'une véritable légende. Les relations entre Alexis, le comte de Flandre et Rome étaient connues. Ce sont elles qui ont donné l'idée au faussaire, auteur de la lettre d'Alexis à Robert, de fabriquer ce faux qu'il place précisément en 1091 (Riant, Alexii Comneni imp. ad Robertum I, Flandriœ comilem, epistola spwia, in-8, Paris, 1879, p. 9). Celui-ci n'aurait pas suffi à établir solidement la demande de secours de l'Orient à l'Occident, mais il a été aidé par la légende populaire. Lorsqu'on connut en Occident les difficultés de tout genre qu'avaient eu à supporter les premiers croisés, lorsqu'on vit revenir en bien petit nombre ceux qui étaient partis si nombreux, lorsqu'on sut le chiffre considérable de ceux dont les ossements avaient jonché la route suivie, on ne voulut pas croire que l'incapacité et les rivalités des chefs, le manque complet de direction eussent pu être la source de tous les maux subis par la croisade. On fit retomber sur l'empereur grec toutes les responsabilités. Les difficultés qu'il avait eues avec les chefs, la fermeté avec laquelle il avait lutté pour maintenir ses droits, tout contribuait à favoriser la formation d'une légende hostile autour d'Alexis. Il y eut là un travail qui se fit surtout dans l'imagination populaire. Nous pouvons en saisir un écho dans Ekkehard d'Aura, Chronicon universale, c. xxiv, dans Mon. Germ. Iiist., Script., t. VIT, p. 235 sq.,qui nous parle du bruit de la trahison d'Alexis, bruit qui se répand tout à coup, ne repose sur aucun fondement et n'est pas justifié par les événements, puisque l'auteur du Hierosohjmita débarque tranquillement à Jafïa, alors qu'à l'en croire, Alexis se serait arrangé pour faire périr tous les croisés durant la traversée. Cette idée de la perfidie des Grecs s'associa tout naturellement à ce qu'on connaissait de leurs rapports avec les Occidentaux et de l'appui que le pape et le comte de Flandre leur avaient fourni les années précédentes. De là à l'idée d'ingratitude, il n'y avait qu'un pas qui fut bientôt franchi. Ce sont là, à mon avis, les éléments dont s'est formée la légende oîi le beau rôle appartient aux Occidentaux, tandis que les Grecs sont coupables de toutes les perfidies, léo'cnde suspecte, rien que par son exagération. Quelques auteurs, comme Hammcr, Fundgruben, t. v, p. 398, et Kugler, Komnejien iind Kreuzfahrer, dans Historische Zeilschrifl de Sybel, 1888, t. xiv, p. 304, et Geschichte der Kreuzzuge

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