CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMONT
la force des choses, ne saurait porter préjudice aux saints canons, qui conserveront toute leur valeur. 13 et 14, identiques aux canons 8 et 9 de Bernold. Le canon 15 dispose que les ordinations conférées sine tilulo sont irritse ; celui qui est ordonné pour une éo;lise doit demeurer dans cette église, et personne ne peut posséder deux églises. D'après une ancienne tradition, le concile de Plaisance aurait introduit la préface de B. V. M. ^ et prohibé de la manière la plus expresse les investitures laïques. Mansi et Fleury sont d'avis qu'à ce concile se rapportent la lettre où Yves de Chartres recommande au pape de se défier des ambassadeurs français, et celle où le pape communique aux évoques francs les promesses du roi Philippe, qui a obtenu un délai jusqu'à la Toussaint ; mais Jaffé place, avec raison selon moi, la lettre du pape et par conséquent celle d'Yves à une époque
nations simoniaques : 2. Quidquid ..vcl in sacris ordinibus vel in ecclesiasticis rébus pel data vel promissa pecunia adquisilum est, nos irritum esse et nullas iimquam vires obtinere censemus. — 3. Si qui tamen a symoniacis consecrari passi sunt , si quidem probare potuerint se, cum ordinarentur, eos nescisse symoniacos,et situm pro catholicis habebantur in Ecclesia, talium ordinationes misericorditer sustinemus si timen eos laudahilis vila commendat. — 4. Qui vero scienter a symoniacis consecrari passi sunt consecrationem omnino irritam esse decernimus. Ce texte a donné lien à des explications très difl'érentes, les uns y voyant la nullité absolue, les autres la condamnation pratique des ordinations faites à prix d'argent. Cette seconde opinion est la nôtre. Comme on l'a vu, dans tous les autres canons du concile de Plaisance, le mot irritusa le sens de non reconnu ou pratiquement nul. On ne saurait admettre qu'il ait un autre sens ici. Les mots nullas unquann'ircs obtinere censemus veulent dire que ces ordinations ne sont jamais validées. Elles consisteront dans la forma, sans recevoir la rirlus sacramenti, par lu réitération de l'imposition des mains.
« Les décisions du concile de Plaisance eurent, aussitôt, force de loi. Peu de temps après et certainement avant 1109, Brunon, évêque de Segni, a écrit son Libellus de symoniacis. On y lit son ancienne formule, mais avec l'atténuation imposée par le concile de Plaisance : Sic ordinati [simoniace] . . . ad sibi commissas ecclesias veniunt, ubi, si tamen manifeste taies sint, praHer baptismum et sana consilia quse ipsi quoque spepe dant, quicquid agunt vanum et inutile est. Est-ce à dire qu'à la fin du xi"^ siècle, ceux qui acceptaient ces décisions en donnassent l'explication qui est la nôtre ? Ce serait se tromper. Après le concile, il tallut bien accepter la pratique approuvée et commandée par Urbain H, mais on put se dédommager, en expliquant ces décisions par une théorie de son choix. Brunon de Segni s'est donné une consolation de ce genre dans son Libellus de symoniacis. » L. Saltet, Les réordinations, p. 247-252. (H. L.)
1. Mabillon l'a rencontrée dans un ms. de Saint-Remy à Reims, Cf. Watterich, Vitre pontif. roman., t. i, p. 571, n. 1. (H. L.)
plus récente, de 1097 à 1099. Enfin ce même concile a réglé différents conflits concernant des monastères et des églises.
De Plaisance Urbain II se rendit à Crémone ; le roi Conrad, fils d'Henri IV, vint au-devant de lui et lui rendit les honneurs accoutumés, par exemple celui de lui tenir l'étrier lorsqu'il montait à cheval ^. Après que ce prince eut juré d'être dévoué corps et âme au pape et de défendre la tiare, Urbain le déclara « fils de l'Église romaine » et lui promit son concours pour obtenir la couronne impériale, à condition qu'il respectât les droits de l'Église romaine et les prescriptions apostoliques au sujet des investitures. Conrad vint à Pise chercher sa fiancée, la fille du comte Roger de Sicile ^ ; quant au pape, il vint en France par mer et se trouvait le 15 août au Puy ^, d'où il convoqua les
1. Ce ne fut pas la première iois que pareil honneur fut rendu à un jiape, ainsi que le suppose A. von Drufîel, Kaiser Ileinrich IV und seine Sôhiie, p. 8. D'après l'histoire, le roi Pépin remplit pour la première fois Vofficiuin sfratoris à l'égard du pape Etienne III en 75'i. Cui et vice strutoris usqiie in aliquanlum locuni juxta ejiis sellarem properavit. Muratori, Script, rer. ilal., t. m, p. 168. De même, dans la prétendue donation de Constantin, on trouve une cérémonie analogue accomplie par Constantin pour le pape Silvestre; on en peut conclure qu'à la fm du viii^ siècle cet honneur rendu au pape par les princes était connu et entré dans les mœurs. L'histoire nous apprend encore que cet honneur fut encore rendu au pape Nicolas P'" en 858, par l'empereur Louis II. Muratori, op. cit., 1. m, p. 253.
2. Urbain II jouait un rôle assez important dans les affaires de l'Italie méridionale, sans d'ailleurs y améliorer notablement une situation troublée que Roger, fils de Robert Guiscard, tentait vainement de résoudre. Le pape, à défaut de résultats plus importants, obtenait l'abrogation du rite grec dans les Etats de Roger, une maladresse qui froissait bien gratuitement les gens du pays. « Urbain II, d'ailleurs, voyait parfaitement combien peu il pouvait compter sur l'appui du duc de Touille et cherchait de plus en plus à faire jouer le rôle de protecteur de la papauté par le comte de Sicile. A ce sujet, il conçut un plan très habile. On sait que le parti hostile à Henri IV avait su gagner le fils de l'empereur, Conrad, qui s'était réfugié auprès de la comtesse Mathilde. En 1905, le pape fit épouser à Conrad une fille du comte de Sicile. » F. Chalandon, Ifisl. de la domination normande en Italie et en Sicile, t. i, p. 301. (H. L.)
3. C'est Bcrnold qui dit que le pape prit la voie de mer; Albéric d'Aix dit que le pape vint à travers les Alpes, par le Mont-Cenis. Les deux itinéraires sont possibles, mais l'exactitude ordinaire de Bernold justifie jusqu'à un certain point la préférence que lui donne Hefele. Le pape était le 3 août à Valence, où il procédait à la consécration de l'église dédiée à la Vierge Marie et aux saints martyrs Corneille et Cyprien, cf. Ruinart, Vita Urbani, p. 191. Le 15 août, il était au Puy, d'où il écrivait à Lambert d'Arras pour le convoquer au prochain concile (// octavis S. Martini apud Clarum montem. La lettre est datée par inadvertance du xviii kal. aiig., il faut xvni kal. sept., cf. Baluze, Miscellanea, t. ii,
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métropolitains français avec leurs évêques, abbcs, etc., et les laïques les plus recommandables, à un concile qui se tiendrait à Clermont en Auvergne, le jour de l'octave de saint Martin (18 novembre 1095). Cet ordre produisit une certaine émotion, à en juger par une lettre de Raynald de Reims, qui, quoique assez peu zélé, s'empresse cependant d'engager ses suflragants à observer les ordres du pape. Nul, disait-il, ne doit s'excuser sur sa pauvreté : un évêque n'a pas besoin d'une armée pour se rendre au concile. Quiconque ne viendra pas aura à craindre la suspense ou la colère du pape ^. Urbain visita plusieurs villes et monastères, entre autres Cluny où, le 18 octobre, il consacra le maître-autel de la nouvelle église et prononça un discours '-. il rappela que lui-même avait été moine dans
p. 136 ; Bouquet, Recueil des hisl. de la France, t. xiv, p. 754 ; d'Achery, Spicilegium, t. III, p. 424 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 694 ; P. L., t. cli, col. 422; Jafl'é, Re«. pont, rom., n. 5570. Autre lettre à Raynald de Reims, qu'il charge de transmettre à ses sufîragants, abbés, etc., la citation au concile; IJaluze, Misccllanea, t. ii, p. 136 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 693 ; P. L., t. CL, col. 1388 ; Jaffé, Reg. pont, rom., ii. 5571. D'après Guillaume de Tyr, le pape avait d'abord fait choix de Vézelay, dans l'Yonne, pour la tenue du concile ; il est possible que le désir de se tenir en dehors de l'influence et de l'action de Philippe P'', alors excommunié, ait déterminé le pape à désigner Clermont, d'un accès moins facile. (H. L.)
1. Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 2, col. 1680 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. XX, col. 693. (H. L.)
2. Voici l'itinéraire du pape : 15 août, Le Puy, — 18 août, la Chaise-Dieu et dédicace de l'église sous le vocable des saints Vital et Agricola; Geoffroy de Vigeois, dans Labbe, Noi>a bibliotheca manuscriptorum, t. ii, p. 293 et Monum. Germ. hist.. Script., t. xxvi, p. 199 ; — 23 août. Romans en Dauphiné; Cruceus, Rerum Cadurcensium hist., p. 65 ; Gallia christiana, t. i, Instrum. 31 ; Cocquelincs, Bullarium, t. ii, p. 84 ; P. L., t. cli, col. 423; — 1 septembre, Saint-Gilles, au diocèse de Nîmes; — 11 septembre, Tarascon ; Martène et Durand, Vêler, script., t. I, p. 557 ; Bouquet, Recueil des hist. de la France, t. xiv, col. p. 103 ; Collection des cartulaires, t. viii, p. 243 ; P. L., t. cli, col. 425 ; — 12 septembre, Avignon ; — -19 septembre, Saint-Paul-Trois-Châteaux; — 8 octobre, Lyon; —
17 octobre, Mâcon ; — 18 octobre, Cluny, où il consacre l'autel majeur de la nouvelle église; Baluze, Miscellanea, t. i, p. 126; Bibliotheca cluniacensis , p. 518; Bullarium cluniacense, p. 25 ; Bouquet, Recueil des hist. de la France, t. xiv, ]>. 100 ; P. L., t. CLI, col. 562 ; on profite de son passage pour lui faire confirmer les privilèges, cl. De adventu Urbani, dans Baluze, Miscellanea, t. i, p. 126 ; — octobre-novembre, Autun; Charmasse, Cartulaire de l'Église d'Autun, p. 1 ; — • novembre, Souvigny, dans l'Allier; Mabillon, Annal. O. S. B., t. v, p. 655 ; —
18 novembre. Le Montel, dans le Puy-de-Dôme; — 18-28 novembre, Clermont- (H. L.)
ce monastère, sous la conduite du vénérable abbé Hugues, encore vivant, Lambert, évcque d'Arras, se rendant au concile, fut fait prisonnier avec son escorte, le G novembre, par un comte français nommé Guarner ; Urbain écrivit aussitôt plusieurs lettres pour demander que l'évcque fût remis en liberté, menaçant le comte de l'excommunication et lui rappelant que le roi [220] de France, loin d'empêcher personne de venir au synode, avait accordé à ses évêques la permission <^e s'y rendre ^, Sur les instances de son frère l'évêque de Troyes, le comte avait sans doute rendu la liberté à l'évêque Lambert avant même que n'arrivât la lettre du pape, car, dès le 17 novembre, Lambert, ainsi que l'archevêque de Sens et ses sulTragants, étaient rendus à Clermont, où je légat Hugues de Lyon et le pape les reçurent par le baiser de paix. L'évêque de Clermont, Durand, s'était donné tant de peine pour préparer au concile et au pape une réception honorable qu'il mourut d'épuisement peu après l'arrivée d'Urbain ; celui-ci alla le visiter sur son lit de mort et lui donna l'absolution. Il officia le jour de son "enterrement et ouvrit le concile le 18 novembre 1095^, Au rapport de Bernold, le concile
1. Au sortir de Provins, à quelques lieues de Sens, un guet-apens avait clé préparé par Garnicr de Traginal, seigneur de Pont-sur-Seine, frère de Philippe, évêqùe de Troyes, cf. Riant, Inventaire critique des lettres historiques des croisades, in-8, Paris, 1880, t. i, p. 108. Le pape ne faisait pas diiïiculté de reconnaître que le roi de France laissait aux évêques de son royaume toute liberté de se rendre au concile : Rex enim Francorum non solum venire ad nos alios non prohihet, verum cliain omnibus suie potestatis episcopis et abbatibus vcnire ad concilium liceniam dédit, Urbain, II, Episl. ad Guarnerium, P. L., t. ci.i, col. 429 ; J. fTé, Jifeg. pontif. roman., t. i, n. 5584, 5585. L'incident n'eut pas de suite. (H. L.)
2 . Guillaume de Tyr, Ilist., 1. I, c. xiv sq. ; GeofiVoy de Vendôme, dans Sirmond, Opéra, t. m, p. 671 ; P. L., t. clvii, col. 68 ; Fragment, hist. monasl. novi Pictaw, dans Martène, Thesaur., t. m, p. 1220 ; Guillaume de Malmesbury, Gesta regum Anglorum, 1. IV, édit. Hardy, t. ir, p. 524 ; Simon, Gesta abbat.. S. Bertini, c. lxix, dans ]\Ion. Germ. hist., Scrijit., t. xiii, p. 649 ; Vincent de Beauvais, Specul. hist., t. xxvi, 89 ; Binius, Concilia, t. m, p. 1298-1302 ; Coll. regia, t. xxvi, col. 662 ; P. de Marca, Concordia sacerdotii et impcrii, t. ii, p. 190- 194 ; 2e édit., p. 286-289, 409-410 ; Labbe, Concilia, t. x, col. 506-598 ; Hardouin, Conc. coll., t. VI, part. 2, col. 1717 ; Martène, 77i<'s. nov. anecdot., 1717, t. iv, p. 121-124 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 829 ; Mansi, Concilia, Supplem., t. ii, col. lo7 ; t. XX, col. 810-920 ; Lelong, Bibl. Francor., 1. i, n. 6465 ; Bouquet, Recueil des Instar, de la France, t. xii, col. 662-663 ; t. xiv, p. 391-592 ; Villa Nucva, Viage litcrar. en Espana, 1821, t. ix, p. 272-274 ; Jafïé, Eegest. pontij rom., 1. I, p. G81-682 ; F. Martha-Beker, Concile de CUrmonl en 1905, dans Ainial.
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réunit treize archevêques avec leurs suiïragants, et on n'y compta pas moins de deux cent cinq bâtons pastoraux. D'autres élèvent encore ce nombre ^. Urbain, dans le décret relatif à la primauté de l'Eglise de Lyon, dit qu'à ce moment le concile comprenait douze archevêques, quatre-vingts évêques et quatre-vingt-dix abbés. Dans ce même document, le pape appelle l'assemblée concilium générale. La plupart des prélats présents étaient français; il y eut aussi quehjues Italiens et Espagnols; mais l'Allemagne, la Lorraine et la Hongrie ne furent pas représentées.
Les actes complets du synode étant perdus, on doit se contenter de renseignements épars et des données des chroniqueurs. D'après Bernold, le concile de Clermont confirma les décisions de celui de Plaisance, et, d'après le Codex Cencii, toutes les décisions des conciles tenus sous le pape Urbain. Philippe, roi de France, fut excommunié à cause de son union coupable avec Bertrade, également frappée d'anathème "^. On assigna la tenue d'un nouveau concile à Tours pour la troisième semaine du prochain carême.
L-^-lj Les canons de Clermont nous sont arrivés presque tous incomplets et tronqués. On en trouve des fragments dans les œuvres de Guillaume de Malmesbury et d'Orderic Vital, ainsi que dans un ms. provenant de Lambert, évêque d'Arras, dont nous avons déjà parlé. Tout récemment Pflugk-Harttung ^ a publié, d'après un ms. de la Laurentienne, un résumé des déci-
scienl. Utl. (V Auvergne, ISS'i, t. xxvii, p. 257 (= Science, Questions diverses, histoire, iu-8, Paris, 1876, p. 137-161); Anal, juris pontificii, 1868, t. x, p. 540- 541 ; R. Crégut, Le concile de Clermont en 1095 et la première croisade, in-8, Clermont-Ferrand, 1895. (H. L.)
1. Sybel, Geschichte des ersten Kreuzzugs, 2*^ cdit., p. 184, compte quatorze archevêques, 250 évêques, 400 abbés.
2. Bernold, Chroniion, ad ami. 1095, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 464; Chronicon Andegavense, ad ann. 1095, dans Labbe, iYoca hihliotheca manuscriplorum, t. I, p. 281 ; Marchegay et Mabille, Chroniques des Eglises d'Anjou, in-8, Paris, 1869, p. 27. Excommuniés publiquement à plusieurs reprises, dans les conciles de Clermont 1095, de Tours 1096, de Poitiers 1101, le roi de France et l'épouse adultère se soucièrent peu de ranathèm.e. Deux évêques (ceux de Troyes et de Meaux) avaient consenti à les marier; ils en trouvèrent d'autres encore pour les couronner aux fêles solennelles et s'opposer ouvertement aux mesures prises par le Saiul-Siègc. Bertrade fui traitée en reine légitime même par le mari qu'elle avait abandonné. Elle vécut ainsi avec Philippe pendant douze années (1092- 1104). (II. L.)