‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 280 sur 505 · CONCILES DH PLAISANCE ET DF. CLEP.MONT 42l · texte numérisé non relu

CONCILES DH PLAISANCE ET DF. CLEP.MONT 42l

peuple maudit et impie, a envahi les terres des chrétiens, les a dévastées par le fer, le vol et le feu, en a massacré ou réduit en es- [-30] clavage les habitants, détruit les églises de Dieu ou les a appropriées à ses rites. Ils profanent et brisent les autels, circoncisent les chrétiens et versent le sang de cette circoncision sur les autels ou dans les piscines baptismales. Ceux qu'ils veulent faire mourir horriblement, ils leur percent le nombril, les attachent à des poteaux et les torturent jusqu'à ce que leurs entrailles se répandent. Que dirais-je du viol des femmes ? Impossible d'en parler. Ils se sont déjà emparés d'une partie de l'empire grec, si grande qu'il faudrait plus de deux mois pour la visiter. Qui vengera cette injure ? qui leur enlèvera ces conquêtes ? A vous incombe ce devoir, à vous que Dieu a élevés par-dessus tous les peuples par la bravoure, l'activité et la force contre l'ennemi. Vous devez, du reste, vous sentir excités et poussés par les actions de vos ancêtres, par la grandeur de Charlemagne, par celle de son fils Louis et d'autres rois qui ont ravagé l'empire des Turcs. Mais ce qui doit surtout vous émouvoir, c'est le tombeau sacré de Notre- Seigneur, ce sont ces saints lieux maintenant profanés et souillés par la présence de peuples impurs. Braves soldats, ô descendants de ceux qui ne furent jamais vaincus, vous ne voudrez pas dégénérer ; vous resterez dignes de vos aïeux... Tracez-vous un chemin jusqu'au saint sépulcre et arrachez la terre sainte à ce peuple abominable. Dieu lui-même a donné ce pays aux fils d'Israël ; Jérusalem est le centre de la terre, un second paradis. Par sa naissance, sa vie, ses souffrances, sa mort et sa sépulture, le Sauveur a sanctifié, glorifié et acquis à tout jamais cette ville, centre royal du monde, maintenant sous la domination étrangère, esclave des impies. Elle demande et supplie pour sa délivrance et c'est à vous en particulier qu'elle s'adresse ^. »

1. Le 27 novembre 1095, le concile terminé, Hagenmeyer, Chronologie de la première cloisade, Paris, 1902; Kosegarten, Der Tag von Clermont, Greijswalder Vniv. Progr., 1814, le pape prit la parole. Le texte intégral et officiel du discours n'existe plus ; la raison en pourrait être que le pape, afin d'être compris de la foule, aura dû s'exprimer en langue romane et les clercs, auteurs de chroniques, ont habillé à la mode latine, les paroles du pape. R. Crégut a réuni ce qu'en disent Robert le Moine, Raudry de Bourgueil, Guillaume de Tyr, Guillaume de Malmesbury, Foucher de Chartres, Guibert de Nogent, Pierre Tudebode ? et deux Anonymes, op. cit., p. 252-272, et de tout cela il a tiré une composition du genre larmoyant, qui est l'ouvrage de l'abbé Darras, op. cit., p. 127-131. A vrai dire, on n'est guère plus avancé après avoir lu The spcccli oj pope Urban II al

Le discours du pape, tel que le rapporte Baudry de Bourgueil ^, est semblable pour le fond, mais la forme diiïère beaucoup. Il est vrai que Baudry introduit de la sorte son récit lUrbanus generaliter in hœc <,>erha prorupit, et conclut ainsi : His wel hujuscemodi ah'is intimatis, indiquant qu'il ne donne qu'une rédaction approximative. De même, l'/Zisforia Hierosolymitana de Guibert de Nogent^, termine ainsi le discours du pape : His ergo, etsi non çerbis, tamen intentionihus iisus esf; d'autre part, ni Guillaume, archevê- [231] que de Tyr (1182), ni Guillaume de Malmesbury (1140), ne donnent davantage dans leurs textes, assez dilTérents l'un de l'autre, les paroles authentiques et historiques du pape ^,

L'émotion soulevée par la parole du pape fut telle qu'avant qu'il eût cessé de parler on criait : « Dieu le veut ! Dieu le veut ! ^)-> Levant les yeux au ciel, le pape fit signe qu'il voulait ajouter quelques mots. « Ces paroles : Dieu le veut ! Dieu le veut ! seront votre cri de ralliement dans les batailles. Du reste, je ne désire pas que les vieillards, les infirmes, les femmes, prennent part à l'expédition; celles-ci devront être accompagnées de leurs maris ou de leurs frères, sinon elles seraient plus nuisibles qu'utiles. De même, aucun clerc ne doit partir sans la permission de son évêque, et les laïques ne doivent pas commencer l'expédition sans la bénédiction d'un prêtre. Quiconque a l'intention de s'offrir à Dieu de cette manière doit porter sur sa poitrine le signe de la croix ^ »

Clermont 1093, dans American historical revlew, janv. 1906, p. 231 sq. (H. L. )

1. Baudry de Bourgueil, archevêque de Dol, f 1130, a eu pour principale source les Gesta Francorum, dans Histor. crois. Occid., t. iv. (H. L.)

2. Guibert de Nogent, f 1124, encore un tributairo des Gesta ; dans Histor. crois. Occid., t. iv, p. 115-263. (H. L.)

3. Guibert de Nogent rend témoignage de la iacilité d'élocvition d'Urbtin II : Ej'us enim scientiœ litlerali eloquenlise cooperabatur agilitas, non minus ei videhatur in latinae prosecutione locuiionis ubertas, quam forensi cuilihet potest esse in materno sermone pernicitas. Outre le recueil commode de R. Crégut, op. cil., p. 252-272, on peut recourir à Coleti, Concilia, t. xii, col. 835, 838; Hardouin, Conc. coll., t. VI, part. 2, col. 1721 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 821, 82't ; Watterich, Vitse rom. pontif., t. i, p. 599, moins complets. (H. L.)

4. Diexli volt, en langue d'oïl ; Do on Dio lo voit en langue d'oc. (H. L.)

5. A ceux qui prenaient la croix l'Eglise renaettait les pénitences qu'ils avaient à subir pour la rémission de levirs péchés, P. L., t. cxlii,co1. 717; Riant, dans Archives de l'Orient latin, t. i, p. 115. Voir le règlement de Pavie, 19 septembre en 1096. Hagenmeyer, ChronoL, p. 72; P. L., t. cli, col. 483. Le vœu une fois prononcé, était irrémissible, sa violation entraînait l'exconimunicalion. Ondéric

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