‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 281 sur 505 · CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMONT · texte numérisé non relu

CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMONT

Baudry de Bourgueil, témoin oculaire, rapporte qu'Adhémar de Monteil, évèque du Puy, homme d'une grande réputation, d'un noble caractère, d'un extérieur imposant, s'étant approché du pape, lui demanda à genoux sa bénédiction et la permission de faire partie de la sainte entreprise. Au rapport d'autres documents, beaucoup de nobles imitèrent cet exemple et attachèrent la croix (d'étoffe rouge) sur leurs vêtements ^. De son côté, le pape donna l'absolution apostolique à tous ceux qui se déclarèrent prêts à partir, après toutefois que le cardinal Grégoire (le futur Innocent II) eut récité, au nom de tous et à genoux, une confession publique des péchés. Le lendemain, le pape réunit de nouveau les évêques pour choisir avec eux le chef d'une si grande entreprise ; ils désignèrent, comme le plus apte, i'évêque du Puy ^, et le pape le nomma son légat pour '■ "■ -■ la croisade. Adhémar accepta cette mission ^, après bien des difficultés et fortifié par la bénédiction dvi pape et celle du concile. Urbain notifia solennellement à tous les fidèles la nomination de ce légat et fixa au 15 août de l'année suivante la date du départ ^. Baudry ajoute que, contre toute attente, on vit arriver le jour même à Clermont les ambassadeurs du comte Raimond de Toulouse, annonçant que leur maître s'était croisé avec plusieurs milliers de sujets. Entraînés par cet exemple, beaucoup d'indécis n'hésitèrent plus. Le concile fut dissous ; évêques et laïques regagnèrent leur pays, annonçant partout la parole de Dieu, et de jour en jour se recruta la troupe des

Vital, 1. X, c. II ; pendant l'absence des croisés, leurs biens étaient placés sous la protection de l'Eglise ; dans chaque diocèse révêque en prenait la tutelle et, à leur retour, les croisés en seraient remis en paisible possession. Mansi, Conc. ainpliss. coll., t. XVIII, col. 31. Cette législation créée en 1095 fut désormais de règle dans toutes les croisades. (H. L.)

1. Hist. crois. Occid., t. m, p. 321-727-730 ; t. iv, p. 12-16, 137-140. (H. L.)

2. Adhémar de Monteil, mort à Antioche, le 1 août 1098, Cf. i?ifch'ogr. duVelay, 1902, p. 640-650 ; Histoire litiér. de la France, 1747, t. viii, p. 468-472; Ch. Rocher, Note sur Adhémar de Monteil, dans Tabl. hist. de la Haute-Loire, 1871, p. 395-408; Semaine religieuse du Puy, 1882-1883, t. m, p. 48, 63-64, 79-80, 95-90, 127-128, 159-160,223-224, 271-272, 287-288, 303, 319, 335, 351, 382, 431, 447, 478, 543- 544, 575-576, 606-608. (H. L.)

3. Jafîé, Beg. pont, rom., t. i, p. 683, n. 5608. Constanlinople était marqué comme point de concentration générale. (H. L.)

4. Hagenmeyer, Chronologie, p. 10 ; Riant, Archii'cs de l'Orient latin, t. i, p. 220. (II. L.)

pèlerins pour Jérusalem. Guibert et Guillaume de Tyr rapportent que, dans l'intérêt de la croisade, le pape avait aussi prêché la trèfle de Dieu et déclaré inviolables pour trois ans les parents et les propriétés des croisés. Afin de s'assurer le secours de la Vierge Marie, le pape prescrivit à tous les fidèles (ou seulement aux clercs) de réciter tous les samedis ÏOfjlciufii heatse Virginis, que Pierre Damien avait déjà introduit chez les moines ^.

D'après Albert d'Aix-la-Chapelle et Guillaume de Tyr, ce serait moins le pape Urbain que Pierre l'Ermite qui aurait été à Clermont le promoteur de la première croisade -. Dès 1093, Pierre, originaire d'Amiens, avait fait un pèlerinage à Jérusalem, et avait vu de ses yeux la situation de cette ville. Siméon, patriarche de Jérusalem, l'avait chargé de dépeindre en son nom à l'Occident l'état de l'Église-mère de Jérusalem, et lui avait remis des lettres pour le pape et pour les princes d'Occident. Pierre avait eu, dans l'église du Saint-Sépulcre, une vision dans

1. Haidouin, Conc. coll., t. vi, part. 2, col. 1722 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. XX, col. 821.

2. Albertus Aquensis, Historia Hierosolymitana, 1. I, c. ii ; Guillaume de Tyr, Jlinloria transmarina, 1. I, c. xii, P. L., t. cci, col. 229 : Accidit quadam die, diiiii prsedictus Dei jamulus [Pelrus] pro redilu ad propria et pro adimplenda legatione assiunpta, amplius solito esset sollicilus, ad foiitein inisericordiarum tola devotione recurrens, ecclesiain Dominicse resurrectionis ingressus est. Uhi ciiin pernoctans orationibus vigiliisque fatigatus esset impendio labore viclus, in pcadmento decubuit, ut somno satisfaceret irruenti. Cumque sopor se infudisset altius, visus est ei Dominus noster Jésus Christus, quasi coram positus astitisse et eamdcin injunxisse legationem dicens : Surge, Pefre, propera ; et quœ tibi sunt injuiicla. intrepidus peragc : ego enim tecum ero. Tempus est enim, ut purgenlw sancla et servis meis subvenialur. Expergefactus Petrus et visione quant viderai, confortalus in Domino, factus ad obediendum proclivior et divinam admonitionem secutus moras rupit impiger, ad redeundum accinctus... Romam profectus dominum papam Urbanum circa partes illas repcrit, cui domini pairiarchœ et fidelium, qui Ilierosolijmis liabitabant, Uttcras porrigit; eorumque cxponit miserias et abominationes, qu:x in locis sanctis fiebant a gentibus immundis, et injunctam sibi lam fîdeliler, quant prudenter, exsequitur legationem. Tout cela est faux, cf. Sybel, Geschichte des ersten Kreuzzuges, 2^ cdil., p. 79, 196 sq. ; Hagenmeyer, Ekkehardi Hierosohjmita, p. 50 sq., 107 sq. ; Peter der Eremil, Leipzig, 1879, p. 62 sq., 70 sq., 80 sq. ; Beilage II, p. 314-330 ; Die Erzdhlungen iiber Peters erste Pilgerjahrt und Vision; Hagenmeyer, Chronologie, p. 4 ; Kugler, Geschichte der KreuzzUge, p. 19 sq. ; Rôhricht, Geschichte des ersten Kreuzzuges, p. 33; Anne Comnène, Alex., édit. Bonn, 1. X, t. ii, p. 29 ; L. Bréhier, op. cit., p. 58-GO ; Furcy Raynaud, Le vrai et le faux Pierre l'Ermite, Paris, 1883. (H. L.J

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