‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 283 sur 505 · CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMONT · texte numérisé non relu

CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMONT

trouvait trop absorbée par sa lutte contre les Maures pour songer à une expédition lointaine; le pape le comprit. L'Allemagne, paralysée par la lutte entre le pape et l'empereur, n'eut guère qu'une ^~ -l seule de ses provinces, la Lorraine, qui se rallia de tout cœur à ce mouvement ; les autres pays ne donnèrent que quelques recrues. Les Lorrains, nobles et roturiers, se groupèrent autour de leur duc, Godefroi de Bouillon, et de ses frères. Baudoin et Eustache ^. La France fut véritablement le pays originaire de la première croisade et donna l'immense majorité des combattants ^; il s'y forma cinq groupes : quatre au nord, sous Robert, duc de Normandie. Etienne, comte de Blois, le comte Hugues le Grand, frère du roi de France, et Robert, comte de Flandre. Le cinquième groupe, qui comprenait les troupes du sud de la France, était sous la conduite de Raimond, comte de Saint-Gilles et de Toulouse, célèbre par sa prudence et ses richesses, du duc de Provence et du légat du pape, Adhémar, évêque du Puy. Comme chef spirituel de l'entreprise, ce dernier suppléait un peu au défaut de tout pouvoir central, car lorsque les historiens ont prétendu que Godefroi de Bouillon était le chef de la croisade

et les conciles provinciaux qu'il présidait en personne, à Limoges (nov. 1095janv. 1096), à Angers (févr. 1096), à Tours (mars 1096), à Nîmes (juill. 1096), à Pavie (sept. 1096), enfin, à Rome, au palais de Latran (janv. 1097), le pape tenait en haleine le zèle des fidèles. Hagenmeyer, CAronoZ. , p. 14,18, 23, 53, 72; Riant, Arclti^'. de VOrient latin, t. i, p. 116. Les conditions du départ étaient réglées avec précision. Une lettre d'Urbain au comte de Flandre Robert II fixe au 15 août 1096 la mise en branle des croisés. Itinéraire, moyens de transport, tout est prévu et réglé à l'avance ; on assignait des voies différentes aux principaux corps d'armée pour éviter d'épuiser les pays par lesquels on passerait. Le pape prit soin d'intéresser à la croisade les républiques maritimes d'Italie. Dès le mois de juillet 1096, il envoie à Gênes des ambassadeurs chargés de demander des secours en faveur des croisés et des chrétiens de Syrie. Il écrit à l'empereur Alexis Comnène pour lui annoncer l'arrivée des corps d'armée et l'inviter à se pourvoir de vivres. (H. L.)

1. Le roi de France, Philippe pr, le roi dAngleterre, Guillaume le Roux, le roi de Germanie, Henri IV, étaient pour lors excommuniés, ce qui aide à comprendre le rôle prépondérant que prirent les trois Lorrains. (H. L.)

2. « Le pape, qui avait réussi à soulever les fidèles, apparaissait comme le véritable chef de la chrétienté et son seul défenseur contre les progrès de l'islam. Il n'est pas indifférent que la première croisade ait été prêchéc en France et par un pape français : la France devait être jusqu'à la fin du moyen âge la terre d'élection des croisades et c'est à cette circonstance qu'elle a dû le prestige dont elle a joui si longtemps en Orient. « !.•. Bréhier, op. cit.. p. 65. (H. L.)

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ils se sont laissé tromper ^ par la suite des événements. Les prédications et les préparatifs pour la grande expédition durèrent tout l'hiver 1095-1096, et se poursuivirent jusqu'au milieu de l'année 1096. Quelques enthousiastes, impatients des retards, dédaignant les secours humains, comptant sur une miraculeuse assistance de Dieu, se hâtèrent de prendre les devants. Deux de ces bandes, composées chacune de douze à quinze mille hommes, furent réunies par les prêtres Volkmar ^ et Gottschalk ^, dans la Franconie, la Souabe et la Lorraine, et se dirigèrent vers la Hongrie, l'une par la Bavière, l'autre par la Bohême et l'Autriche,

1. Sybcl, Cescliiclite des erslen Kreuzzu<;es, 2^ édit., Berlin, 1881 ; Pcyrc, Ilistnire de la première croisade, Paris, 1859 ; Rohiit-ht, Gescliichte des crsten Kreiizzuges, Innsbrui-k, 1901 ; Hogenmeycr, Epislohe et chartte ad historiam prirni belli sacri spectantes quse supersunt sevo xquales ac geminse. Die Kreuzzugsbriefe aus den Jahreii 1088-1100. Fine Quelleiisammlung zur Geschichte des erslen Kreuzzugs, Innslu-uck, 1901 ; Chronologie de la première croisade, Paris, 1902 ; Peter der Eremil, 1879 ; Kugler, Komnenen und Kreuzfahrer, dans Sybel's Histor. Zeitschrift, t. xiv, p. 295 sq. ; Peter der Eremil und Albert von Aachen, dans Histor. Zeitschrift, t. xliv, p. 22 sq. ; Kaiser Ale.Tius und Albert von Aachen, dans Forschungcn zur deulschen Geschichte, t. xxiii, p. 481 ; Albert von Aachen, Stuttgart, 1885 ; Analeklen zur Kritik Alberts von Aachen, ïùbingen, 1888; Kûhn, dans Neues Archiv, t. xii, p. 548 sq. ; Klein, Raimund von Aquilers Quellenstudien zur Geschichte des erslen Kreuzzugs, Berlin, 1892 ; Hahn, Ursachen und Folgen der Kreuzzûge, in-8, Greifswald, 1859 ; Nenmann, Die Weltstellung des byzantinischen Reiches vor den Krcuzzûgen, Leipzig, 1891 ; Heermann, Die Gejechtsfiihrung abendliindischer Heere im Orient in der Epoclie des erslen Kreuzzuges, Marburg, 1887 ; F. Chavanon, Essai sur le règne d'Alexis Comnène, in-8, Paris, 1900, p. 159-216 ; L. Bréhier, Les croisades, p. 70-82. (H. L.)

2. D'Orléans. Il commandait 12 000 hommes, arriva jusqu'à Prague, tuant les juifs sans merci. Il fut écrasé avec sa bande aux environs de Nitra, en Pannonie, Hagenmayer, Chronologie, p. 29, 29 ; Ekkehardi lïierosohjmita, édit. Hagcnmeyer, p. 54, 122-126, 131 sq., 332 ; Welf, op. cit., p. 92-96, 153-176 ; Rohricht, op. cit., p. 38, note 1 ; Annales Magdeburgenses, dans Mon. Germ. histor., Script., t. XVI, p. 179; Cosmas de Prague, Chronicon, dans Mon. Germ. histor., Script., t. IX, p. 103 ; Annal. Prag., dans Mon. Germ. hisl., Script., t. m, p. 120 ; j\nnal. Saxo, dans Mon. Germ. hisl.. Script., t. vi, p. 729 ; Aronius, Regeslen zur Geschichte der Juden im frdnk. und deulschen Reiche bis zum Jahre 1273, \). 93, n. 202; p. 95, n. 206. Volkmar (ou Follher) échappa presque seul, juin 1096. {H. L.)

o. Il commandait à 15 000 hommes, partis de Mayence; ils arrivèrent en Hongrie. Le roi Coloman en débarrassa son pays près de Saint-Martin : Exercilus Godescalci in campo Belegrave, secus oralorium S. Martini, cf. Albert d'Aix, i, 23 ; Ekkehard, op. cit., p. 125 ; Hagenmeyer, Chronologie, p. 29, n. 50 ; Rôhriciit, op. cit., p. 39 sq. (H. L.)

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