CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLEUMONT
marquant leur passage par une atroce cruauté contre les juifs. Kalmani ou Coloman, roi de Hongrie, n'hésita pas, quoique chrétien, à s'opposer, dans l'intérêt de son royaume, à ces bandes dévastatrices, et, devant leur obstination, les réduisit par les armes. Beaucoup périrent, d'autres s'enfuirent, le reste se dispersa. Une troisième bande, composée d'Allemands, de Français, d'Anglais et de Flamands, et commandée par le comte de Flandre Emicho ^ et par le Français Guillaume le Charpentier, dévasta d'une façon épouvantable les bords du Rhin et, de Cologne à Spire, traita odieusement les juifs malgré la résistance des évêques. Elle vint aussi se perdre dans la Hongrie. Pierre l'Ermite et le chevalier Gaultier de Passy groupèrent une quatrième et une cinquième troupe comprenant des milliers de traînards bruyants, mal armés, sans argent, sans cavalerie, sans cohésion. Ils se réunirent près du Rhin et célébrèrent à Cologne la fête de Pâques de 1096 ^. [235] Gaultier prit les devants avec les siens, arriva sans encombre en Hongrie, mais eut à essuyer de grandes pertes en Bulgarie, où il mourut ; ses compagnons, conduits par Gauthier Sans- Avoir, arrivèrent au Bosphore, où ils attendirent l'arrivée de Pierre l'Ermite. Celui-ci était parvenu à maintenir plus d'ordre parmi ses compagnons, et son armée parvint, sans trop de pertes, à Constantinople (30 juillet 1096) ^, où l'empereur Alexis lui fit
1. Emicho de Seinningen. Ekkehard, op. ciL, p. 126 : Emicho, duduin tyrannica conversatione , nimis infamis ; Annal. Frisingenses, dans Moniim. Germ. Iiist., Script., t. XX, p. 249. Pour les violences dont les juifs eurent à soufîrir de la part de ces bandits, voir Salomon bar Siméon, Relatio, dans Neubauer et Stern, Quellen zur Geschichte der Juden in Deutschland, 1892, t. ii; Neubauer et Stern, Hebraïsche Berichte iiber die Judenverfolgungen wàhrend der Kreuzzûge, Berlin, 1892 ; Pages, Les relations hébra'iques des persécutions des Juifs pendant la première croisade, dans Revue des études jjiives, t. xxv, p. 181 sq. ; t. xxvi, p. 183 sq., et Marlijrol., ibid., 1898, t. m ; Mannheimer, Die Judenverfolgungen in Speivr, Worms und Mainz, in-8, Darmstadt, 1877; F. Chalandon, Essai sur le règne d'Alexis /«' Comnène, 1900, p. 159, note 4. Les évêques de Worms et de Mayence , qui avaient pris les juifs sous leur protection, virent leurs évcchés emportés d'assaut et saccagés par la bande d'Emicho. Cf. Hagennieyer, Chronologie de la première croisade, Paris, 1902, p. 16, n. 25 sq.; Rôhricht, op. cit.,^. 42 sq. Renforcées à 30 000 hommes, ces bandes se portèrent jusqu'à Wieselburg ; là, prises de panique, elles se dissipèrent. Sur toutes ces bandes, leur itinéraire et leurs aventures, cf. F. Chalandon, op. cit., p. 167-172. (H. L. )