‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 286 sur 505 · L. Bréhier, op. cil., p. 70-73. (H. L · texte numérisé non relu

L. Bréhier, op. cil., p. 70-73. (H. L

GOl. CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMONT 431

Bohéniouil aspirait aussi à se créer en Orient une grande principauté, peut-être même à ceindre la couronne de Constantinople. Le pape bénit les croisés (Noël 1096 ^) et les recommanda à

l. D après Riant, dans .ircliù'es de l'Orient laliii, l. i, p. 124, cette lettre serait apocryphe. Sur la situation d'Alexis devant les croisés, cf. F. Chalandon, li^ssai snr le règne d'Alexif! /'-"■■ Coinncne, l'.tOO, p. 160-190, que je résume. Les désordres et les ravages qui furent l'œuvre des compagnons de Godelroi de Bouillon et de Raimond de Saint-Gilles firent que les Grecs regardèrent les croisés comme des envahisseurs plus civilisés, mais aussi plus dangereux que les Petchénègues ou les Polovtzes, dont Byzance avait eu pendant si longtemps à subir les attaques incessantes. Dès le début, les Latins et les Grecs se regardèrent avec défiance; non seulement ils se traitaient les uns les autres d'hérétiques, mais encore ils furent dès le premier contact des adversaires politiques. Nous pouvons, grâce à un témoignage précieux, connaître l'impression produite sur les habitants de l'empire par la venue de cette multitude d'hommes armés qui se répandirent tout à coup sur le territoire byzantin. Voici en quels termes en parle l'archevêque de Bulgarie Théophylacte ; la résidence de l'archevêque était à (^dhriche, mais il nous est impossible de savoir d'où a été écrite la lettre dans laquelle il donne ces détails ni de quelles bandes de croisés il parle. Cette lacune ne nous empêche pas toutefois de connaître en gros l'impression produite : « Le passage de l'invasion des Francs, je ne sais comment dire, nous a tellement saisis et occupés que nous n'avons plus conscience de nous-mêmes... J'étais comme un homme ivre ; enfin, maintenant que nous sommes habitués aux vexations des Francs, nous supportons plus facilement nos maux. » P. G., t. cxxvi, col. 324-325.

" Les premières nouvelles qui arrivèrent à Constantinople durent présenter les croisés sous un jour défavorable. Dès leur entrée sur les terres de l'empire, ils causèrent de graves désordres, et la mauvaise impression produite par ces nouvelles sur l'esprit des Grecs ne fut pas changée par la venue des soldats de Pierre l'Ermite. L'arrivée du gros de la croisade ne devait pas modifier la première opinion du basileus. Les difficultés de tout genre qui s'élevèrent entre Grecs et Latins, dès l'entrée de ces derniers sur les terres de l'empire, rendirent encore plus difficile un accord. Il y avait naturellement peu de sympathie entre les Grecs et les Latins, représentants de deux civilisations différentes. Jamais les Byzantins n'ont compris le grand mouvement qui. à la voix d'Urbain II, poussa l'Occident vers l'Orient, ils n'y ont vu qu'une entreprise politique analogue à celle de Guiscard. A en croire Anne Comnène, Bohéniond aurait songé à profiter de la croisade pour reprendre ses anciens projets sur Byzance, et c'est bien cela qu'Alexis a dû penser ; il était poursuivi par le souvenir du danger que Robert Guiscard avait fait courir à ses Etats, et tout, dans sa conduite, montre qu'il a craint un coup de main contre sa capitale. Le but et le caractère religieux de l'expédition lui ont échappé ; on ne saurait lui en faire un grief quand on songe à la conduite des >i champions de la foi dévastant les provinces du basileus et égorgeant les prêtres sous prétexte qu'ils étaient schismatiques. » Bikélas, La Grèce byzantine et moderne, in-12, Paris, 1882, p. 29. Les croisés d'ailleurs prirent soin de justifier l'opinion d'Alexis. « II y avait dans la croisade deux partis, celui des gens pieux

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l'empereur Alexis. Lorsque ce prince monta sur le trône, l'empire byzantin ne comprenait plus que la capitale et la jiéninsule de la Morée. Malfiré ses titres pompeux et ses prétentions

et celui des politiques, " a dit très justement Kugler, Albert von Aachcn und Alexis, dans Forscliinii:ri), t. xxiii, p. 486; mais si je vois avec lui dans T?oliémond le chef des politiques, je ne saurais regarder Clodefroi de Bouillon comme le chef du parti des gens pieux. Sybel a enlevé au duc l'auréole dont la légende avait entouré son nom ; c'est en vain que les historiens allemands, parce qu'ils le regardent comme un de leurs compatriotes, veulent lui prêter un rôle prépondérant qu'il n'a jamais eu. On ne saurait nier que le sentiment religieux ait joué un grand rôle dans la première croisade, mais ce sentiment se rencontre surtout dans le peuple, chez les pelitcs gens, chez les chefs du second ordre. Ces préoccupalions religieuses ont peut-être existé chez les principaux seigneurs, mais elles ont du passer dès que les dilïérentes bandes se sont trouvées réunies. Alors Bohémond comme Baudouin, le comte de Toulouse comme Godefroi de Bouillon, oublient le côté religieux de l'entreprise pour ne songer qu'à levu'S intérêts particuliers. Ils n'ont plus qu'une idée, celle de se tailler des principautés. A peine ont-ils triomphé des Turcs qu'ils ne pensent qu'à s'établir dans leurs conquêtes, c'est Baudouin à Édesse, Tancrède à Tarse, Bohémond et Saint- Gilles à Antioche. Les rivalités des chefs, leurs querelles font complètement oublier aux seigneurs, après la prise d'Antiochc, que le but de l'expédition est la délivrance du tombeau du Christ. Godefroi de Bouillon refuse de continuer la Tuarche sur Jérusalem, « méritant bien peu par cette conduite, a dit Hagenmcyer, les couronnes cju'on lui a tressées. « Peter der Ereinit, p. 247. Toutes ces luttes, toutes ces querelles entre les croisés faillirent compromettre la croisade, et si la marche sur Jérusalem fut reprise, c'est au peuple, las des tergiversations des chefs, cju'on le dut.

« Il fallait rappeler ici ces traits généreux qui caractérisent la croisade proprement dite, afin de placer, dès le début, l'histoire des négociations qui eurent lieu devant Constantinople, sur le terrain cju'elles ont occupé, c'est-à-dire sur le terrain politique, sans que le point de vue religieux ait eu grand chose à y faire. Alexis se rendit très bien compte de la situation et agit en conséquence. Sa conduite a été fort diversement appréciée. Sybel, op. cit., p. 259, eût voulu qu'Alexis, n'ayant pas de forces suffisantes pour aider les croisés, restât neutre. Pour Kugler, llisl. Zeits., t. xiv, p. 308, le basileiis était parfaitement en état de fournir avix croisés une assistance armée. Cette opinion me parait crror.ée et elle est en contradiction avec un passage fort curieux de l'Alexiade. Anne Comnène, au xiv^ livre de l'Alexiade, nous peint la situation militaire de l'empire au moment de l'arrivée de croisés. Les troupes byzantines, quoique nombreuses, étaient dispersées sur la frontière, et ne pouvaient sans danger être rappelées. Les unes étaient occupéees en Serbie et en Dalmatie à garder les défilés contre une invasion des Serlics depuis tant d'années en lutte perpétuelle avec Byzance. Les autres étaient préposées à la garde de la frontière du Danube, où une attaciue des Polovtzes, vaincus l'année précédente, était à redouter. Enfin une partie importante des troupes avait été envoyée à Durazzo. Alexis avait pu reprendre celte place aux Norniaiuls, il tenait à ne pas la peidre. Le soin ({u'il

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