CONCILES DE PLAISANCE ET DE CLERMONT
son orgueilleuse indolence et la désunion de son armée rendirent possible la victoire de ces pauvres troupes chrétiennes affamées contre des ennemis plus nombreux et pourvus de tout. Kerbuga se retira, la citadelle se rendit ^, et le patriarche fut réintégré. Le Grec Jean resta patriarche, mais, deux ans plus tard, il abdiqua et fut remplacé par un Latin nommé Bernard.
Pour jouir enfin de quelque repos et éviter les chaleurs de l'été, les croisés prolongèrent leur séjour à Antioche, malgré qu'ils y fussent décimés par la peste, qui enleva le légat Adhémar {i^^ août 1098). Tandis que Bohémond et Raymond se disputaient la possession d' Antioche, les croisés, fatigués de ces longs retards qui exaspéraient surtout les Provençaux, menaçaient les princes de les abandonner, de mettre le feu à Antioche et de marcher vers le Saint-Sépulcre avec un nouveau chef. Raymond, acculé par les siens, quitta Antioche (novembre 1098)"^ et marcha sur Jérusalem ^. Pour se dédommager de la perte d'Antioche, il voulut, chemin faisant, s'emparer d'une autre principauté, d'abord de Mara et ensuite de Tripoli; mais, malgré toutes ses peines et ses efforts (au siège de Mara. la faim fut si terrible que l'armée
bataille, s'imposait sans doute ; encore fallait-il y songer et l'appliquer. Après avoir pris le camp turc, les croisés mirent en déroute les Sarrasins ; la citadelle d'Antioche se rendit: la route de Jérusalem était ouverte. Cf. Gesla Francor., c. XXIX, p. 368 sq. ; Ordéric Vital, 1. III, dit que l'armée de Bohémond comptait 133 000 combattants, et les Gesta, p. 370, n. 3, à peine la huitième partie de ce chilïre, Albert d'Aix, 1. IV, c. lxviii. Les Sarrasins prirent la fuite en criant Evse ahalie, etAtiat. heu, heu, Raoul de Caen, c. lxxxviii, cf. c. xcii; les chrétiens criaient de leur côté :« Dieu le veut, Dieu le veut, tue, tue. » Il y aurait eu 60 000 Turcs tués d'après Epist., dans Invent., n. 107. Sur le combat, cf. Gesta Francor., c. XXXIX, 8, p. 378 sq. , n. 44 ; Rôhricht, op. cit., p. 147 sq. (H. L.)
1. Le commandant de la citadelle se rendit et se fit baptiser avec beaucoup de Sarrasins ( ! ). Gesta Francor., c. xxix, 10, p. 379 sq. (H. L.)
2. D'après Albert d'Aix, 1. V, c. IV, il mourut 100000 hommes en six semaines; pendant le seul mois d'août, 500 nobles et chevaliers, Gesta, édit. Hagenmeyer, p. 390, n. 39 ; Rôhricht, op. cit., p. 155, n. 1. Sur Adhémar de Monteil, Gesta Francor. ,c. xxx, 10, p. 390 sq. ; Albert d'Aix, 1. V, c.iv, cf. Gesto /lf//;<?«iari, dans Rec, 1. V, p. 354; il fut inhumé dans l'église Saint-Pierre et les chefs écrivirent au pape, le 11 septembre 1098, pour lui demander de venir en personne remplacer le légat disparu. Epist. princip., dans Foucherde Chartres, l.I, c. xxiii, cf. Inventaire critique des lettres historiques de la croisade, p. 181-183, n. 114 ; Rôhriclit, op. cit., p. 155 sq. (H. L.)
3. Raymond quitta Antioche le 23 nov. 1098. On prit Maarral-en-Numan, le 11 décembre, cf. Gesta Francor.. c. xxxiii, p. 401-410, ce qui amena un nouveau conflit entre Raymond et Bohémond. (U. L.)
dévora les corps des ennemis tombés sur le champ de bataille), il ne put atteindre son but ^. Bohémond et Tancrède lui firent une opposition ouverte et les autres princes, qui venaient de quitter Antioche, ne lui furent d'aucun secours. D'un autre côté, le cri de l'armée : « En avant ! à Jérusalem ! » devint si menaçant que Raymond dut abandonner le siège d'Irkah, près de Tripoli 2. Devant Arca, le prêtre Pierre Barthélémy souiïrit l'épreuve du feu pour prouver l'authenticité de la sainte lance, mais il mourut quelques jours après ^. L'armée des croisés, ayant réparé ses pertes immenses par de nouvelles troupes arrivées d'Allemagne, d'Angleterre, d'Italie, etc., se dirigea vers Jérusalem et Tyr, par Beyrouth, et y parvint sans autre contre-temps. Plusieurs, du reste, avaient déjà pris les devants, notamment Tancrède, qui s'empara de Bethléem. A la vue de la ville sainte, toute l'armée se jeta à genoux en versant des larmes de joie "*. Comme le sultan
1. 11 prit Maarrat, mais sans être plus avancé qu'auparavant. On suivit la route d'Anteradus (= Tortosa). Les Gesta Francor., c. xxxiv, le 6, nous disent : venerunl in vallem quamdam suhter quoddam castrum (d'après Hagenmeyer, p. 417, n. 27, c'est Hamah. Epiphania antiqua ad Orontem], ibique deprœdati siml plus quani quinque animalium miUia et salis frumenli atque altahona, ci. Rôhricht, op. cit., ^. 166. (H. L.)
2. L'émir de Tripoli, Abu Ali ibn-Ammar, fit sa paix avec les croisés. Gesta Francor., c. xxxiv, 10, p. 423 ; c. xxxv, 4, p. 436 ; Rôhricht, op. cit., p. 168. Le siège d'Irkah dura du 14 février au 13 mai. Gesta Francor., c. xxxiv, 11, p. 425, n.49; c. xxxv, p. 428-437 ; c. xxxvi, 1, p. 438 sq. (H. L.)
3. De ses brûlures. Raymond d'Agiles, dans Hist. crois. Occid., t. in, p. 283- 285 ; Hagenmeyer, ChronoL, p. 364. (H. L.)
4. Beyrouth, Tyr, Chefïa, Césarée, Ramlah, 2 juin 1099 ; Gesta Francor., c. XXXVI, 2-4, p. 339-444; C/i/onoZ., n. 372-383, donne l'itinéraire jusqu'à Ramlah; Rôhricht, op. cit., p. 180-182. Le 6 juin, on quitta Ramlah et, le lendemain, on arriva en vue de Jérusalem. Suivant Raymond d'Agiles, il y avait 12 000 chrétiens dont 1 200 à 1 300 cavaliers, puis des invalides, des femmes. A Ramlah il serait resté 60 000 hommes en état de marcher, Gesta Francor., p. 469, n. 25 ; Hagenmeyer croit qu'il ne restait guère plus de 12 000 combattants valides dans la ville. Guillaume de Tyr, c. VIII, p. 5, compte 40 000 Francs dont 20 000 fantassins, 1 500 cavaliers, et dans Jérusalem — pure conjecture — 40 000 Sarrasins. Rôhricht, op. cit., p. 138, n. 1. Pendant la nuit de l'étape de Ramlah, beaucoup prirent les devants ex ambitione ad occupanda castella et villas. Erat enim consuetudo inter nos, c'est Raymond d'Agiles que nous citons, ut si aliquis ad castellum vel villani prior venisset et posuisset signum cum custodia, a nullo alio postea contingebatur. La proximité de la ville sainte ne troublait donc pas trop le sens des affaires parmi les croisés; cf. Gesta Francor., c. xxxvii, p. 448, n. 1 ; c. xxxiv, p. 423, n. 45 ; Rôhricht, op. cit., p. 83 ; d'après Raoul de Caen, c. cxi, Tancrède aurait été seul à aller faire ainsi son choix. Les croisés aperçurent la