GU2. AUTRES CONCILES SOLS LJIBAI.N II
De ce monastère sortit un ordre particulier. Le 13 décembre de cette même année, Bernard, archevêque de Tolède, tint un synode à Girone en Espagne, pour affermir la liberté de l'Église ^. En avril 1098, Anselme l\, archevêque de Milan, y tint un concile ; des évêques étrangers, notamment des français, y assistèrent -. Les deux premières sessions se tinrent dans la cathédrale, la troisième en plein air, à cause de la foule. Depuis un an environ (printemps de 1097), Henri IV était revenu en Allemagne; néanmoins, ses amis avaient encore le dessus dans la plupart des villes de la Lombardie, et son parti s'affermissait de plus en plus en Allemagne 3. Dans la province de Milan en particulier, presque tous les sièges épiscopaux étaient occupés par des intrus, et c'est d'eux surtout que s'occupa le concile. En conséquence, Armanus fut ordonné évêque de Brescia, à la place de Baldrich, intronisé par Henri. Le synode termina également le [0-,J conflit entre les moines et les chanoines de Saint-Ambroise, et donna raison à ces derniers *.
Sur ces entrefaites, les rapports entre Anselme de Cantorbéry et Guillaume le Roux, roi d'Angleterrre, étaient devenus si difficiles qu'Anselme se décida à venir chercher conseil auprès du pape et, nonobstant menaces et vexations, partit pour Rome (automne de 1097), pendant que le roi plaçait sous séquestre les biens de l'église de Cantorbéry. Si le voyage d'Anselme à travers la France fut une marche triomphale, il n'en devint que plus périlleux lorsqu'il fallut traverser la Haute-Italie, infestée par les partisans de l'empereur Henri IV, qui n'eussent pas mieux demandé que d'arrêter l'illustre ami du pape. Aussi l'archevêque voyagea-t-il incognito, à la façon d'un pauvre moine, avec ses deux compagnons de route, les moines Baudoin et Eadmer (celui-ci biographe et premier successeur d'Anselme) ; ce fut en cet équipage qu'il atteignit Rome (Pâques 1098), où le pape lui fit le meilleur
1. Labbe, Concilia, t. x, col. 614 ; Aguirre, Concil. Hispan., t. m, p. 307 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 2, col. 1755 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 949 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 353 ; Florez, Espana sagrada, t. xlui, p. 239-241. (H. L.)
2. Mansi, Concilia, Supplem., t. ii, append. 55 ; Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 958. (H. L.)
3. Mcyer von Khonau, Jalirbûclier des deutschen Beiclies unter Ileinricli I\^ undlleinrich V, t. iv, p. 477, 478. (H. L.)
4. Giulini, Memorie di Milano, t. iv, p. 539 sq. ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. XX, col. 9.57. (H. L.)
accueil et l'hébergea au Latran. Quelques jours après, Urbain II lui donna une audience solennelle, loua dans un discours les services rendus à la religion et à la science, lui défendit de résigner son siège et écrivit en sa faveur, au roi anglais, une lettre énergique. En attendant la réponse, Anselme alla visiter son ancien maître Jean, abbé de San-Salvator, près de Télési (au jiord de Naples), et séjourna assez longtemps dans une propriété de ce monastère appelée Sclavia ; c'est là qu'Anselme écrivit son ouvrage Cur Deus Jiomo. A cette époque, les princes normands assiégeaient Capoue, qui cherchait à se rendre indépendante ; Roger, duc de Fouille, pris du désir de voir Anselme, l'envoya chercher en grande pompe. Dans le camp devant Capoue, Anselme se retrouva avec le pape, venu pour essayer de rétablir l'entente entre les Normands et Capoue; n'ayant pu réussir, le pape se rendit à Aversa, où Anselme demanda de nouveau à résigner son siège • mais Urbain le renvoya au concile de Bari (l^r octobre), dans lequel on répondrait à sa demande. Sur ces entrefaites, Capoue fut prise et le comte Roger se rendit à Salerne après avoir conclu la paix; le pape l'y rejoignit afin de l'entretenir avant son retour en Sicile. A Salerne, Urbain II conféra, le 5 juillet 1098, au comte Roger et [253] à ses fils ce célèbre privilège sur lequel la Monarchia Sicula et les rois de Sicile échafaudent leurs prétendus titres à exercer des droits ecclésiastiques, à peu près comme les czars de Russie ^. De Salerne, le pape traversa Bénévent et se rendit à Bari
1. Eadmor, \'ila Anselmi; Eadmer, llistoria iwvorum, 1. II, p. 53 ; Monum. Germ. hislor., Scr'ipl., t. xiii, p. 142 ; Maiisi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 9'i7; Jafîé, Regest. pont, rom., t. i, p. 694. Le pape était à Salerne, le 5 juillet 1098, il demandait à Ro^er cpie nullum in terra poteslatis eorum prœter vohmiatem et consilium eorurn Icgalum Romanai ecclesicP, staliirum esse, Jafl'é, Regesta, n. 5706; Ci". Geolïroy Malaterra, Ilistoria Sicula, 1. IV, c. xxix, dans Miiratori, Script, rer. italic, t. V, p. GOl ; Papa... cogno-fcens... ipsuni coniitem (Roberturn) in omnibus negoliis ecclesiasticis exequendis zelo (h\'ini anlnris exjerbescere... legationem h. Pétri ■^^^lpcr comitem per lofam Siciliam habendum hœredialiter ponit: Sentis, Monarclùa Sicula, in-8, Friburcfi, 1869 ; E. Caspar, Die Criuidungsui-kunden der sicili-sclicn Bistûmcr und die KirclienpoUtik Rogers I, 1082-1098, in-8, Berlin, 1902 ; Nachrichten der Kiinigl. Ges. des Wissenschajten zu GiJttingen, phil.-hist. Klasse, 1899, p. 310 sq. ; Privilegiuin de liberlate Messanensis eccles., 9 juin 1098, cf. Moyer von Khonau, Jahrbûcher des deutschcn Reichcs unter Heinrich IV und Heinrich V, t. v, p. 4."!, note 31 ; R. von Schcrcr, Handbiich des Kirchenrechts, t. I, p. 534 ; F. Chalandon, Histoire de la domination normande dans l'Italie méridionale et en Sicile, in-8, Paris, 1907. t. i, ].. 303-307. (H. L.)