G8. DÉBUTS DE GRÉGOIRE \1I
de vassalité, le 14 septembre 1073, au prince Richard qui était Normand ^. Richard promit fidélité au pape; de jdus il s'engageait à ne prendre part à aucune combinaison contre lui, à ne pas trahir les secrets qu'il lui confierait, à le protéger, lui et l'Eglise romaine, à défendre les droits de Saint-Pierre, son patrimoine et les principautés pontificales, à payer régulièrement l'impôt de vassal, à jurer fidélité au roi Henri, à la demande du pape, et, si celui-ci mourait, à travailler à ce que les meilleurs (a melioribiis) d'entre les cardinaux, les clercs et les laïques de Rome, lui choisissent un successeur ^. Grégoire conclut à cette époque une alliance avec le prince Gisolfe de Salerne ; tandis que Robert Guiscard, plein de haine contre son compatriote [18] Richard, envahit le territoire de Capoue et le dévasta ^. On
1. Jafïé-Lœwcnield, op. cil., u. 4802 ; Registrwn, 1. I, ii. 21 ; Monum. Gregor., p. 30, 37 ; 0. Delarc, t. m, p. 27-28.
Le serment est identique à celui prêté à Alexandre 11 sauf une légère addition à signaler : Richard s'engage à prêter serment de fidélité à Henri IV, quand il en aura été requis par le pape. Cette clause montre qu'à ce moment Grégoire cherche résolument à isoler l'Allemagne de tout appoint en Italie. (II. L.)
2. Aimé, L'Ysioire, p. 199 sq. ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 78 ; Hardouin, Coll. conc, t. vi, col. 1213.
3. « Il ressort des lettres du pape, Registnim, I, 25, Momiiit. Gregor., p. 42, que Guiscard avait tenté de décider Richard à se joindre à lui; cette union des forces normandes eût été dangereuse pour la papauté ; ce fut donc un succès pour la diplomatie pontificale que d'avoir attiré dans son parti le prince de Capoue. Evidemment Grégoire VII n'obtint pas l'adhésion de Richard sans lui promettre quelques avantages; or, comme par le fait même de son alliance, Richard s'interdisait toute acquisition aux dépens de l'état pontifical, il est naturel de penser que les possessions de Guiscard durent faire les trais de l'accord. Si l'alliance de Richard était beaucoup pour Grégoire VII, on ne saurait dire que celle du pape fut aussi profitable au prince de Capone, qui s'interdisait de poursuivre des conquêtes faciles et n'obtenait que la permission de faire des conquêtes territoriales très problématiques aux dépens d'un ennemi beaucoup plus puissant ([HO lui. Les espérances que le pape dut faire concevoir au prince de Capoue ne j)nuvaii'nt être réalisées qu'avec l'appui armé du puntifc; or les événements des douze dernières années auraient dû suUire pour apprendre à Richard, combien il y avait peu de fonds à faire sur un secours de ce genre, toujours difficile à obtenir et toujours passager. Dans ces circonstances, Richard ne montra pas la finesse politique de Guiscard; il ne vit pas que son intérêt était dans l'alliance avec le duc de Fouille, alliar.ro qui leur eût permis à tous doux de s'étendre aux dépens du territoire pontifical. Dès que Guiscard connut le traité entre Grégoire et le prince de Capoue, il commenra aussitôt les hostilités. " V. Chavanon, op. cil., t. 1, p. 230-231 ; Aimé, op. rit., 1. VHl. n. 10 s.]. (II. L.)
a préicndu. à lorl. que dès celle époque Grégoire Vil avait cherché à s'allacher les Normands pour s'en faire un instrument contre les Allemands. La vérité est que Grégoire était mal disposé pour les Normands, et cherchait à arrêter l'accroissement de leur puissance, car il disait lui-même dans une lettre à Hcrlembald : « Les Normands veulent, au grand péril do l'I^'^glise, s'unir enlrc eux, mais leurs divisions durcnl eiuore, (!l ils ne pourront sans moi ])ar\'(Mur à laue la paix enire eux. Si j'a\ais jugé (|ue leur soumission pùl èlre ulile à l'Eglise, ils l'auraient déjà faite très humblement ^. »
Cette lettre prouve aussi <|uc, pcudaiil son séjoui' dans la liasse- Italie, Grégoire VII n'avait pas perdu de vue la réforme ecclésiastique des autres contrées. Dès avant son dé])ai I de Rome, le 24 juin, nous l'avons vu exhorter '^ la marquise Béatrix et sa liile à s'abstenir de tout rapport avec les évêques lombards excommuniés ; le 28 juin, il écrix il dans le même sens à Guillaume évêque de Pavie ^, l'engageant à résister à (lOltfried, archevêque intrus de Milan, et à ses pailisans ; enfin, le l^^* juillet, il notifia par une circulaire à tous les fidèles de la Lombardie la sentence d'excommunication portée contre Gottfried "*. De Capoue, (27 septembre) le pape exhorta le chevalier Herlembald à continuer courageusement la lutte, espérant (jue le roi Henri IV, ou bien la marquise et sa fille, viendraient enfin au secours de l'Eglise de Milan ^. Le 9 octobre, une seconde lettre à Herlembald l'engageait à bien accueillir ceux qui quitteraient, avec un véritable regret, le parti de Gottfried, et à ne pas craindre les évêques ennemis, parce que Béatrix, Mathilde et quelques grands de l'empire, travaillaient à rétablir l'accord entre Henri et le pape, en particulier concernant l'Eglise de
1. Mansi, op. cil., t. xx, col. 81; Hardouiii, op. cit., t. vr, part. 1, col. 1216; Papcncordt, op. cit., p. 20!); Gfnircr, op. cit., t. vn, p. .3G4 sq. Ce dernier prétend, par excnmle, (pic l^obert (uiiscard avait, dès celle cpocfuc, conçu le plan d'envahir les l'Hais de l'I^glise. ]'^n fait l'incursion sur le territoire! de ]5énévent et de Capoue peul être considérée conunciUH! vérilable invasion dn iiatrinioinc de Saint-Pierre. Registruni, 1. 1, n. 20 ; Jalïé, Monu.iu. (jre<j,uiiiiiia, p. 'i2 ; O. Delarc, op. cit., t. m, p. 42 (H. L.)
2. Hegislrum, 1. I, ii. 11 ; .Jalîé, Moman. tirci^oriana, p. 21, 22. (H. L.) o. Registruni, I. I, n. 12 ; JaU'é, Moniiin. Grcgoriana, p. 23, 24. (H. L.)
4. Registruni, I. I, n. 15 ; Jaffé, Moiiiini. Gregoriana, p. 2(1, 27. (M. L.)
5. Registruni, 1. 1, n. 25 ; Jafîé, Monum. Grcgoyinnti. \^. 'i2. (II. L.)