CONCILES DEPUIS l'ÉLECTION DE PASCAL II
Ainsi, la révolte du jeune prince devint pour ainsi dire légale, et les princes et seigneurs de la Norique, de l'AUemanie et de la Franconie se joignirent de plus en plus nombreux à lui. Mais du centre et du nord de l'Allemagne arrivèrent des invitations, à la suite desquelles (printemps de 1105) il gagna la Thuringe et la Saxe, où il fut bien accueilli. Il célébra les fêtes de Pâques à Quedlinbourg, visita Hildesheim, et vit bientôt tous les seigneurs et toutes les villes de la Saxe passer de son côté. Le premier prélat de l'Allemagne, Ruthard, archevêque de Mayence, chassé depuis plusieurs années par Henri IV, se déclara pour lui ; puis, à la demande du pape, Gebhard de Constance et Ruthard de Mayence rétablirent tous les Saxons dans la communion ecclésiastique. Sur la proposition de ces deux évoques, on décida, dans l'assemblée de Goslar, de tenir à la Pentecôte vin concile à Nordhausen en Thuringe^; on voulait travailler à la réforme de l'Eglise, remettre en vigueur les prescriptions des Pères, déposer les évêques intrus et simoniaques, réordonner ceux qui avaient reçu de ces évêques les saints ordres, enfin, expulser du service de l'autel les prêtres mariés. A ce concile, dit Ekkehard, assistèrent un grand nombre d'évêques et de moines, tous« assoiffés d'unité ecclésiastique ». On lut les décrets des Pères et l'on s'occupa immédiatement d'extirper divers abus ; les plus graves furent soumis au jugement du pape. L'hérésie des nicolaïtes et des simoniaques fut abjurée par toute l'assemblée ; on accepta le terme institué par Rome pour régler le jeûne; la trêve de Dieu fut confirmée, et les clercs ordonnés par de faux
Scripl., t. III, p. 107, donne un récit copieux et exact de cette révolte ; aussi G. Buchholz intitule cette partie des Annales, Libellas de rehellione Henrici V, cf. Die Wûrzburger Chronik, Leipzig, 1879, p. 70 : Apostolicus, ut audivil iiiler patrem et filium dissidiuin, sperans hsec a Deo evenisse, mandavit ei apostolicam benedictionem per Gebhardiim Constant, episcopum ; cf. Meyer A'on Khonau, Jahrbûclier, t. v, p. 353 sq.; Vitn Heinrici V, dans Mon.Germ. hist., Script., t. xii, p. 277 sq. ; Ekkehard, Chron. univ. (recens. C), dans Mon. Germ. hist., Script., t. VI, p. 226 sq.; Annales Augustani,dans Mon. Germ. hist., Script., t. m, p. 136; Chronic. S. Iluberli Andeg., c. xcvii, dans Mon.Germ. hist., Script., t. viii, p. 629; Chron. Laiiresch., dans Mon. Germ. hist., Script., t. xxi, p. ^i30;Annales Leodienses, ad ann. 1105; Hévimann, Hist. restaurationis abbatise Tornacensis, c. lxxxiii, dans Mon. Germ. hist.. Script., t. xiv, p. 661 ; Codea; Udalrici,n. 120, dans Jalïé, Bibl. rer. germ., t. v, p. 231 ; Meyer von Khonau, op. ct7., t. v, p. 195 sq., 356 sq. (H. L.) 1. Meyer von Khonau, Jahrbiicher des deutschen Reiches unter Heinrich IV und Ileinrich V, t. v, p. 224 sq. (H. L.>
évêques promirent de solliciter leur réconciliation aux prochains quatre-temps de septembre en se faisant de nouveau imposer les mains ^. Le jeune roi montra en cette circonstance la plus [280] grande humilité. Il ne parut que sur invitation et se présenta avec un extérieur modeste et sans demander une place à part. II renouvela et confirma à chacun ses droits, et, avec une prudence au-dessus de son âge, repoussa toutes les avances insidieuses. Il prit à témoin Dieu et la cour céleste, qu'il ne s'emparait pas du pouvoir par esprit d'ambition et afin de chasser de l'empire romain son seigneur et père ; il déplorait plutôt la désobéissance et l'obstination d'Henri IV à l'égard de l'Eglise, et était prêt à se soumettre à lui, si celui-ci voulait de son côté se soumettre à saint Pierre. Tous les assistants approuvèrent ces sentiments et prièrent à haute voix pour la conversion du père et le bonheur du fils ; on chanta le Kyrie eleison. En même temps, les évêques Uto d'Hildesheim, Henri de Paderborn et Frédéric d'Halberstadt promirent, aux pieds de leur métropolitain, Ruthard de Mayence, obéissance éternelle au Siège apostolique 2.
Le chroniqueur Ekkehard, auquel nous avons emprunté presque textuellement ce qui précède, n'a pas donné la date exacte de ce concile. Il dit d'abord qu'il s'est tenu iv kal. junii, c'està-dire le 29 mai ; puis il ajoute qu'à l'issue du synode, le jeune roi célébra à Mersebourg les fêtes de la Pentecôte. Mais cette année, la Pentecôte tombait le 28 mai ; le concile a dû par conséquent se tenir avant le 28 mai, comme le disent les annales d'Hildesheim^.
1. Watterich, op. cit., t. ii, p. 97; cf. Binterim, Deutsche Concilien, t. m, p. 462. A Quediinbourg, en 1085, les ordinations avaient été déclarées penitus irriliV. Dans ce nouveau concile, au contraire, on les tint pour valides.
2. Monum. Germ. hisf., Script., t. m, p. tOS ; t. vi, p. 227 ; Watterich, Vitiv pontif. rot»., t. ii, p. 28.
3. Monum. Germ. hist., t. m, p. 108; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 1189, place parmi les documents de ce concile une lettre de Ruthard, archevêque de Mayence, engageant les clercs d'Halberstadt à suivre son exemple et à embrasser le parti de l'Église. Ils devaient également envoyer pour le l'^'' décembre des députés à l'assemblée qui devait se tenir dans la villa de l'archevêque. Binterim, Deutsche Concilien, t. m, p. 46, croit que c'était une invitation pour le synode de Nordhausen. IVIais la date du l*""" décemlire ne cadre pas avec cette supposition. Il n'est pas question non plus, dans ce document, de la levée de boucliers du jeune roi. Aussi serions-nous porté à croire que cette lettre remonte à une date antérieure et probablement peu ap^cs 1098, c'est-à-dire peu après