CONCORDAT DE SUTRI
tiques, mais seulement les regalia. Le pape répondit « qu'il aimai mieux moiirir que d'accorder l'investiture laïque ; » plus tard cependant, obsédé par tant et de si pressantes prières, affligé par les douleurs des Romains et par les plaintes des prisonniers dont la liberté, sinon la vie, dépendaient de sa condescendance, ému enfin par ce ((u'on lui disait de la dévastation des églises et la perspective du schisme inévitable, il ne crut pas devoir résister plus longtemps. Aussi, après une captivité de deux mois, n'attendant plus aucun secours du côté des hommes, — même la pieuse princesse Mathilde ne pouvait plus rien L -1 pour lui, — prononça-t-il ces mémorables paroles : Cogor pro Ecclesiss Uberatione ^. Afin de sauver l'Eglise, il voulait bien accorder ce qu'il n'eût jamais accordé pour saviver sa propre vie. Il promit donc de déclarer, par un édit rendu en faveur du roi et de l'empire, « que le roi pouvait donner l'investiture aux évêques et aux abbés élus sans simonie et librement, toutefois avec son assentiment. Ils ne devaient être sacrés qu'après avoir reçu l'investiture ; aussi n'était-il plus défendu aux archevêques et évêques de sacrer ceux qui avaient reçu l'investiture du roi. » Henri V avait donc extorqué au pape deux privilèges inappréciables : il pouvait donner l'investiture aux prélats, et personne ne pouvait devenir évêque ou abbé sans son consentement. La prétendue liberté des élections, promise par Henri V, se trouvait gravement compromise, et ce principe, que le pouvoir ecclésiastique, symbolisé par l'anneau et la crosse, est indépendant du pouvoir civil, se trouvait obscurci et méconnu. Après s'être mis d'accord, pour le malheur de l'Église, sur la question fondamentale, il ne s'agissait plus que do tirer les conséquences, puis de rédiger et signer l'acte. Le pape le soumit à la signature des évêques et cardinaux prisonniers : ceux-ci y gagneraient la liberté et, lui-même, une garantie contre leur opposition possible dans l'avenir. Cette demande du pape fut, paraît-il, agréée; mais, en revanche, les ambassadeurs allemands, en particulier Albert, comte de Biandrate '^, protestèrent
1. Annales romani, dans Monnrn. Germ. hist., Script., t. v, p. 475. }'ictus tandem miseriis filiorum, laborans gravibus suspiriis alque gemitibiis et in lacrima.s lotus effusiis: Cogor, ait, pro Ecclesiee Uberatione hoc pati,hoc permittere, quod pro vita mea nullatenus consentirem. Pierre Diacre, Chron. Cassin., 1. IV, c. xl, dans Mon. Germ. hist.. Script., t. viii, p. 781 sq. (H. L.)
2. F>inndT'ate (= BInnrIernInm], district et province de Novare ; cf. F. de
contre le formulaire proposé pour le serment du pape, parce qu'on y avait inséié les conditions auxquelles il accordait au roi l'investiture etpromelfait de le couronner (liberté des élections épiscopales, etc.). Il fallut rayer ces conditions. Les Allemands eurent encore une fois le dessus, et le pape déclara : «■ Si les conditions ne peuvent .être insérées dans le texte, je les dirai de vive voix. » Se tournant donc vers le roi, il dit : « Je prête ce serment })our (c'est-à-dire à la condition) que vous accomplissiez vousmême ce que vous avez promis. » Henri ayant approuvé cette déclaration, et assurant par là même qu'il remplirait ces conditions, on finit par s'entendre sur la formule des serments du pape cl du roi. Le pape ne devait parler des investitures que d'une manière générale; plus tard, il préciserait dans le document officiel du privilège.
Ce double serment fut prêté près du Ponte Mammolo ^, qui séparait les Romains des Allemands. Le pape prononça la formule suivante : « Le seigneur pape Pascal ne molestera en [310] rien le seigneur roi Henri et son royaume, ni au sujet des désagréments qu'il a éprouvés (captivité, etc.), ni au sujet des investitures. Une punira personne pour ce qui s'est passé et n'excommuniera jamais le roi. Il ne refusera pas non plus de le couronner en la forme accoutumée. 11 le soutiendra, etc., sincèrement ; que Dieu en retour lui vienne en aide!» Ce serment fut signé par le pape, deux cardinaux-évêques, onze cardinaux-prêtres et trois cardinaux-diacres.
Le roi jura ensuite : « Moi, roi Henri, je rendrai et je ferai conduire en toute sûreté dans la ville, mercredi ou jeudi prochain (12 ou 13 avril), le seigneur pape, les évêques et les cardinaux, et en général tous ceux qui ont été faits prisonniers à cause de lui, je rendrai également la liberté aux otages et les laisserai rentrer librement dans la ville. Je ne les ferai plus et ne les laisserai pas faire prisonniers par d'autres ; j'assurerai paix et
Gingins-la-Sarraz, Notice sur les comtes de Biandrale, dans Mém. doc. soc. hisl. Suisse romande, 1865, t. xx, p. 419-474. (H. L.)
1 . In agro juxta pontem Mammeum, m idus aprilis, tertia feria post octavas paschic; cf. Confessio Paschalis II, mcdum scriplum, qiiod in tentoriis jaclum est, dans ^lonum.Germ.hisl., Script., t. vi, p. 250; ceci s'applique à ce que nous allons voir quelques lignes plus loin. Relatio papœ, n. 99, dans Bernheim, t. ii, n. 15, p. 32 sq. ; Relatio cœsarea, n. 101, p. 151 sq.; cf. Bernheim, n. 16, p. 36 sq. ; Meyer von Khonau, Jahrbûcher, t. vi, p. 168 sq. (H. L.)