SECOND VOYAGE d'hENRI V A ROME
Henri V s'étant rapproché de Rome avec son armée, le pape prit la fuite et gagna Bénévent. La prétendue entente cordiale que l'on disait exister entre eux n'était donc pas à l'abri des nuages : aussi faut-il compléter et corriger ce que dit l'empereur, dans ses lettres à l'évéque de Ratisbonne, par ce qui est rapporté dans la Chronique d'Ekkehard. On y lit (jue : « Le pape se déclara demeuré personnellement fidèle à sa promesse de ne jamais anathématîscr l'empereur, quoique ce serment lui eût été extorqué. Mais les prélats les plus distingués ayant prononcé l'anathème, il ne pouvait casser cette sentence sans avoir entendu ceux qui l'avaient portée. Les deux partis devaient par conséquent recourir à un concile. Le pape recevait tous les jours de l'Allemagne, et en particulier de l'archevêque de Mayence, des lettres qui le poussaient vers cette solution^ .» Mais l'empereur savait trop bien ce qu'il pouvait attendre d'un pareil concile, pour accepter la proposition. Son intérêt était au contraire d'en empêcher la réunion et d'utiliser les difficultés renaissantes entre le pape et les Romains. Après avoir gagné un grand nombre de ces derniers par argent et par promesses, Henri vint brusquement à Rome, sous le prétexte de terminer la querelle entre Pascal et les Romains, et fut reçu avec les vivats soldés d'avance, tandis que, de Bénévent, le pape appelait les Normands -à son secours^. Dès le lendemain de son arrivée à Rome, trois cardinaux vinrent trouver l'empereur au nom de leurs collègues et lui offrirent de faire avec lui une paix complète et définitive, s'il voulait renoncer à l'investiture par l'anneau et la crosse. Il répondit que c'était un ancien droit de la couronne auquel il ne pouvait renoncer, et célébra avec grande pompe la fête de Pâques (1117). La coutume voulait que, si l'empereur se trouvait à Rome, aux jours de fêtes solennelles, il se fît placer la couronne sur la tête dans une église et se rendît en procession dans une autre. 11 voulait suivre cet usage; mais aucun cardinal ne consentit à se prêter à la cérémonie, quoiqu'Henri leur eût tenu un très habile discours. Aussi [339] fut-il réduit à se faire couronner dans l'église de Saint-Pierre par Maurice Burdin, archevêque de Braga. A cause de ses diiïi-
1. Mon. (Jerin. liist., Script., t. vi, p. 253 ; Watterich, op. cil., \. ii, p. 8G.
2. F. Chalandon, Ilisl. de la doniin. nonn., 1. 1, p. 320. Les troupes normandes furent d'ailleurs battues et le pape ne put rentrer à Rome qu'en janvier 11 12. (H. L.)
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cultes avec le primai de Tolède, Maurice était venu à Rome en 1115 et avait su gagner la confiance du pape, qui l'avait envoyé à l'empereur en qualité de légat. Ce fut cet homme, intelligent et adroit, mais très ambitieux, (jui se laissa entraîner par Henri à représenter le pape |)()iii' la cérémonie du couronnement. L'empereur utilisa encore le temps de son séjour à Rome pour s'attacher plus élroitement les grandes familles ; il confirma le jeune préfet de la ville dans sa charge et donna en mariage au comte Ptolcmée sa lille naturelle Bertha. En même temps, il renoua avec le pape des négociations qui n'aboutirent pas ; au contraire, dans un concile tenu à Bénévent (avril 1117), Pascal excommunia Mavirice Burdin ^. Dans cet état de choses, Henri crut prudent de quitter Rome, à l'approche des grandes chaleurs, en promettant un ])rompt retour ^.
Le pape ne put déterminer les Normands à prendre les armes en sa faveur; le prince Robert de Capoue fut seul à mettre trois cents hommes à la disposition du souverain pontife pour châtier le comte Ptolémée ^ qui devenait un danger sérieux. Le comte appela, de son côté, à son secours une partie de l'armée impériale, et le petit corps normand fut battu et dispersé *. Néanmoins, le pape parvint plus tard à regagner à sa cause plusieurs villes de la côte ; son parti à Rome fit de notables progrès; le 15 janvier, il entra dans la cité Léonine et commença le siège de l'église Saint-Pierre, occupée par le préfet de la ville. Sur ces entrefaites, le pape tomba malade et mourut, quelques jours après, le 21 janvier 1118 ^.
1. Labbe, Concilia, t. x, col. 812 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 2, col. 1939; V. M. Ursinus, Synodicon S. Bene\>entanae eccl. bullarium,Y>. 12; Coleii, Concilia, t. XII, col. 1235 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xxi, col. 161 ; JafTc, Regesta pont, rorn., L. i, p. 765, P. L., t. clxiii, col. 417. (H. L.)