‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 38 sur 505 · VASTE PLAN UE GHÉGOIUE VII · texte numérisé non relu

VASTE PLAN UE GHÉGOIUE VII

Les théories dcmocratic|ues eurent un succès considérable. Par réaction, le parli monarchique enseigne la nécessité d'obéir au roi sans condition : l'opposition au monarque est une opposition à l'ordre divin et peut être considérée comme une hérésie et un sacrilège.

En face de l'État, I'Égiisk était arrivée à un haut degré de développement doctrinal et hiérarchique. L'impulsion donnée par Grégoire VII dure jusqu'à Boniface VIII (1294-1303) et les conceptions grégoriennes trouvent bicntùt leur expression dogmatique dans l'œuvre de saint Thomas d'Aquin (f 1274) et leur expression juridique dans celle de GraLicn.

La souveraineté de l'Eglise et du pape même dans l'ordre temporel ; le pouvoir législatif de l'Eglise et surtout du pape, avec les développements du droit canon; le pouvoir judiciaire de l'Église et de son chef : sur tous ces points la théorie grégorienne est formelle. L'Eglise doit transformer son autorité limitative de la puissance séculière en souveraineté quasi politique et le pape doit concentrer entre ses mains tous les pouvoirs de l'Église, cf. A. Solmi, op. cit., p. 110-lo9.

Ainsi entre l'État et l'Eglise les positions sont nettement marquées et le conflit présente un caractère essentiellement juridique. Lidéal préconisé par la théorie augustinienne avait pu avoir un regain de jeunesse, mais le temps des belles constructions éthiques était définitivement passé. O. Gierke, Deuisches Genossenschaflsrechl, t. m, p. 516 sq. La fermentation commencée au ix° siècle aboutissait à la fin du xi^ à une théorie précise et l'Église se présentait dès lors, politiquement parlant, comme une force opposée à l'État quelle refoulait et contenait dans ses entreprises envahissantes. Ce n'était pas précisément une nouveauté. Depuis sa fondation, l'Église avait eu sans cesse à s'opposer à l'État accapareur, persécuteur, immoral. Ce qui était nouveau, c'était la théorie politique qui transformait l'Église, d'une mère alarmée et secourable toujours en éveil sur le sort de ses enfants, en un pouvoir organique conscient de sou droit, impassible dans son œuvre. Comme l'Église ne peut être en lutte éternelle avec les États sous peine d'être empcthée d'accomplir son œuvre, il suit que les États doivent s'associer à l'Église en un concept unique et bienfaisant, un imperium miiiidi- Église et Empire forment un corps unique qui accomplit les commandements divins en vue de la fin suprême du genre humain ; inséparable sous peine de courir l'un et l'autre à la ruine, leur union assure donc à V imperium mundi V imperium sine fine. Il est clair que, pour ceux qui croient aux promesses de durée faites par le Christ à l'Église, des deux contractants c'est l'Empire qui gagne le plus. Le voilà donc élevé à la dignité imprévue et quelque peu imméritée de prince consort. Afin de ne pas foire trop mauvaise figure en face de sa compagne qui a des caractères théologiques rigoureusement déterminés, on lui fait part de l'universalité, la pérennité, la centralité (Piomc), l'origine divine cL la fin religieuse ! Désormais l'Empire existera donc comme un des deux éléments constitutifs de la chrétienté et participera aux caractères de l'Église. Mais comment concevoir les relations enlrc ces deux puissances indissolublement unies de leur nature ? Deux théories absolument opposées s'affirment en face lunede l'autre ; les grégoriens défendent le système hiérocratique de la suprématie de l'Eglise sur l'État ; les césaristes soutiennent le système théocratique de la suprématie de l'État sur l'Église. Contre cette assertion s'élèvent les curialistes, cf. Placide de Nonantula, dans Libelli d" litc, t. ii, p. 600, 605, 62, 635 ; Hugues de Fleury, ihid., t. III, p. 714 ; Honorius d'Autun, Summn gloria, c. 9 et De annuJn et

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hnculo vendus, dans Litielli, I. iii, p. (l'.l, j). 7lG-728. Leurs conlrauiclcurs ne sont pas en rcslc : ^\'elll•ick de Trêves, c. ^i et 8 ; Wido d'Osnabiûck, Grégoire de Calino, c. G et 8, dans Libelli de lite, l. t, p. 280, 297, ''j67 ; t. ii, p. 538, 5'i0 ; Benzo d'AIba, dans Moniim. Gcrni. liisL, ScripL, I. xi, p. GOl. Il n'y a pas d'ambiguilc dans leur langage : Libelli de lile, l. m, p. G70 : Ideit i<^ilnr sincli l)oni.i/iceti subdili suut re^ibus et priiicipibuf!, ne Dei onlinalioni resinlanl, et sibi ddiinuilioiieiii (idqniianl. Non eni?n i ignora iitu-s qiiod poleslas re^ibus super omnes hdininrs celiliis diild l'.sl, el liibuliim est eis a Deo dominaii non solum militibus i'M'e laicis, scd eli'.nu siicerdolibus, ci. Biihnier, Kiiehe und Staal in England und in der Normandie iin xi und xii JaJirhurulerle, in-8, Leipzig, 1899, p. 22G-23G. Voilà qui est net. D'ailleurs dans la querelle des Investitures, comme pour la Réforme du xvi*^ siècle, comme pour la Révolution de 1789 à partir de 1791, les événements sont si graves, les convictions si exaspérées qu'on ne procède guère à mots couverts. L'avantage des documents de ces époques est surtout dans l'a^ eu sans réticences des passions qu'en des temps moins Iroublés en songerait à déguiser de son mieux.

Au reste, la « liltéraLure o do la querelle des Investitures reste bien assez rebutante et compliquée. Les collections canoniques, les constitutions et les lettres pontificales, les délibérations et les décisions des conciles, les actes législatifs, les diplômes royaux et imjiériaux recèlent une multitude de renseignements d'un genre dificrcnt de ceux qu'on récolte dans les traités polémiques, nriais peut-être )>luB précieux parce que moins tendancieux et plus voisins des milieux où se décident les interventions. Ft encoie que d'annalistes, de chroniqueurs et d'hagiographes, que d'écrivains de tout genre fournissent des données précieuses aussi, parfois indispensables à rapprocher de celles des autres sources, si l'on veut s'éclairer sur les idées régnantes touchant les relations des deux pouvoirs. Nous avons écrit plus haut que, suivant l'opinion d'A. Solnu, Grégoire YII a soutenu comme « principe doctrinal « '< la dérivation humaine et diabolique de l'État ». L'auteur reprenait ici à son compte une thèse si souvent répétée et tellement accréditée dans divers milieux, qu'il nous paraît intéressant, disait M. Gauchie, de nous arrêter quelque peu à cette vieille querelle. L'on sait quel est l'objet de ce débat. Au cours de la querelle des Investitures, Grégoire VII fut amené à s'expliquer à deux reprises dilîérenles, auprès d'Hermann, évêquc de Metz, sur le droit qu'il revendiquait y)Our la Papauté d'excommunier les princes et de délier les sujets du serment de fidélité, lorsque les dépositaires du pouvoir gouvernent conlraircment aux lois ecclésiastiques et aux intérêts du peuple chrétien. C'est dans les deux lettres (piil écrivit à ce sujet, que Grégoire VII parle en termes virulents de l'origine diabolique de la puissance civile (Lettres du 25 août 1071 et du 15 mars 1081). — Depuis lors des sentiments analogues se sont fait jour à de multiples reprises dans la littérature médiévale. A l'époque niciicriie, les (iailiraus, RossinU en tèle [IJejensio declurationi.s con\'rnluv ileri gallicani an. IGS'J, l. i, p. 108 si|. Anislerdam, 1745; De eccleaiaslica polesîate, part. I, t. I. scct. I, c. X : GVp^'orn/s VII iiiniia et nova sectatur : initia regiœ potestalis superbiœ ac diabolo a.ssignat, répugnante scriptura; neque tantum Palruni sed totius humani generis tradidone], se sont emparés des paroles de Grégoire VII pour lui attribuer le principe doctrinal de la dérivation humaine et diabolique ae la royauté. Voir aussi les écrits publiés à partir de 1729, à l'occasion de la publication de l'ollicc de saint Grégoire VII, dans .L Lclong, Bibliothèque liivtori-

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