‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 389 sur 505 · ABÉLARD El LE CONCILE DE SOISSONS · texte numérisé non relu

ABÉLARD El LE CONCILE DE SOISSONS

du concile ^. Avant que le concile s'érigeât en tribunal, j'enseignai tous les jours conformément à mon livre et avec grand succès. Aussi le clergé et le peuple commencèrent à dire : « Voyez, il enseigne en public et personne ne s'élève contre lui ; le concile a été convoqué surtout à cause de lui, il touche à sa fin; les juges ont peut-être reconnu que l'erreur était plutôt de leur côté que du sien. » Ce langage piqua mes adversaires. Un jour, Albéric vint me trouver avec quelques-uns de ses élèves, m'aborda de la manière la plus gracieuse en apparence, en réalité il me tendait un piège. Il m'exprima son étonnement de ce que, dans mon ouvrage, j'avais avancé que Dieu ne s'engendrait pas lui-même, puisque en réalité Dieu engendre Dieu et qu'il n'y a qu'un seul Dieu. Je voulus lui exposer mes raisons, mais il récusa les motifs rationnels et demanda des autorités ; j'ajoutai sur-le-champ : Dans ce cas, tourne la feuille. En ell'et, il n'avait pas lu entièrement le livre qu'il apportait et n'y avait cherché que ce qui pouvait me nuire. Le texte auquel je faisais allusion était de saint Augustin : « Celui qui croit que Dieu s'est engendré lui-même est dans l'erreur, car aucune créature, ni spirituelle ni corporelle, et en général aucun être ne peut s'engendrer soi-même -... » Il sortit fort en colère et proférant des menaces. Le dernier jour du concile, avant l'ouverture de la session, le légat et l'archevêque délibérèrent longtemps avec mes adversaires et quelques autres personnes sur la conduite à tenir envers moi et mon livre. Comme ils ne pouvaient rien trouver contre moi, ni dans mes paroles ni dans mes écrits, ils gardèrent le silence pendant quelques instants ; alors ensuite, Godefroy, l'excellent évêque de Chartres, dit : « Vous connaissez la doctrine et le talent de cet homme ..., vous savez combien il surpasse tous les autres maîtres et comment sa vigne produit des raisins d'une mer à l'autre. Si vous prenez une décision contre lui, eussiez-vous raison, vous blesserez beaucoup de monde et beaucoup le défendront avec d'autant plus de zèle que l'écrit dont il s'agit n'offre rien d'évidemment répréhensible. Rappelez-vous la maxime de saint Jérôme : Le talent trouve toujours des adversaires ^, et le mot du poète : Les hautes montagnes sont plus

1. On ignore les affaires qui furent soumises au concile de Soissons en dehors de celle d'Abclard.

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