GIO. ABÉLARD ET LE CONCILE DE SOISSONS
chose, l'un de mes adversaires remarqua que, d'après mon livre. Dieu le Père était seul tout-puissant. A ces mots, le légat se déclara très surpris et dit qu'un enfant n'aurait pas commis semblable erreur, puisque la foi universelle était qu'il y avait trois tout-puissants (il voulait dire que les trois personnes étaient toutes-puissantes). Terricus, supérieur d'une école, se mit à rire et cita au légat les paroles du symbole de saint Athanase ^ : Et tamen non très omnipotentes, sed unus omnipotens, et qvioique son évêque voulût lui imposer silence, il ne broncha pas et cria, faisant allusion aux paroles de Daniel': Délivrez donc aujourd'hui même des mains de ses faux accusateurs cet homme qui est innocent, comme autrefois Suzanne... L'archevêque de Reims confirma, en le corrigeant, ce que le légat venait de dire : C'est vrai, Seigneur, le Père est tout-puissant, le Fils est tout-puissant, le Saint-Esprit est tout-puissant. Maintenant, il serait bon que ce frère (Abélard) fît connaître publiquement sa doctrine. Je me levai et j'allais exposer ma manière devoir d'après mes propres expressions, lorsque mes adversaires prétendirent que je devais tout d'abord réciter le symbole de saint Athanase, dont on me remit une copie pour écarter l'excuse possible que je ne savais pas par cœur. Je le lus en pleurant ; puis on me confia, comme déjà coupable et convaincu, à l'abbé de Saint- ]\Iédard, et le concile fut dissous. L'abbé et les moines de Saint- Médard me firent bon accueil, espérant m'engager ainsi à rester plus longtemps parmi eux, et cherchèrent en vain à me consoler. 0 mon Dieu, combien de fois, à cette époque, t'ai-je accusé dans l'amertume de mon cœur, et, lorsque j'étais comme un possédé, combien de fois n'ai-je pas dit avec saint Antoine : Bon Jésus, où es-tu donc ^ ? ... Je me regardais comme le plus malheureux des hommes et j'estimais le barbare outrage d'autrefois ^ comme moindre que cet affront; car j'étais coupable lorsque je fus puni dans mon corps, tandis que maintenant c'était le seul amour de la foi qui m'avait décidé à écrire. Tous ceux qui apprirent ces incidents blâmèrent la conduite coupable et irréfléchie tenue envers moi ; aussi chaque membre du concile chercha-t-il à en reporter sur son voisin la responsabilité. Mes